La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



Historique, Topographique et Médical
Sur les EAUX-CHAUDES


      Avant-Propos

     Historique

     Topographie des Eaux-Chaudes

     Analyse Clinique

     Propriétés Médicales

 

          Avant-Propos    

 

l
e n'ai pas ou la prétention de faire un traité complet sur le mode d'action des Eaux-Chaudes et les services qu'elles peuvent rendre à l'art de guérir. Il m'eût fallu, pour justifier cette ambition un plus long séjour aux Eaux, et partant une plus longue expérience. Ce travail n'est donc qu'un essai qui sert en quelque sorte d'introduction à des études plus développées et plus complètes. Mes observations répétées périodiquement pendant le cours de chaque saison, me donneront les matériaux nécessaires. Pour le moment, je n'ai d'autre but que de fixer l'attention des médecins et du public sur des Eaux très salutaires, anciennement entourées d'une juste renommée, plus tard tombées en désuétude, et relevées enfin de cet injuste abaissement depuis qu'elles ont été sérieusement étudiées dans leur composition et leurs propriétés thérapeutiques.
      Je crois avoir fait connaître aux médecins quelles sont les maladies que les Eaux-Chaude peuvent guérir, quelles sources correspondent aux divers tempéraments et aux diverses conditions pathologiques. Des observations détaillées et concluantes donnent à mon témoignage la valeur incontestable d'une opinion démontrée.
      Après avoir montré aux malades (car ce travail est aussi écrit pour eux) qu'auprès des établissements à la mode des Pyrénées, il y en a un qui mérite au même titre le privilège de la faveur publique, je dois leur dire que, si les Eaux-Chaudes ont de précieux avantages sous le rapport thérapeutique, il s'y joint tous ceux que les malades peuvent désirer comme bien-être et comme agrément. L'établissement minéro-thermal est connu comme le plus élégant, le plus confortable des Pyrénées. Les hôtels à la disposition des étrangers sont nombreux et parfaitement tenus. Tous les ans, le nombre augmente et des améliorations y sont introduites. Des promenades à couvert permettent l'exercice pendant le mauvais temps ; lorsque le soleil brille, on peut parcourir les paysages variés d'une contrée extrêmement pittoresque. Une chapelle d'une élégante simplicité, sous l'invocation de la mère de Dieu, et régulièrement desservie, permet au baigneur de remplir les devoirs de la religion.
     Déjà, dans la saison de 1851, plus de deux mille baigneurs sont venus aux Eaux-Chaudes. Paris comme Madrid y ont envoyé de nombreux malades pour y recouvrer la santé, et avant peu, sans nul doute, ces thermes seront, comme autrefois, le rendez-vous de la noblesse et de l'élégance française et étrangère.


     Historique    

      Chaque établissement minéro-thermal a son histoire, pour peu que sa renommée soit étendue. Il est rare, en effet, qu'une renommée se produise tout à coup : il faut presque des siècles pour que des propriétés thérapeutiques accordées à des eaux prennent du crédit, grandissent dans l'opinion des hommes de l'art, et s'emparent même de l'opinion publique, de manière à fixer dans l'établissement les éléments d'une bonne clientèle.
     Les Eaux-Chaudes des Pyrénées sont dans ce cas.
     Faisant partie du groupe d'eaux sulfureuses pyrénéennes dont la célébrité est si grande, les Eaux-Chaudes ont leurs malades comme les Eaux-Bonnes, comme Cauterets, qui n'en sont qu'à quelques lieues. L'histoire de ces eaux se lierait donc, sous un certain point de vue, à, l'histoire générale des eaux des Pyrénées, comme si la découverte de leurs propriétés datait de la même époque, et comme si leur mutuelle renommée s'était accrue de concert. Mais les Eaux-Chaudes ont leurs titres historiques, qui sont en quelque sorte l'histoire de leurs succès depuis qu'on les a découvertes et qu'elles ont été employées. Nous allons les faire connaître.
      Les sources des Eaux-Chaudes, que nous nous bornons pour le moment à énumérer, sont au nombre de six. On les désigne sous les noms suivants :
     1° Le Clot
     2° L'Esquirette chaude et tempérée
     3° Le Rey
     4° Baudot
     5° Larressecq
     6° Minvielle
      L'époque de la découverte de chacune de ces sources n'est pas connue. Les sources du Rey, de l'Esquirette et de Larressecq sont les premières qui aient servi à l'usage médical, et elles paraissent avoir été utilisées dans un temps si loin du nôtre, que la date de leur première application se perd dans les ténèbres du passé. Les autres appartiennent à des temps plus récents : elles ont été découvertes vers là du dernier siècle et au commencement de celui-ci
     Réduites aux trois sources qui ont été d'abord connues, les Eaux-Chaudes n'avaient pas l'importance qu'elles ont acquise de nos jours. Elles jouissaient cependant d'une brillante renommée qui, comme toutes les renommées même les mieux établies, pouvait voir, ses vicissitudes. Si la médecine peut seule signaler le mérite relatif des eaux minérales la mode contribue pour une part assez grande à les faire valoir. Aussi malgré le voisinage et la protection de la cour de Navarre, les Eaux-Chaudes commençaient à vieillir dans le temps où vivaient les deux Bordeu. Antoine appelait Larressecq la fontaine du salut, et il contribua avec son fils à relever dans l'opinion la valeur médicale de cette source et de celles qui composaient alors l'établissement. Elles vieillissaient dit Théophile, quand son père et lui en reprirent et renouvelèrent l'usage
      Les beaux temps pour les Eaux-Chaudes étaient ceux où la cour de Navarre attirait des la ville de Pau tout ce qu'il y avait d'élégance et de noblesse en France. Ces temps comprennent la fin du quinzième siècle et une grande partie du seizième.
      Marguerite de Valois et Catherine de Navarre, Henri II et Henri IV, ont habité les Eaux-Chaudes. Il y a des mandements d'Henri IV datés de ce dernier lieu, du mois de juin de l'année 1581. La noblesse du pays suivait naturellement l'exemple des princes. Les étrangers de distinction visitant la cour faisaient comme tout le monde et les Eaux-Chaudes, où les logements étaient rares et insuffisants, où les ressources étaient nulles, où l'on ne parvenait que par des sentiers assez difficiles pour donner aux moins timides les émotions du danger, attiraient chaque année une foule nombreuse et surtout brillamment composée. La mode toute seule n'aurait certes pas maintenu cette coutume de se porter à chaque saison dans le pays alors sauvage et perdu où sourdent les Eaux, si des cures remarquables n'en avaient montré la valeur médicale. Il y en eut un exemple brillant sur le duc de La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes. Ce fait se rapporte à l'année 1611, long-temps après la disparition de la cour de Navarre, et par conséquent lorsque la renommée des Eaux ne s'appuyait que sur leur précieuse efficacité.
      Madame de Sévigné écrivait à sa fille, deux mois avant le voyage aux Pyrénées de l'illustre penseur : « M. de-Rochefoucauld vous embrasse, sans autre forme de procès, et vous prie de croire qu'il est plus loin de vous oublier qu'il n'est près de danser la bourrée ; il est dans son lit n'ayant plus l'espérance de marcher ; son château en Espagne est de se faire porter dans les maisons ou dans son carrosse pour prendre l'air. Il parle d'aller aux eaux ; je tâche de l'envoyer à Digne, d'autres à Bourbonne. » L'auteur des Mémoires historiques du château de Henri IV ajoute que ce ne fut ni à Bourbonne ni à Digne qu'il alla suivre les conseils de ses amis, mais bien aux Eaux-Chaudes, où sans doute des conseils plus éclairés l'envoyèrent. Il attendit quelques jours à Pau qu'on lui eût préparé un logis convenable, et il arriva aux Eaux-Chaudes perclus de ses jambes, et de plus affecté de la fâcheuse complication de l'âge : il avait alors 70 ans. Le duc eut le bonheur, après un traitement sur lequel les détails manquent, de quitter les Eaux sans emporter ses béquilles, et de vivre dix ans encore, assez preste et assez libre dans ses mouvements pour danser la bourrée aux noces du jeune marquis de Lafayette.
      Cependant, à cette époque, et depuis celle de l'adjonction du royaume de Navarre à celui de France, les Eaux-Chaudes avaient été considérablement négligées comme établissent. Depuis que la cour de Pau avait cessé d'être, les Eaux restaient dans une sorte d'abandon malgré le nombre de visiteurs qui, aux retour de chaque saison, allaient leur demander la santé. Il était déjà difficile alors de s'y loger, et surtout de s'y bien loger. On comprend combien ces, difficultés durent augmenter quand la clientèle, devenue moins nombreuse et surtout moins brillante par son luxe, n'excitait 'plus l'empressement intéressé des habitants. Cet état de choses ne faisant que s'aggraver, les malades devinrent de plus en plus rares ; les Eaux conservaient toujours leur renommée, mais on cessait d'y aller, car tous les inconvénients semblaient réunis pour nuire au succès du traitements. De syndics furent délégués par les états de Béarn pour s'enquérir de la situation des Eaux-Chaudes ; répondirent ainsi, en rendant compte de leur mission : « Au mois d'octobre 1745, nous nous transportâmes dans la vallée d'Ossau, nous visitâmes les bains et les logements des Eaux-Chaudes, nous trouvâmes le tout dans un désordre affreux, et il n'est pas possible que des honnêtes gens puissent y résister. »
     Les états eurent beaucoup de peine à, décider la communauté de Laruns, d'où dépendaient les Eaux-Chaudes, à faire les constructions indispensables. Ce ne fut qu'après une longue lutte et sous le coup de menaces réitérées de voir les états se mettre au lieu et place de la, communauté pour cette œuvre d’utilité publique qu'on prit enfin une décision. Peut-être ne l'eut-on pas prise encore, si le chevalier de Maucor, nommé commandant de la vallée d'Ossau en 1763, n'eût mis le plus grand zèle à réaliser le vœu des états de Béarn, qui auraient dû être ceux de tout le pays. C'est en 1781 qu'il faut faire remonter les travaux importants qui ont commencé la restauration successive de l'établissement minéro-thermal des Eaux-Chaudes.
      A ce nom se rattachent ceux d'administrateurs pénétrés des véritables intérêts de leur département qui ont amélioré successivement les Eaux-Chaudes, et en ont entièrement changé l'aspect.
     MM. Dessolle, Leroy, Duchâtel, Azévédo, Nogué, Cambacérès, préfets des Basses-Pyrénées, et le marquis de Livron, membre du conseil général, se sont intéressés vivement aux magnifiques constructions qui se sont élevées au dessus des sources et présentent aux malades toutes les conditions, désirables pour la facilité comme pour le succès du traitement.
      Il y a sans doute quelque chose à faire encore pour placer les Eaux-Chaudes, si ce n'est au dessus, du moins au niveau des établissements voisins, auxquels rien ne manque, ni sous le rapport de l'utilité, ni sous celui du luxe ; mais, puisqu'on a beaucoup, fait depuis quelques années, sans même remonter à M. de Maucor, qui eut le premier l'honneur de relever les Eaux-Chaudes de leur abaissement et de conjurer ce qui les menaçait peut-être, c'est à dire leur oubli, on parviendra certainement à exécuter ce qui reste à faire : nous osons compter pour cela sur les lumières administratives de notre nouveau préfet, Fournier, dont le dévouement dans sa longue carrière préfectorale, ne fit jamais défaut aux intérêts de ses administrés. Il voudra d'ailleurs attacher son nom à l'achèvement d'un établissement destiné à servir les intérêts de l'humanité, en même temps qu'il augmentera le bien-être d'une contrée confiée à sa paternelle administration.
      La belle Fosseuse, qui a joué un rôle dans la vie galante de Henri IV, écrivait que la vie et la vue n'étaient pas joyeuses à l'égal des Eaux-Chaudes. Sans accepter pleinement cette exagération, on peut dire que la vue est belle pour ceux qui aiment le pittoresque et que la vie se supporte assez gaîment dans un pays où, à côté de sources d'une efficacité traditionnelle, se trouvent les conditions de bien-être que doit exiger l'état de souffrance des malades.



     Topographie des Eaux-Chaudes    

     Les Eaux-Chaudes sont situées à l'extrémité de la vallée d'Ossau et dominées par de hautes montagnes. Lorsque, autrefois, on allait à l'établissement thermal, il fallait passer par des chemins impraticables, descendre des escaliers taillés dans le roc, se faire porter à travers des mouvements de terrain très dangereux et côtoyer en tremblant des précipices.
    Aujourd'hui une route pratiquée sur le flanc de la montagne route qui est une œuvre d'art pleine de hardiesse et de beauté, rend l'accès du village extrêmement facile. Le mauvais état des chemins et la vue du danger ne troublent plus le voyageur qui admire les effets pittoresques du paysage.
    Malgré la hauteur des montagnes qui dominent les Eaux-Chaude, le village où elles sourdent se trouve à une élévation de 675 mètres au dessus du niveau de l'Océan. Ainsi, elles sont situées dans une région des Pyrénées rapprochée déjà des grands sommets, c'est-à-dire dans le cœur même de la montagne et presque au pied des cimes les plus hardies. Cette situation dessine le caractère du paysage au milieu duquel est placé l'établissement thermal. Le pittoresque y règne dans toute sa sévérité et dans toute sa grandeur. Les montagnes s'élèvent au dessus des montagnes ; les cimes sont hardies ; les pentes rapides ; les torrents se précipitent en cascades, et un peu de terre végétale, étendue sur les marbres, et les granits, porte de grands bois de hêtres et de sapins, qui jettent sur le sol d'immenses surfaces de verdure. Cette décoration ne donne pas à la campagne cette variété de tons qui caractérise les régions de la plaine ; mais chaque paysage doit avoir son cachet, et celui qui sert de cadre aux Eaux-Chaudes laisse un souvenir profond chez les personne qui l'ont visité. C'est l'un des sites de la chaine des Pyrénées qui méritent à plus juste titre la faveur du touriste.
     On comprend maintenant en quoi consiste la topographie du village des Eaux-Chaudes. Le groupe de 20 à 25 maisons, qui est placé au bord du Gave, se trouve situé dans un bas-fond, malgré sa hauteur au dessus du niveau de la mer. Les montagnes, aux pentes plus ou moins rapides, portant des forêts dans une région, laissant voir la roche nue dans une autre, s'élèvent autour de lui dans la plupart des directions. Elles ne forment pas cependant autour du village une enceinte continue comme celle d'un cirque, condition qui serait très défavorable à la salubrité de l'air. On va voir, en effet, que les malades n'ont rien à redouter d'une telle disposition.
    Le Gave, qui traverse le défilé de la longue vallée d' Ossau, à l'extrémité de laquelle sont les Eaux-Chaudes, imprimerait seul à l'air un mouvement suffisant pour en renouveler les couches. Mais l'enceinte montagneuse est disposée de manière à réaliser ce résultat et à l'entretenir avec une régularité presque quotidienne. Ouverte dans le sens du grand diamètre de la vallée, elle laisse un espace libre aux influences atmosphériques dans la direction du S.-S.-E. et dans celle du N.-N.-O.
     C'est par là, que pénètre, pendant le règne de la belle saison, une brise fraiche qui a pour effet de produire un abaissement notable dans la température ; elle s'élève avec le soleil, c'est-à-dire quelle règne principalement lorsque la chaleur commence à se faire sentir ; elle diminue et s'éteint quand la chaleur elle-même décline et tend à s'éteindre. Aussi la brise souffle généralement vers neuf heures du matin ; vers trois, heures, elle décline et devient presque insensible. C'est alors que les montagnes commencent à projeter leur ombre sur le fond de la vallée. Grâce à cet état de la météorologie, les malades, loin d'avoir des inconvénients à redouter pendant les ardeurs de la saison, se trouvent au contraire dans des conditions très favorables.
     Ainsi, d'après le naturaliste Sacaze, la moyenne de la température annuelle n'est que 10.5 du thermomètre centigrade. Cette moyenne ne prouverait rien pour la moyenne de l'été, celle qu'il importe le plus de connaître. Je l'ai recueillie avec soin dans la saison de 1851, depuis le 1er juin jusqu'au 30 septembre, et je l'ai trouvée de 17° centigrades. Si cette moyenne est à peu près celle de la chaude saison pour les autres années, on peut dire que les étés sont modérés, et bien loin de présenter l'intensité thermométrique d'autres régions du midi de la France, et surtout des vallées dominées par de hautes montagnes. Sans doute, il y a une différence assez grande aux Eaux-Chaudes entre la température de la journée et celle du matin et du soir ; l'humidité peut même se faire sentir, surtout le soir, avec une certaine force ; mais n'est-ce pas là la condition de tous les pays appartenant soit au système des Alpes, soit au système des Pyrénées ? Avec quelques précautions recommandées par les médecins et prises par les malades, tous les inconvénients disparaissent. Ils sont d'autant moins redoutables que la modération de la chaleur dans la journée, produite par la fraîcheur du vent régnant, rend la transition beaucoup moins forte et son influence moins sensible sur l'organisation impressionnable des baigneurs.
     Le site des Eaux-Chaudes offre, par lui-même un intérêt de curiosité. Il est une sorte de point central placé entre les vallées basses qui vont aboutir à la plaine et les sommets les plus hardis des Pyrénées. On peut donc faire de nombreuses excursions dans le voisinage, qui, toutes, donnent des impressions nouvelles et des effets variés.
     D'abord, les Eaux-Chaudes ne sont qu'a 42 kilomètres de Pau, ville habitée comme on sait, par de nombreuses familles étrangères depuis que la douceur de son climat a été médicalement appréciée ; elles se trouvent à peine à quelques kilomètres des Eaux-Bonnes, distance que l'on franchit en une demi-heure. La vallée d'Ossau est très intéressante à visiter pour le botaniste ; de curieuses espèces végétales y étalent, leurs gracieuses et odorantes fleurs, et le minéralogiste y trouve aussi, dans quelques parties de la montagne, de véritables richesses pour ses études. La belle route de Gabas, avec ses magnifiques forêts de sapins ; mérite une visite ; là un torrent se précipite en cascade, avec impétuosité, sur le lit de marbre dont l'exploitation est ouverte et fournit des blocs d'une blancheur comparable à celle de Carrare. Dans cette vallée se trouve aussi une admirable grotte dans laquelle roule avec fracas un torrent impétueux sorti des flancs de la montagne elle est une des plus remarquables curiosités naturelles des environs.
    Au nombre de cimes d'où le voyageur peut aller prendre une idée de la topographie si curieuse de la contrée, le géant d'Ossau se trouve en quelque sorte à sa portée. Il mesure 2,900 mètres, et permet d'embrasser de son sommet, sans doute difficile à gravir, mais qu'on finit par atteindre une grande étendue de pays. Le malade peut non seulement occuper ses instants, mais aider agréablement au traitement médical par l'exercice. Nous venons de montrer que les buts de promenade ne manquent pas ; ils présentent même assez d'intérêt pour qu'il ne soit pas nécessaire de les choisir.
     Si le climat, si les lieux correspondent aux conditions réclamées par l'état des malades, l'établissement thermal présente-t-il une organisation suffisamment bonne pour subvenir aux besoins impérieux du traitement ?
     C'est ici le lieu de rendre justice à MM. François ingénieur des mines, et Latapie, architecte du département des Basses-Pyrénées, qui, chacun dans la partie qui le concernait, ont su vaincre toutes les difficultés pour faire un établissement modèle, véritable palais monumental qui, en faisant l'admiration de l'étranger, répondra bientôt à toutes les nécessites exigées pour remplir sa destination.
     L'établissement est construit sur la rive droite du Gave ; il forme un carré de 32 mètres de côté. Il est exposé par sa principale façade au midi, et est flanqué de trois bâtiments demi-circulaires, qui contiennent les réservoirs, les buvettes, les cabinets de bain, la piscine, et les douches, assez variées, dans la forme et dans leur force, pour satisfaire à tous les besoins imposés par la nature de la maladie.
     La vapeur d'eau circule par des tuyaux dans tout l'établissement, et permet d'administrer des douches de vapeur d'eau simple ou minérale dans les cabinets de douches ou de bains-douches.
    Les différentes sources, ou du moins les principales, le Clot, l'Esquirette chaude et tempérée et le Rey, arrivent dans ces annexes du bâtiment et y sont aménagées de manière à ne pas s'altérer, ni dans leurs qualités chimiques, ni dans leur température.
     Le bâtiment principal est donc consacré, spécialement au logement et aux plaisirs des malades. Il se compose de salons de réunion, de promenoirs à couvert, de logements bien disposés pour les employés, et de tout ce qui doit enfin concourir au bien-être de ces organisations débiles qui vont chercher aux eaux la guérison ou le soulagement de leurs maux. Sans doute, il y a encore quelques améliorations à introduire dans cet établissement, qui cependant, tel qu'il se trouve, est à la hauteur de tous les besoins ; elles s'opèrent successivement et ne tarderont pas à être complètes.
     Pour donner une idée des ressources thérapeutiques des Eaux-Chaudes, qui peuvent suffire à un nombre considérable de malades, voici quelques détails sur leur richesse minéro-thermale : les trois sources les plus actives alimentent ensemble trente-quatre cabinets de bains ou de douches ; la piscine qui reçoit le trop-plein des sources peut recevoir de 20 à 30 malades ; la quantité d'eau minérale que les sources fournissent pour la consommation est très considérable : le Clot l'Esquirette chaude et tempérée et le Rey, donnent 136,500 litres par vingt-quatre heures. A l'encontre de tant d'établissements d'eaux minérales en renom qui, manquant d'eau, n'ont pas de suffisantes ressources pour le traitement des malades, les Eaux-Chaudes jouissent d'une sorte de richesse, qui augmentera sans doute par les travaux opérés pour leur conservation et leur distribution.



     Analyse Clinique    

      La qualité qui frappe immédiatement et de laquelle on tient aussitôt compte quand ou s'occupe d'analyse d'eaux minérales, c'est la température. En effet, bien que le degré de thermalité n'ait pas une influence comparable, sous aucun rapport à celle de la composition chimique, il en a une cependant. Voici donc le tableau de, la température des sources qui existent aux Eaux-Chaudes ; il est tiré, d'un procès-verbal officiel qui a été dressé le 19 novembre 1846.

Le Clot donne à la source 36°40 centigrade
 —   au bain 35°00 centigrade
L'Esquirette chaude donne à la source 36°00 centigrade
 —   au bain 34°00 centigrade
L'Esquirette tempérée donne à la source 31°50 centigrade
Le Rey donne à la source 34°00 centigrade
 —   au bain 33°40 centigrade
Baudot donne à la source 27°00 centigrade
Larressecq donne à la source 25°10 centigrade
Minvielle donne à la source 11°00 centigrade


     Depuis 1846, un délégué de M. le ministre du commerce est venu constater le degré de température des diverses sources des Eaux-Chaudes c'était en 1850. Il y a quelque différence entre la première expérience et la plus récente ; mais elle est si minime qu'elle ne mérite pas d'être signalée : elle doit, d'ailleurs, tenir probablement aux instruments qui ont servi à ces expériences. Je dois dire que, lorsque j'ai pris moi-même avec soin les températures des sources, je les ai trouvées identiques avec les chiffres formulés précédemment.
      La thermalité des sources n'a pas sensiblement varié ; cependant on l'a cru dans le pays, et depuis la construction de l'établissement nouveau, de mesquines rivalités, s'emparant d'un faux semblant de vérité, ont essayé d'exploiter cette idée au détriment des Eaux-Chaudes. On va voir sur quelle base on s'était appuyé. La source de l'Esquirette se composait autrefois de quatre filets qui se réunissaient ; l'un était chaud, deux tempérés, et le quatrième presque froid : se confondant ensemble, ils présentaient nécessairement une moyenne assez faible. Pour augmenter l'action de cette source, qui est une des plus employées et des plus efficaces , on a laissé perdre le filet le moins chaud, et on a séparé le chaud et les tempérés, ce qui forme dès lors deux sources indépendantes. Il en est résulté pour la source chaude et principale de l'Esquirette une augmentation de température qui a fait croire au vulgaire et aux intéressés que les autres eaux de l'établissement avaient perdu en température ce que celle-ci paraissait avoir gagné. L'Esquirette a gagné, assurément, mais elle n'a tiré son bénéfice de thermalité que d'elle- même ; les autres sources sont restées ce qu'elles étaient.
      On a vu par le tableau précédent que les quatre premières sources présentaient à peu près le degré température entretenu par la vie dans l'organisme. Est-ce un avantage ? Est-ce un inconvénient ? La différence est-elle enfin suffisamment sensible pour qu'une modification d'une certaine portée soit produite dans l'économie, ou bien cette différence est-elle trop faible pour qu'il en résulte des effets thérapeutiques ? La réponse à ces questions ne doit pas être empruntée à la théorie, mais prise dans l'expérience. Celle-ci prouve que les eaux qui ont la plus incontestable réputation sont les eaux dont la température se rapproche le plus de celle de l'économie : ce fait a été constaté par mon confrère et ami le docteur Fontan, très expert en matière d'eaux minérales, et très familiarisé avec le mode d'action de celles des Pyrénées.
     Ainsi la température telle qu'elle existe dans la plupart des sources des Eaux-Chaudes présente de bonnes conditions sous le rapport thérapeutique non seulement elle a une action par elle-même, mais elle favorise, par une influence modère, l'action plus énergique des matières minérales en dissolution.
      Les principes minéralisateurs des Eaux-Chaudes sont les sulfates, les sulfures et les chlorures. Tout prouve que les composés de soufre sont les plus actifs, mais les chlorures doivent avoir une part d'action dans les effets obtenus à la suite des traitements par les eaux. En matière d'eaux minérales, d'ailleurs, il n'y a rien d'inutile dans la composition chimique. L'eau minéro-thermale est un médicament qui agit absolument par lui-même, et non par tel ou tel composé qui contribue à sa constitution. La preuve en est qu'on a beau faire avec art, avec habileté, avec la plus minutieuse exactitude, une eau minérale artificielle, on n'arrivera jamais avec elle au résultat qu'on obtient avec le produit naturel.
      Les principes sulfureux sont ainsi représentés dans les sources de l'établissement :


Le Clot contient par litre grammes 0,0004352 de soufre,
0,0007718 de sulfure de sodium.
L' Esquirette chaude contient par litre
L' Esquirette tempérée contient par litre
grammes 0,0003712 de soufre.
0,0006582 de sulfure de sodium.
Le Rey contient par litre grammes 0,0003200 de soufre.
0,0003674 de sulfure de sodium.
Baudot contient par litre grammes 0,0003712 de soufre.
0,0006582 de sulfure de sodium.
Larressecq contient par litre grammes 0,0003442 de soufre.
0,0006129 de sulfure de sodium.
Minvielle contient par litre grammes 0,0000002 de soufre.
0,0000005 de sulfure de sodium.

     Les chlorures contenus dans les Eaux-Chaudes ont été aussi l'objet d'expériences comparatives avec le autres eaux minérales des Pyrénées. Ces expériences ont été faites avec une solution titrée de nitrate d'argent correspondant à 0 gr. 0069 de chlorure par centimètre cube ou 0,00069 par division du tube gradué. Dans ce tableau, la source du Rey, prise pour type des Eaux-Chaudes, est chiffrée à 0,0997, tandis que César-Vieux et La Raillère de Cauterets ne portent que 0,0277 pour la première source et 0,0264 pour la seconde. Cette supériorité sur l'une des Eaux minérales les plus justement renommées des Pyrénées ne se continue pas pour les proportions de principes sulfureux. D'après un travail fait par M. François et Filhol en 1850, c'est le contraire qui aurait lieu.
      Voici d'ailleurs, d'après l'un de ces chimistes, M. le professeur Filhol, l'analyse chimique d'une source précieuse à plus d'un titre, la source Baudot, qui contient à peu près les mêmes éléments que les autres sources composant le groupe des Eaux-Chaudes sauf la chloruration et l'alcalinité, qui s'y constatent à un degré plus élevé. Cette analyse approximative, que je dois à la bienveillance de M. le professeur Filhol, est la suivante :


     Sulfure de sodium..........0,0087
     Chlorure de sodium........0,1150
     Sulfate de chaux...........0,1030
     Silicate de chaux...........0,0050
     Silicate de magnésie.....Traces.
     Silicate d' alumine.........Traces
     Sulfate de soude...........0,0420
     Carbonate de soude......0,035O
     Iode......................Traces sensibles


     Toutes les sources contiennent en plus ou moins grande quantité et laissent déposer cette matière pseudo-organique connue sous les noms de barregine ou de glairine.
     On a remarqué qu'il n'y avait pas d'unité et de précision dans les divers travaux analytiques dont les Eaux-Chaudes ont été l'objet. La comparaison devient donc assez difficile, au point de vue chimique, entre les diverses sources qui composent l'établissement. Mais la chimie serait insuffisante, si on n'avait recours qu'à elle seule, pour apprécier les propriétés thérapeutiques des eaux minérales. C'est toujours à l'expérience médicale qu'il faut avoir recours pour se rendre compte du mode d'action de ces agents si précieux dans le traitement des maladies. Eh bien ! l'expérience prouve que, quelle que soit la proportion de chlorures ou de sulfures, et même de thermalité, comparativement aux autres eaux des Pyrénées, les Eaux-Chaudes jouissent d'une précieuse efficacité. Cela doit être, en effet ; car, comme nous l'avons déjà, indiqué, une eau minérale agit comme un corps simple, comme un médicament indivisible. Son activité thérapeutique ne peut pas être attribuée exclusivement à un des éléments qui la composent, mais à l'ensemble de tous ses éléments.


     Propriétés Médicales    

     Les propriétés médicales des eaux minérales sulfureuses en général, et des Eaux-Chaudes en particulier, consistent dans une stimulation plus ou moins vive qu'elles déterminent dans l'économie. Sous leur influence, la circulation s'accélère, la sensibilité s'exalte, l'appétit augmente et toutes les fonctions paraissent reprendre un surcroît activité. Les Eaux-Chaudes, qui ne se distinguent ni par un excès de température ni par une proportion considérable de composés sulfureux, déterminent cependant les mêmes effets que les eaux analogues des Pyrénées. C'est toujours une excitation qui se développe et qui rayonne dans tout l'organisme, qui en exalte les fonctions, qui en réveille la vitalité. Mais ce résultat ne se produit que dans une certaine mesure. Quand des eaux fortement thermalisées et très chargées de principes sulfureux exercent leur action sur l'économie, cette action peut se révéler dès le commencement du traitement par des inconvénients très dangereux. Avec les Eaux-Chaudes, on s'expose moins facilement à dépasser le but qu'on veut atteindre lorsqu'on s'est familiarisé avec une médication dont l'efficacité dépend, en grande partie, de la manière dont on l'administre.
    Les Eaux-Chaudes ont une action générale et une action spéciale : l'une qui s'adresse à l'organisme tout entier, l'autre qui s'exerce contre les états pathologiques que ces eaux ont la réputation traditionnelle de guérir. En matière d'eaux minérales, il est, je crois, utile de toujours faire cette distinction. Cette médication est trop active pour qu'elle ne modifie pas sensiblement, et le plus souvent avec puissance, l'organisme tout entier. Lorsque les eaux guérissent une maladie ou une altération circonscrite, elles le font, dans bien des cas, autant par les effets qu'elles produisent localement que par le changement plus ou moins profond qu'elles amènent dans l'économie. Dans ces circonstances, la guérison s'effectue par ce jeu des sympathies, par ce mécanisme des réactions qu'il faut savoir favoriser pour arriver à des résultats rapides et décisifs.
    L'action générale des Eaux-Chaudes se caractérise principalement sur les tempéraments indolents, lymphatiques, strumeux. Dès les premiers jours du traitement, après quelques bains et quelques verres d'eau en boisson, un changement notable s'opère tout à coup dans les conditions physiologiques de l'organisme : le mouvement reparaît dans ces organisations inertes ; la vie, qui y semblait à peu près éteinte, se ranime par le surcroît d'activité développé dans toutes les fonctions ; un état d'expansion rayonne enfin du centre à la circonférence, et se traduit tantôt par une sécrétion considérable d'urine, tantôt par une transpiration abondante, ou bien enfin par quelque éruption qui vient couvrir toute la surface cutanée. Lorsqu'il y a gêne, embarras, dans le jeu des fonctions par des obstacles qui existent dans les vaisseaux ou par des engorgements qui obstruent les parenchymes, comme dans les tempéraments lymphatiques très caractérisés et dans la scrofule, les Eaux-Chaudes déterminent en peu de temps des changements remarquables. Souvent même la situation s'améliore d'une manière assez complète et assez rapide pour ne laisser que des traces légères de ces états maladifs.
     Dans les souffrances nerveuses par défaut d'équilibre de la sensibilité, les résultats sont aussi complets ; le rayonnement des forces qui se produit dans l'organisme rétablit l'équilibre et fait cesser les douleurs. Nous pourrions multiplier les exemples de ces troubles de l'innervation qui ne sont pas encore une maladie grave, mais qui en préparent le développement que les Eaux-Chaudes guérissent d'une manière aussi prompte que radicale.
    Ces résultats sont du ressort de l'action générale, ils ne s'expliquent pas autrement.
    L'action spéciale, qui n'est pas la même, ou qui du moins ne s'exerce pas au même degré dans les différentes sources qui composent le groupe des Eaux-Chaudes, correspond à un grand nombre de maladies dont ces eaux triomphent le plus souvent comme le prouve une longue expérience. Ainsi les Eaux-Chaudes peuvent combattre avec avantage les rhumatismes aigus et surtout chroniques, articulaires ou musculaires ; la sciatique, principalement quand elle est liée à une diathèse rhumatismale ; la goutte, les ulcères et les plaies d'une cicatrisation difficile. Les névralgies de l'estomac et du tube digestif ne leur résistent pas quand la source qui convient à ce genre de traitement est bien choisie. La scrofule, dans ses formes nombreuses, comme les engorgements lymphatiques, les ophtalmies scrofuleuses, cède aussi à la médication par les Eaux-Chaudes. Il en est de même pour la chlorose ; car, en redonnant de la vigueur à l'économie, en activant la circulation, en rétablissant l'appétit en faisant cesser l'état de trouble de l'innervation, ces eaux mettent un terme à la pâleur, à l'anémie, à la faiblesse, qui caractérisent cette affection grave. Il paraîtrait, dans ce cas, que la médication agit par ses effets généraux, et non par une influence spéciale ; cependant il serait difficile de le décider. Les maladies utéro-vaginales avec engorgement du col, avec granulations et excoriations, mais sans signes de dégénérescence, sont guéries par les mêmes moyens d'action. Ils réussissent également contre les paralysies qui ne se rattachent pas à un état cérébral dans lequel une constitution sanguine ou des accidents inflammatoires ont joué le rôle de cause, contre les catarrhes bronchiques, la pneumonie chronique, et même la phthisie commençante. Leur puissance est surtout souveraine contre l'aménorrhée, la dysménorrhée, la leucorrhée. Elles combattent aussi avec succès la ménorrhagie trop abondante, et même la métrorrhagie provenant d'anémie. Dans ces cas, elles semblent agir en régularisant les fonctions de l'utérus, et cela explique pourquoi, de temps immémorial, l'on a pu, sans leur attribuer une propriété spéciale, leur donner justement le nom d'emprégnadères ou engrosseuses la dyshémorrhée, ou les accidents produits par la suppression du flux hémorroïdal, cède le plus souvent à leur action, car il est rare qu'elles ne rappellent pas cet écoulement. Enfin, elles décentralisent les principes herpétique et syphilitique en les portant sur la peau, et aident à leur guérison.
    Mais si les Eaux-Chaudes peuvent avoir raison de cette série de maladies dont la plupart sont d'une nature grave, il y en a d'autres dont les symptômes s'exaspéreraient sous leur influence, et qu'il faut se garder de soumettre au traitement minéro-thermal.
    Dans la constitution sanguine, dans l'état d'irritabilité de l'organisme, dans la disposition aux maladies inflammatoires, on doit s'interdire les Eaux-Chaudes, ou tout au moins en faire surveiller minutieusement l'emploi par le médecin. Dans les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux, il serait dangereux d'en faire le moindre usage. Non seulement on augmenterait le désordre mais on courrait le risque de provoquer la rupture d'un anévrisme en voie de formation, ou de produire une congestion, événements qui peuvent amener la mort. Quand il s'agit de paralysies, il faut bien s'assurer des symptômes qui les ont précédées. Il y a des exemples, dans la pratique des eaux, des suites funestes d'une médication aussi active, qui a pour effet d'accélérer la circulation du sang, ou, en d'autres termes, de préparer des accidents graves.
    Dans les cas de squirrhe et de cancer, les eaux sont également contre-indiquées. On comprend que leur usage ne ferait qu'exaspérer l'état de la lésion en changeant la tumeur qui est de nature indolente en tumeur inflammatoire. Pour nous résumer, nous dirons que tous les genres de maladie qui peuvent subir une aggravation par une surexcitation trop vive de la circulation et de la sensibilité sont hors du cadre de celles que le traitement par les eaux améliore ou guérit.
     Mais, comme nous l'avons fait pressentir précédemment, les différentes sources n'agissent ni au même degré, ni de la même manière. Non seulement les unes produisent des effets que d'autres produisent, faiblement ou même ne produisent pas, mais il y en a aussi qui guérissent des maladies que des sources de température et de composition analogues ne parviennent pas à guérir.
     Voici, en effet, les propriétés spéciales de chacune de ces sources, qui toutes ont une grande valeur thérapeutique.
     L'eau du Clot est la plus excitante. Elle agit avec force sur les muqueuses, sur la peau et sur tous les organes en général. Il faut être sobre dans son administration quand on la donne en boisson, car elle peut développer des inflammations de l'estomac ou des intestins. Nous en avons vu plusieurs exemples d'une telle gravité, que les symptômes inflammatoires en étaient alarmants. Ils étaient apparus chez des personnes qui en avaient bu en trop grande quantité (quatre à six verres). Cependant, prise avec modération, elle est digérée avec facilité et produit de bons effets. L'eau du Clot agit surtout avec force pour combattre les rhumatismes rappeler le flux menstruel supprimé, le flux hémorroïdal et les éruptions herpétiques. C'est dans ces cas que cette source se distingue par son efficacité, car il est rare que ses eaux trompent l'espérance du malade et les prévisions du médecin.
     La source chaude de l'Esquirette fournit une eau peu excitante comparativement à celle du Clot. Elle convient, en effet, dans les maladies nerveuses, où il faut se garder de développer de la surexcitation.
     La source de l'Esquirette tempérée, moins excitante encore que la précédente, est très efficace dans les inflammations chroniques. C'est surtout contre les affections utéro-vaginales, avec engorgement et ulcérations accompagnées de douleurs plus ou moins vives, que cette eau, administrée en douches ascendantes, est réellement d'une efficacité remarquable. La révolution s'opère sans exaspérer la souffrance, et même en déterminant cet état de calme local et général qui résulte ordinairement d'une médication antiphlogistique. Cette influence, si difficile à expliquer par la composition chimique de l'eau, mais que l'expérience clinique met en évidence, résulte-t-elle de la température, qui est modérée, ou de cette même composition ? Comme, à notre avis, les eaux agissent de la même manière qu'un médicament simple, nous croyons que c'est à la réunion de toutes ses qualités physiques et chimiques que l'Esquirette doit ses précieux effets et ses succès nombreux.
     Le Rey, malgré la faiblesse relative de sa température, guérit souvent les rhumatismes qui ont résisté à l'action plus énergique du Clot. Les organisations lymphatiques et scrofuleuses qui ont besoin d'être ménagées, celles des enfants, par exemple, qui présentent une débilité et une impressionnabilité très grandes, se trouvent bien des bains pris à cette source.
    )Le Rey rappelle par son nom la célébrité dont elle jouissait du temps de la cour de Navarre. C'était alors la source du Roi, parce qu'on la considérait comme la plus efficace dans le traitement des affections rhumatismales.
     La source Baudot fournit une eau d'une digestion facile et très employée en boisson. Il n'y a guère de malade qui n'en fasse usage. Cette eau est détersive, résolutive et diurétique, à un point plus élevé que les autres sources. Elle exerce une action fortifiante sur les muqueuses bronchiques, sans jamais déterminer, même à assez haute dose, de mouvement fébrile ; elle guérit les catarrhes humides, opère la résolution des lésions qui constituent la pneumonie chronique, et exerce même une salutaire influence sur les symptômes qui caractérisent la phtisie à son début. Cette source, nouvellement découverte, a déjà acquis une certaine célébrité par les cures qu'elle a produites. Elle mérite un rang distingué dans le groupe des Eaux-Chaudes ; car elle a une spécialité d'action qu'elle ne partage pas avec les autres et lui donne par conséquent un caractère particulier.
     Larressecq donne une eau très résolutive, qui est employée traditionnellement, et avec un succès qui ne s'est pas démenti, dans le traitement des plaies, ulcères, ophthalmies chroniques et scrofuleuses, engorgement des articulations, etc. Elle n'a pas démérité de la réputation qu'elle avait dans un temps déjà bien éloigné de nous et qui lui valut du premier des Bordeu le nom de Fontaine de Salut.
    La source Minvielle a une température de 11° seulement. On comprend dont combien elle doit être froide dans la saison des eaux. Ceux qui la boivent sans ménagement peuvent en éprouver et en éprouvent des accidents quelquefois graves. Aussi le bon docteur Samonzet, l'un de nos prédécesseurs les plus justement aimés et estimés, avait voulu la faire condamner comme nuisible aux malades. Son erreur, consacrée dans le Manuel des Eaux Minérales de M M. Patissir et Boutron, vient de ce qu'il s'est trompé sur la véritable cause des effets de cette source. Ce n'est point par sa composition, mais par sa température glaciale, que cette eau crée des indispositions ou peut même développer des maladies sur ceux qui la boivent dans un état de transpiration ; mais, même à cause de cette température, elle peut être avantageusement employée. Administrée avec précaution et sous la surveillance du médecin, elle guérit les névralgies de l'estomac et des intestins et peut modifier favorablement les inflammations chroniques de ces organes. Il faut se garder de son emploi chez les malades qui présentent le moindre signe d'état catarrhal.
     Telle est la propriété spéciale de chacune des sources du groupe minro-thermal des Eaux-Chaudes. Mais au dessus de l'observation médicale, il y en a une autre plus ancienne qu'elle, et dont il faut tenir grand compte, car l'observation médicale ne vient qu'après : c'est celle qui est fournie par l'observation empirique et populaire, où, en d'autres termes, par la tradition. Eh bien dans les Pyrénées, ce pays de montagnes où les rhumatismes sont très communs, il est de tradition depuis un temps immémorial, que les Eaux-Chaudes guérissent sûrement et infailliblement cette classe de maladies. Cette opinion est tellement enracinée chez les habitants des Pyrénées et des contrées limitrophes, que les rhumatisants viennent aux Eaux-Chaudes sans même prendre l'avis du médecin. Une telle tradition nous a paru avoir assez de valeur pour mériter de ne pas être omise.


puce    Sources
  • Le Docteur IZARIÉ, Aperçu Historique, Topographique et Médical, Vignancour, imprimeur Pau 1852


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