La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



L'Enfance d'Henri IV



A très lègues de Pau, de cap à las mountagnes,
Après abé séguit gayhasentes campagnes,
Sus ü pic oun lou Gabe en gourgouils ba mouri,
Lou castèt de Coarase aùs oueils qu'es bien ouffri.
A quiü troben air pur, boune aygue, bère biste :
Déban tout qu'ey gaüyous, darrè tout soumbre et triste.
D'ü coustat nou bédét que blats, troupèts, maysous,
De l'aüt rocs empenen, précipicis affrous,
Mes sie que guignét ou lous mouns ou la plane
La nature ey pertout riche, poumpouse, grane,
Qu'ey en aquét endrét qu'HENRIC hou eslheibat,
Nou pas en rey flaügnac, mes en brabe sourdat,
Ta soun repas qu'abè drin de lart dab mesture,
U bèt quillou de paà chens cap de mascadure.
Lou dimenche pourtan, et las hestes en naü,
La quis boulou bailla qu'eü mettèn au métaù
Ney pas tout : deüs paysàs que séguibe l'escole.
Bestit de courdeillat et dab ue camisolle,
Peé d'escaüx, cabiroù, qu'eu léchaben ana,
Et coum ù youen pouri nou hase que pinna :
Barats et passadés, sègues tout qu'at traücabe,
Et peü soumet deüs rocs, crabot, qu'arpatéyabe ;
Esbérit coum yamey hasà de Sain-Marti,
Fatigue, red, gaümas, eth sabè tout pati.
Tantos près d'ü terrè sou croutzat d'ûe bie
Qu'argoueytabe la lèbé au bèt esguit deü die ;
Tantos, capbat lous briüs, traynabe l'arrousécq,
Ou, ta gaha callots, courrè coum l'eslombrécq.
Souben dab paysanots qu'essayade sas forces ;
Et calè lhéba pés, prenés à las estorces,
Qu'ère coum ü bencilh et gouaillard coum ü taü.
A la perche, au billard, coum au pousse-caillaü,
A darré n'ere estros : lou sé dens la parguie,
De touts souns coumpagnous fourman ue coumpagnie,
Qu'ère lur coumandan, més toustém lur amic !
At aürét dit pourtan ? touts que séguin Henric;
Touts quoan n'abou besouing que quittèn lou bilatye,
Qu'eü biengoun tout ouffri, bite, argen et couratye.
HENRIC dise tabé quoan hou rey deüs Francès :
« Que débi ço qui soy aüs més brabes Béarnés. »

A peine on quitte Pau, du côté des montagnes,
Quand on a parcouru de riantes campagnes
Sur un roc où le Gave en grondant va mourir,
Le château de Coarraze aux regards vient s'offrir.
Des coteaux verdoyants et Tonde fugitive
Couronnent de ces lieux la belle perspective.
Là s'offrent tout ensemble, à nos yeux confondus,
Neiges, torrents, forêts et rochers suspendus.
Mais , soit que l'on regarde ou les monts ou la plaine,
La nature partout charme, subjugue, entraîne.
Henri fut élevé dans cet heureux climat,
Non en roi fainéant, mais en brave soldat.
Le maïs et le lard, frugale subsistance,
Formaient de ses repas la sévère ordonnance.
Le dimanche pourtant notre royal marmot,
Dans un humble gala mangeait la poule au pot.
Vêtu de méchant drap et d'une camisole,
Avec les paysans il fréquentait l'école.
La tête et les pieds nus on le laissait partir,
Comme un jeune poulain qui ne fait que bondir.
Il franchissait buissons, ruisseaux, fossés, abîmes,
Gravissait les rochers jusqu'aux plus hautes cimes.
A travers des périls toujours prêt à courir,
Fatigues, froid et chaud, il savait tout souffrir.
Tantôt caché derrière une bruyère épaisse,
En abattant un lièvre il montrait son adresse;
Et tantôt au filet, ou bien à l'hameçon,
Il prenait tour à tour la caille ou le poisson.
Aux jeunes paysans parfois cherchant dispute,
Il luttait corps à corps et brillait dans la lutte.
Souple comme l'osier et fort comme un taureau,
A la course, à la balle, à la perche, au cerceau,
Il excellait en tout. Quelquefois, dans la plaine,
De tous ses compagnons se faisait capitaine ;
Il commandait en roi, mais restait leur ami.
Qui l'aurait dit alors !... Tous suivirent HENRI :
À la voix de leur chef désertant le village,
Ils mirent à ses pieds leur bourse et leur courage.
Aussi s'écriait-il, nommé roi des Français,
« Je dois ce que je suis aux braves Béarnais ! »


Poéme par M. Vignancour ; traduction de M. Dupaty.


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