La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



PER ACÈRE CASTAGNÈRE

Per acere castagnère,
U bergè negat de plous,
Perseguibe sa bergère,
Et cantabe sas doulous.
Perqué't arrits-tu, tigresse,
Dé mouns obs, de mous souhèts ?
Quoan pagueras ma tendresse ?
Quoan finiras touns mesprèets ?

La bergère l'escoute,
Qué sautabe en sé trufan ;
Més que trobe sus la route
L'arissou fresc et hissan.
Labets, lou bergè l'attrape,
Hère en peine dé l'espia
Lou broc qui peu pè l'agrape
Et qui bién de la pouncha.

Sus lou gazou qui's presente,
Auta plà coum nad barbè,
Lou bergè la rend countente,
Qu'eu tire lou broc deu pè.
Per sé paga qué l'embrasse
Aco hé tà tendremén,
Qu'ère nou'n estou de glace,
Qué l'ayma d'aquet moumen.

Dans cette châtaignerais,
Un berger noyé de pleurs,
Poursuivait sa bergère,
Et chantait ses douleurs.
Pourquoi te ris-tu, tigresse,
De mes vœux, de mes souhaits ?
Quand paieras-tu ma tendresse ?
Quand finiront tes mépris ?

La bergère ne l'écoute pas,
Elle sautait en se moquant ;
Mais elle trouve sur sa route
Le hérisson frais et piquant.
Alors le berger l'atteint,
Bien en peine de voir
L'épine qui par le pied l'accroche,
Et qui vient de la blesser.

Sur le gazon qui se présente,
Aussi bien qu'aucun barbier,
Le berger la rend heureuse,
Il lui enlève l'épine du pied.
Pour se payer, il l'embrasse ;
Il le fit si tendrement,
Qu'elle ne fut pas de glace,
Elle l'aima depuis ce moment.