La vallée d'Ossau : d'Aüssaü Culture et Mémoire
EAUX-BONNES
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LE TRAMWAY ÉLECTRIQUE
n nous signale une correspondance d’Eaux-Bonnes, insérée tout récemment dans le journal le Tout-Bordeaux, dans laquelle on accuse notre Conseil municipal d’empêcher la construction du tramway Laruns-Eaux-Bonnes par le fait d’imposer le trajet de la vieille route au lieu de la nouvelle que la Société Fermière voudrait employer.
Nous estimons qu’il n’y a pas lieu à controverse dans une question parfaitement définie par le cahier des charges de la concession des Établissements Thermaux, dans lequel la vieille route est absolument indiquée, et où il est dit, en outre, que la construction du tramway est une charge pour la Société Fermière, puisque si elle ne le construisait pas (faute par la commune de
ne pouvoir obtenir la concession) elle devrait payer 1o.ooo fr. de ferme en plus.
Le correspondant bordelais se demande quels « motifs avouables » (sic) peuvent Pousser
nos édiles à persister dans leurs préférences pour la vieille route !
A notre avis c'est, au contraire, aux gens mal conseillés, prêts à tomber dans le panneau tendu à leur impatience, qu’il faudrait faire une demande semblable.
Laissant de côté les inconvénients multiples et très sérieux qui s’opposent à l’emprunt de la nouvelle route pour l’établissement d’une voie ferrée et les désavantages très réels qui en résulteraient pour la station, déjà privée d’une de ses plus belles
promenades, sacrifiée aux vues encore mal définies de la Société Fermière, nous envisagerons la question au point de vue strict des clauses d’un contrat librement consenti.
Les fermiers se sont engagés à établir une ligne de tramway à traction électrique suivant l’ancienne route : qu’y a-t-il d’inavouable à ce que la Commune exige l’exécution de cette clause ? Quels avantages compenseraient pour elle le renoncement gratuit de ses droits ? La Société, dit-on, recule aujourd’hui devant la dépense que le trajet stipulé comporte, mais c’est son affaire et nullement celle de la Commune qui ferait un marché de dupe en acceptant de si étranges prétentions.
Quelles raisons la Société Fermière peut elle invoquer pour se dégager d’une obligation parfaitement définie ? Nous serions curieux de les connaître, mais elle ne les donnera pas, se bornant à attendre de la lassitude et de l’impatience irréfléchie de la population une liberté d’action qui nous mènerait loin.
Dans un précédent article nous avons fait allusion à cette impatience et nous avons cité les paroles d’un conseiller municipal : « Que le tramway — disait-il — passe par où il voudra pourvu qu’il soit vite fait. »
Il paraît que cette fâcheuse façon de comprendre les intérêts de la station est partagée par plusieurs membres du Conseil municipal ; seul, M. Henri Taverne se montre ouvertement décidé à soutenir les droits de la Commune dans une question que nous n’hésitons pas à considérer comme de vie ou de mort pour elle.
Si malheureusement il en est ainsi, si le Conseil estime en son âme et conscience que le prompt établissement d’une voie de
communication rapide compense suffisamment la perte de la magnifique route, pourquoi ne pas trancher franchement la question par un vote renonçant aux avantages du contrat en faveur des actionnaires de la Société Fermière ? Pourquoi tergiverser ? Hésite-t-il devant l’opinion publique qu’il soupçonne, non sans raison, hostile à la funeste transaction ? Redoute-til la grave responsabilité d’un acte dont il est aisé de prévoir la funeste conséquence pour l’avenir de la station ?
Dans ce cas, il y aurait un moyen très simple de tout concilier, et ce serait de suivre l’exemple donné par le Conseil Municipal de Pau, à l’occasion du conflit entre les partisans de l’élargissement d’une rue et ceux du percement du Boulevard des Pyrénées. M. Faisans, maire, proposa de soumettre aux électeurs la question, et, le Conseil s’étant démis, les élections eurent lieu sur ce double programme : la rue Tran et le Boulevard. La Ville opta pour ce dernier, ce dont elle se félicite aujourd’hui.
Que notre Conseil Municipal, suivant cet exemple, en appelle aux électeurs et leur demande : Voulez-vous renoncer à la ravissante chaussée qui fait le plus bel ornement de la station ? Voulez-vous renoncer à avoir deux admirables voies de communication dont une électrique, et cela dans le seul but d’économiser une centaine de mille francs à la Société Fermière ? Les urnes décideront, et si la Ville consent à se suicider, nous nous inclinerons tous devant sa volonté souveraine.
Le correspondant de la feuille bordelaise, qui accuse les gens d’Eaux-Bonnes de mettre des bâtons dans les roues de la Société
Fermière, et cela par le fait qu’ils s’obstinent à veiller au grain et refusent d’être des dupes par persuasion, termine en disant
que « la station ne prospérera pas tant que les Eaux-Bonnes seront administrées par les Eaux-Bonnais ».
Est-ce assez clair ? Et avions-nous tort lorsque, dans un de nos récents articles, nous vous conseillions de méditer le célèbre Sic vos non vobis ?
J. APARICI de VALPARDA Rédacteur en Chef
Sources
- Courrier d'Eaux-Bonnes, N° 229,
9, Place Royale, PAU Dimanche 28 Août 1898
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