La vallée d'Ossau : d'Aüssaü
Culture et Mémoire



LE CHEMIN DE FER DES
EAUX-BONNES.

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urons-nous bientôt le chemin de fer ? Non, disent quatre de nos députés, MM.Chesnelong, La Caze, de Lestapis et Dufaur.
    Oui, disent le Conseil des ponts et chaussées, le Conseil d’ État, la Compagnie du Midi, le Gouvernement et la commission de l’Assemblée Nationale. Oui, disent aussi sans doute les cinq députés qui complètent la députation des Basses-Pyrénées.
   Oui, répétons-nous à notre tour, car il est impossible que les convenances d’un certain nombre de villages peu importants situés entre Oloron et Lacq l’emportent sur le bien général.
   Notons en effet que les intérêts, très respectables d’ailleurs, de la ville d’Oloron sont pleinement sauvegardés par le projet de loi. Aupoint de vue commercial, il est prouvé que le mouvement des marchandises et les voyageurs de Pau sur Oloron est équivalent à celui de Lacq sur Oloron et tend à s’accroître tous les jours.
    Au point de vue stratégique, le Ministre de la Guerre réclame le tracé partant de Pau.
    Au point de vue administratif et judiciaire, si Oloron veut retenir dans son orbite la belle vallée d’Ossau, elle a tout avantage à ne pas nuire à notre prospérité.
    Nous cherchons donc en vain la raison qui fait désirer à la majorité des Oloronais (car il n’y a pas unanimité), le tracé d’Oloron à Lacq. Espèrent-ils par hasard que les voyageurs, arrivés à cette dernière station, s’arrêteront là pour gagner, par Oloron, les Eaux-Bonnes et les Eaux-Cbaudes ? Ce serait une étrange illusion, car les étrangers iront toujours visiter Pau avant de se rendre dans nos stations thermales ; sans compter que l’État, qui nous doit une vraie justice distributive, ne pourrait rester sourd à nos plaintes et nous laisser au point de vue des communications, dans un état d’infériorité, qui n’a déjà que trop duré, vis-à-vis des stations rivales.
    Il faudrait donc créer une ligne directe de Pau à Laruns qui exigerait de la part du Gouvernement et de la Compagnie, des sacrifices qu’il est loisible, dès aujonrd’hui, d’éviter. Il y aurait aussi une perte de temps énorme qui serait une vraie calamité pour notre contrée : le roulage en effet a peine à suffire au transport de nos bois, de nos ardoises, de nos marbres et de nos eaux minérales dont l'exportation est destinée à prendre de grandes proportions, sitôt qu’une locomotive aura sifflé dans la vallée d’Ossau.
    Ajoutons qu’une magnifique route carossable est presque terminée par Gabas entre la France et l’Espagne et qu’une Compagnie est en train de se former pour exploiter les grands gisements de charbon de terre du Roumiga.
    Toutes ces raisons et bien d’autres n’ont pu manquer de s’imposer aux grands corps de l’Etat qui ont charge du bien public. Est-ce que d’ailleurs Pau lui-même dont la fortune rayonne non seulement sur tout le département, mais sur toute la région sud-ouest, ne mérite pas quelque attention ? Est-ce que les paysans qui viennent y porter leurs denrées, les industriels qui y envoient leurs produits, ne sont pas tous attachés à l’accroissement de sa prospérité ? Et quel meilleur moyen d’augmenter cette prospérité que d’attirer pendant l’été à Eaux-Bonnes, à Eaux-Chaudes, à St-Christau, à Ogeu-les-Bains, à Secours, un grand nombre de malades dont plusieurs passeront l’hiver dans le chef-lieu ?
    Nous ne parlerons que pour mémoire de l’avantage immédiat que retirera la Compagnie du Midi à construire l’embranchement de Buzy à Laruns pour lequel les Eaux-Bonnes votèrent dans le temps 200,000 fr., et Laruns 100,000 fr. sans compter d’autres offres moins importantes.
    Nous regardons donc comme gagné ce procès qui a donné lieu à une lutte si ardente, grâce à l’influence puissante de quelques-uns de nos adversaires. Parmi ceux-ci, le plus redoutable à coup sûr depuis longues années a été M. Chesnelong qui, chose curieuse ! dans l’élection partielle où il fut nommé, n’eut qu’une minorité dans la vallée d’Ossau, mais obtint la majorité dans la commune même la plus intéressée à son échec, nous voulons dire les Eaux-Bonnes. Nous félicitons vivement nos concitoyens d’avoir su incliner le drapeau de leurs intérêts devant celui de leurs convictions ; mais d’un autre côté nous n’avons pas à nous plaindre si personnellement il nous a été donné de combattre à la fois et pour nos opinions politiques et pour le bien de notre cité.
    Nous ne saurions terminer ces réflexions sans témoigner, au nom des intéressés, la plus vive gratitude à MM. Marcel Barthe et de Bataille qui ont défendu avec tant de zèle, sur les bancs du Conseil général, le tracé d' Oloron à Pau par Buzy contre le tracé d’Oloron à Lacq.
    Même dans la dernière session, après qu’à la majorité d’une voix, MM. les conseillers venaient de se prononcer pour la ligne de Lacq, quelques instants plus tard, sur l’initiative de M. de Bataille, ils votaient à l'unanimité une motion recommandant l’adoption d’une ligne qui se rapprocherait le plus des thermes de la vallée d’Ossau.
    Ces deux votes nous paraissent quelque peu contradictoires et ne s’expliquent que par le désir fort louable de MM. les conseillers de donner satisfaction à tous les intérêts.
    Cette satisfaction légitime nous semble précisément résolue par le projet présenté à la chambre, qui, tout en sanctionnant la concession de la ligne d’Oloron à Pau par Buzy, promet en même temps et dans un court délai, la construction d’une seconde ligne de Puyoo à Saint-Palais, en sorte que la compagnie et le département, au lieu d’une seule ligne d’un rapport ordinaire, auront deux lignes d’un rapport excellent.
     Tout est bien qui finit bien.
Dr CAZAUX.


   Voici le rapport présenté à l’Assemblée nationale, par M. Mongolfier, député :

    « La convention du 10 août 1868 a concédé, à titre éventuel, à la compagnie du Midi, et pour être classé dans le deuxième réseau, un chemin de fer d'Oloron à la ligne de Pau à Bayonne en un point à déterminer entre Pau et Lacq par le décret qui rendra la concession définitive. »
   « En vertu de l’art. 3 de cette convention, l’État s’engage à exécuter les travaux à l’aide de fonds avancés par la compagnie jusqu’à concurrence de 4 millions et remboursables en annuités. La compagnie prend à sa charge les autres dépenses nécessaires à l'exploitation de la ligne évaluée à 5,200,000 fr. L’État garantit l’intérêt et l’amortissementau au taux de 4 % de cette somme, qui fait partie du capital de 456 millions du deuxième réseau. »
    « Les terrains doivent être acquis pour deux voies, les terrassements et ouvrages d’art exécutés pour une voie. »
    « C’est cette concession éventuelle que le projet de loi vous propose de rendre définitive. »
   « Les ingénieurs de l’État ont étudié deux avant-projets partant d’Oloron et dirigés sur Lacq avec variantes à partir de Monein sur Artix, l’autre sur Pau en passant près de Buzy. »
    Le premier tracé, qui présente 30 kilomètres de longueur, a été vivement réclamé dans l'enquête par les arrondissements d’Oloron et d’Orthez, c’est-à-dire par la région située à l'ouest d’Oloron. Le deuxième tracé, d’une longueur de 32 kilomètres, préféré par les ingénieurs et la compagnie du Midi, a été demandé par l’arrondissement de Pau et la région située à l’est d'Oloron.
    La commission d’enquête n’a adopté le premier tracé qu’à une voix de majorité, un membre s’étant abstenu.
    La question du tracé dans le pays même est, comme on le voit, très-controversée. La lutte a été vive entre Oloron et Pau et s’explique par les antécédents.
    Lorsqu’on voulut exécuter un chemin de fer de Bayonne vers Toulouse, il y eut compétition entre la ligne du Gave d’Oloron et du Gave de Pau par Orlhez, qui eut finalement, et avec raison, la préférence. Aujourd’hui Oloron espère trouver une compensation dans la construction du chemin de fer de Lacq ou d’Artix, qui la met en communication plus directe entre Orthez et Bayonne.
    Mais cette considération toute locale n’est point décisive dans la quesiion.
    Le tracé d’Oloron à Pau offre, au point de vue de l’intérêt général, des avantages trop sérieux pour être négligés. Il relie Oloron avec le chef-lieu du département et crée une ligne stratégique dont l’importancea été signalée par des officiers du génie et le ministre de la guerre ; il diminue de 20 kilomètres le parcours en voiture pour les malades qui se rendent aux Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes et permettra plus tard la construction d’un embranchement de Buzy a Laruns, qui desservira complètement ces établissements thermaux.
    En outre, au point de vue purement commercial, il a été constaté que le courant des marchandises et des voyageurs se dirigeant de Pau sur Oloron est aujourd'hui à peu près équivalent à celui de Lacq et d’Arlix sur Oloron et tend à s’accroître chaque année. Nous ajouterons qu’une ligne de Puyôo à St-Palais, desservant les populations du Gave d'Oloron, à l’ouest de cette ville, a été étudiée et sera prochainement concédée. Elle donnera complète satisfaction aux réclamations soulevées pendant l’enquête contre le tracé direct d’Oloron à Pau.
    Ces motifs ont décidé le Conseil des ponts et chaussées et le Conseil d’État à approuver ce tracé.
    Cet avis est partagé par le gouvernement et votre commission vous propose de l’adopter.
    Quant à l’importance même de la ligne, elle est justifiée par les considérations qui préçèdent. L’embranchement dont il s’agit est destiné à relier à notre réseau des voies ferrées la ville d’Oloron, chef-lieu d’arrondissement comptant 10,000 âmes de population, renfermant plusieurs fabriques assez importantes et servant d’entrepôt à une grande partie des marchandises qui passent, par la montagne, de France en Espagne.
   Il est appelé aussi à desservir, par la gare de Buzy, les Eaux-Chaudes et les Eaux-Bonnes.
    Votre commission estime donc qu’il y a lieu de déclarer d’utilité publique et de concéder définitivement la ligne d’Oloron à Pau conformément aux conditions de la convention du 10 août 1868.

   La ville d’Oloron a voté une somme de 100,000 fr. qui viendra en déduction des dépenses mises à la charge de l’État.


puce Sources
  • Le Journal des Eaux-Bonnes, Eaux-Chaudes et St-Cristau, N°.2, 1874
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