La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



PASTOU N'EY LA RICHESSE

Pastou nou ey la richesse
Qui toustem rend hurous
Car souben la tristesse
Qu'ey dap lous grans senhous
Au miey de cere bile
Tan brilhantes d'esclat
Las gents n'ey soun tranquiles
Coum jou en moun clédat.

Soulet sus las mountanhes
Au miey de mas brebis
Praubet jou n'ey a cranhe
Que lous herams maudits.
Pechet, pechet anesques
Nou ajets tan de frayou
Couelhet l'herbe fresquete
Jou ey moun fideu Pigou.

Lou mati quoan me lhèbi
M'en boy dret au clédat
Toute la noeyt jou en rèbi
Que lou loup m'y ey endrat
Mes Pigou tout tranquile
Droum tout arroumerat
E lou troupet doucile
Qu'ey dens lou mème estat.

Lou troupet qu'es desbelhe
Quoan enden lou siulet
Après jou m'en boy cuelhe
La sanshe y lou cubet
En mulhen ma troupete
A toutes jou m'en bau
Entestan l'anherete
Qui'm bie pana le sau.

Sus la quinte arajade
Jou bey passa l'arrous
Qu'ey hey puja l'aulhade
Auprés de jou soy urous
Péchet, péchet anescos
N'ajats nade frajou
Péchet las erbes frescos
Qu'ey fideu a pigou

Atau dens la matinade
Se'm passen lous moumens
Si ey heyte la cailhade
Soun fénits mouns turmens
Après chens nade péne
Si'm entenen siula
Las aulhes de la péne
Bachen tau cujala.

Lou brespe coum lou die
Ta pla passa la noeyt
Hey cose la harie
Que'm préparie lou lheyt.
Sus u catsè de plume
Nou saberi droumi
Que coutchi de coustume
Sus l'abet ou lou pi.

Aulhès de la balée
Siats touts hurous coum jou
N'ajats en boste idée
Nat rèbe d'embitiou
Ni reng ni la richesse
Nou renden l'homi hurous
Car souben la tristesse
Qu'ey dap lous grans senhous.

Bergers, ce n'est pas la richesse
Qui rend les gens heureux.
Car souvent la tristesse
Est avec les grands seigneurs.
Au milieu de ces villes
Si brillantes d'éclat,
Les gens n'y sont aussi tranquilles
Que moi près de mon enclos.

Seulet sur les montagnes
Auprès de mes brebis,
Pauvret je n'ai à craindre
Que les bêtes sauvages audites.
Malgré toutes mes misères
Moi je vis content.
Si j'ai du lait dans ma chaudière
Je me moque de l'argent.

Le matin quand je m'éveille
Je vais droit à l'enclos.
Toute la nuit je rêve
Que le loup y est entré.
Mais Pigou fort tranquille
Dort tout enroulé sur lui-même
Et le troupeau docile
Est dans le même état.

Le troupeau se réveille
En m'entendant siffler.
Ensuite, moi je vais chercher
Le pot à traire, la cuve.
En trayant mes brebis
À toutes je vais,
En chassant la petite agnelle
Qui vient me voler le sel.

Sur l'arête ensoleillée
Je vois sécher la rosée.
Je fais monter le troupeau.
Après je suis heureux.
Paissez, paissez agnelles,
N'ayez aucune frayeur !
Paissez l'herbe fraîche
J'ai confiance en Pigou.

Ainsi des matinées
Passent les moments,
Si le caillé est fait,
Sont finis mes tourments.
Après sans aucune peine,
Si elles m'entendent siffler,
Les brebis depuis les pentes
Descendent dans le parc.

L'après-midi à la lumière du jour,
Pour bien passer la nuit,
Je fais cuire la farine ;
Je prépare mon lit :
Sur un coussin de plumes
Je ne saurais dormir.
Je couche par habitude
Sur le sapin ou le pin.

Bergers de la vallée
Soyez tous heureux comme moi.
N'ayez dans votre idée
Aucun rêve d'ambition.
Ni grand rang ni richesse
Ne rend l'homme heureux.
Car souvent la tristesse
Est avec les grands seigneurs