La ligne Oloron-Bedous-Canfranc
onformément à la convention de 1885, le Ministre des Travaux Publics Baïhaut fit voter une loi le 17 juillet 1888 par laquelle était concédée à la Compagnie du Midi, à titre
éventuel et sous réserve de déclaration d'utilité publique, une ligne d’Oloron à Bedous
La lenteur des tractations sur le Transpyrénéen fit sans arrêt remettre en question cette ligne. Finalement le 27 juillet 1897, ce chemin de fer fut déclaré d’utilité publique à titre d’intérêt général.
La ligne de Bedous à Canfranc fut quant à elle déclarée d’utilité publique le 2 août 1907. Elle devait être construite simultanément avec la ligne d’Ax-les-Thermes et le décret de ratification stipulait que les délais de constructions seraient fixés à 10 ans, la ligne devant être achevée impérativement en 1917.
La Compagnie du Midi qui pensait le projet voué à l’échec ne consentit à aucune dépense en dehors de l’achat du matériel roulant et d’une part infime des frais de construction. L’État prit donc en charge ce financement pendant que le Département faisait son
affaire de l'acquisition des terrains.
En 1902, sous la direction des Inspecteurs Généraux Lax et Cafart, les études démarrèrent sur la partie Oloron-Bedous et les travaux furent répartis en 5 lots :
- 3 lots de Terrassements et d’Ouvrages d'art (entreprises Prouteaux et Bonnevay, Denis, Segrette)
- 1 lot Maisons de garde (entreprise Segrette)
- 1 lot Tabliers métalliques et barrières (Société des Ponts et Travaux en Fer, ancienne Maison Joret).
Sur cette portion de ligne de 24,903 km le nombre impressionnant de 77 ponts divers et 7 tunnels était prévu.
Le viaduc construit pour enjamber la gorge au Pêne d’Escot, symbolisant l'entrée de la Vallée d’Aspe mérite quelques détails :
La grande voûte en arc de cercle d’épaisseur variant de 2,70 m aux retombées à 1,50 mètre à la clef, a été construite sur un cintre en éventail de type pont de Lavaur. Il repose au moyen de boîtes à sable, sur des appuis en maçonnerie établis dans le lit de la rivière.
La grande arche mesure 56 mètres et se raccorde aux deux berges rocheuses par des murs de soutènement ajourés par des voûtes de 8,60 mètres (4 côté Oloron, 1 coté Bedous).
Etapes de l’exécution de la grande voûte :
23 juillet 1907 : commencement des fondations rive gauche
24 octobre 1907 : commencement des fondations rive droite
20 mai 1908 : commencement de la construction par rouleau
28 juin 1908 : clavage du premier rouleau
13 juillet 1908 : clavage du deuxième rouleau
10 octobre 1908 : décintrement.
Volume des travaux ;
Cubage de maçonnerie de l'ouvrage : 838,28 m 3
Cubage de la voûte 537, 43 m 3
Cubage des pilastres 1 088,49 m 3
Cubage entre pilastres 837,46 m 3
Total 3 351,65 m 3
Cubage de bois employé pour le cintre : 185,09 m 3 plus 5,825 t de fer
Prix total du viaduc: 219 130,34 francs (le kilo de pain coûtait à l’époque 30 centimes).
Les tunnels furent achevés :
- En 1908 pour les souterrains d’Oloron (300 m) et des Fontaines d’Escot (290 m)
- En 1910 pour le tunnel du Mail du Couret (243 m)
- En 1912 pour ceux d’Espalungue (40 m), Salet (123 m), Bousquet (60 m) de l’Araou (275 M).
Le dernier rail fut posé à Bedous le 17 septembre 1913 et la ligne d’Oloron à Bedous fut inaugurée le 21 avril 1914.
Pour beaucoup d’Aspois, le premier voyage dans ce train fut celui du ralliement à leur garnison en août 1914.
La ligne de Bedous à Canfranc
La construction du tronçon Bedous-Canfranc fut réparti en 9 lots mis en adjudication de 1908 à 1914 (et même 1922 pour le 9e qui concernait la construction des maisons de garde).
Parmi ces adjudications, on trouve le lot n°2 concernant les installations hydroélectriques pour l’électrification de la ligne. En effet, seule la traction électrique avait été jugée compatible avec les rampes de 43 % que le tracé imposait.
D’ailleurs la décision de passer par le Somport avait été consécutive aux résultats effectués sur la houille blanche, en laquelle les ingénieurs de l’époque croyaient fermement pour remplacer la force de la vapeur.
Dès l’adjudication des lots, les travaux commencèrent, le 28 octobre 1912 les équipes françaises et espagnoles se rejoignaient dans
le tunnel du Somport, tandis que le tunnel hélicoïdal était presque terminé. Lors de l’ouverture de la section Oloron-Bedous, la jonction Bedous-Canfranc semblait acquise pour 1917.
Au plus fort des travaux, le nombre des ouvriers se monta à 2 500 environ. Il s’agissait pour la plupart de manœuvres espagnols
attirés par l’importance du chantier. Dès la déclaration de guerre, en août 1914, les ouvriers furent priés de retourner chez eux, ce qui vida ipso facto les chantiers du Transpyrénéen.
Devant cette situation, le Préfet autorisa de nouveau l’entrée exceptionnelle d’ouvriers espagnols. Mais les conditions économiques et la situation financière des entreprises ne permirent que la réembauche d’environ 800 personnes. De plus, les restrictions limitaient fortement l’approvisionnement en matériaux.
Néanmoins, les travaux, et surtout l’entretien des installations construites purent être mené à bien. A la fin des hostilités, l’administration envisageait une ouverture de la ligne en 1920.
C'était sans compter sur les nouvelles données économiques de l'après-guerre liées à la reconstruction.
La Compagnie du Midi chargée de l'électrification de la ligne ne chercha pas à développer une voie en laquelle elle ne croyait pas et obligea le gouvernement à financer plus largement les travaux. Malgré les protestations locales et l’arrivée du premier train espagnol à Canfranc, le 15 juillet 1922, il fallut attendre 1927 pour voir le premier convoi franchir le tunnel du Somport, pourtant achevé depuis près de 15 ans.
L’inauguration eut lieu le 18 juillet 1928.
Le Roi d’Espagne Alphonse XIII, parti de Saragosse à 2 h 30, arriva en gare de Canfranc à 9 h 30. Il fut rejoint deux heures plus tard par Gaston Doumergue accompagné de Louis Barthou. Un déjeuner colossal fut servi, arrosé de « Moët et Chandon brut impérial 1917 » Dans l'après-midi, une réception équivalente fut proposée au roi d’Espagne en gare des Forges d’Abel.
Cinquante et une années séparent les premiers projets de la convention de 1907. Il faut y rajouter 21 ans pour voir enfin ces discussions suivies d’une réalisation que beaucoup considèrent encore comme grandiose.
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