La vallée d'Ossau : d'Aüssaü
Culture et Mémoire



LA COMPAGNIE DU MIDI

Les vicissitudes du transpyrénéen.

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es espoirs mis dans cette ligne furent pourtant loin de la réalité. En 1929, le trafic ne représentait que le trentième de l’ensemble des importations venues d’Espagne et le nombre de voyageurs s’élevait à une moyenne de 54 par jour.
   La guerre d’Espagne provoqua la première fermeture de la ligne :
    Le Col du Somport fut fermé au cours de l’hiver 1935-1936 et, par arrêté préfectoral du 18 août 1936, le trafic suspendu entre Canfranc et les Forges d’Abel (fermeture confirmée par décision du Ministre des Transports Bedouce le 23 août).
    Raison invoquée : les divergences politiques entre cheminots espagnols et français, divergences ayant entraîné des heurts. Une proposition des Autorités françaises pour limiter les tractionnaires français aux Forges d’Abel où les cheminots de Canfranc auraient pris la relève, se vit rejetée par la Compagnie du Midi.
    Un mur fut élevé dans le tunnel et la ligne ne fut réouverte qu’en avril 1939

    La guerre de 1939-1945 n’entraîna aucune modification dans la vie des cheminots de Canfranc si ce n’est un trafic conséquent de wagons à destination des pays alliés à l’Allemagne.
    Le 9 juin 1944, date du sabotage de la passerelle d'Escot, 7 wagons citernes et 1 wagon de marchandises déraillèrent et la ligne fut à nouveau coupée.

    A cette date 169 wagons de marchandises se trouvaient alors en gare de Canfranc. En outre furent déposés sur quai de douane en gare de Canfranc :
    2700 tonnes de sucre, café et divers destinés à la Suisse ;
    250 tonnes de charbon et divers pour la France ;
    960 tonnes de minerai de fer pour l’Allemagne ;
    L’ensemble des marchandises entreposées représentait un total de charge de 380 à 400 wagons.


    Une réunion de concertation eut lieu le mercredi 30 août en gare de Canfranc. Y siégeaient les Autorités françaises et espagnoles... et le curé de la paroisse. Cela ne servit à rien. Le trafic était maintenu entre Canfranc et Escot et en octobre 1944, les travaux de remise en état du pont n’étaient toujours pas commencés.
    Le 18 octobre 1944 à 7 heures, les Autorités Espagnoles fermaient la frontière :
38 Français se trouvaient à Canfranc (11 agents et 27 membres de leurs familles).

   Le tunnel international fut à nouveau fermé par un mur et 150 mètres de rail déposés au-delà de ce barrage.
   Certains agents français se trouvant sur le sol de notre pays au moment de l’interruption n’eurent que le temps de rejoindre leur famille à pied par le col avant sa fermeture.

    Le 21 octobre, 51 personnes se retrouvèrent bloquées à Canfranc pour 3 ans.
    Sans aucun ravitaillement, cette petite colonie vécut dans des conditions particulièrement difficiles, les seules relations avec la France étant assurées par le représentant de la SNCF à Madrid.
    Il fut sollicité pour l'envoi de devises et par celui de charbon après épuisement du stock prévu primitivement pour les locomotives à vapeur de manœuvre.

    Un premier espoir naquit en mai 1945 :
    Les Espagnols autorisèrent la réouverture temporaire du tunnel pour le rapatriement en France des cinq engins de traction, bloqués à Canfranc.
    Les Français demandèrent également le retour de 22 wagons SNCF. Finalement le 20 mai 1944, les trois locomotives BB 4102 4104 et 4107 ainsi que les deux machines à vapeur 240514 et 030181 furent évacuées vers la France, suivie le lendemain du wagon de secours 991792 et de deux voitures voyageurs.

    Début juillet, le gouvernement civil de Huesca autorisa les agents à séjourner en France, mais pour 15 jours maximum.

    Du 26 septembre au 9 octobre 1945, la frontière fut à nouveau ouverte et l’ensemble des wagons restant en gare fut rapatrié sur Pau, à l’exception de deux citernes italiennes retenues, on ne sait trop pourquoi, par les Autorités espagnoles.
    Après de longs pourparlers, les agents de Canfranc purent enfin se rendre occasionnellement en France, mais en passant par... Hendaye.
    La quasi totalité des correspondances échangées à l’époque entre Canfranc et Madrid était axée sur des demandes de permis de circulation.
    Il fallut attendre le 21 février 1948 pour voir réouvrir la frontière.
    Le trafic reprit alors, sans jamais atteindre pourtant celui enregistré durant la guerre, où la ligne était fort appréciée par les autorités d’occupation.
    Cependant, l’année 1958 vit un regain de l’exploitation voyageurs : le centenaire des apparitions de Lourdes entraîna un afflux de pèlerins et, du 20 avril au 29 octobre, 46 trains spéciaux circulèrent (22 Canfranc-Pau et 24 Pau-Canfranc).

    Malgré cet épisode, le trafic tant marchandises que voyageurs, stagna, la ligne n’intéressant que peu les technocrates parisiens.



puce Sources
  • Jacques Willigens, L'Histoire du rail en Béarn, N°. Hors-Série, 1988
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