La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




BERNADOTTE.



ernadotte. Ce nom rappelle au Béarn un de ses enfants qui, parti soldat du pied des Pyrénées, s'assit après une carrière brillante et glorieuse sur le trône Scandinave, et d'habile général devint monarque éclairé.
    Jean-Baptiste Bernadotte, fils d'HENRi Bernadotte et de Jeanne de St-Jean, naquit à Pau, le 26 janvier 1763. Sa famille appartenait à la robe et le destina dès son jeune âge à la magistrature ; mais ses intentions vinrent se briser devant une irrésistible vocation. Jean-Baptiste Bernadotte avait à peine atteint sa dix-septième année, que, désertant l'étude du droit, il entrait comme simple soldat au régiment de royal marine. Les premiers temps de son avancement furent difficiles ; en 1789, il n'était encore que sergent et une grave maladie allait peut être arrêter à ses débuts une carrière depuis si remplie, lorsque le médecin major de Picamilh, inspecteur des hôpitaux militaires de la Rochelle, reconnut en lui un compatriote qu'il enleva aux soins douteux des infirmiers de l'époque pour le recueillir dans sa maison. Rentré dans son corps après quelques mois, Bernadotte marcha à pas de géants dans le chemin de la gloire et des honneurs. Le 30 novembre 1792, il obtenait le grade d'adjudant-major, et deux années ne s'étaient pas écoulées, que, le 26 juin 1794, Kléber lui conférait sur le champ de bataille de Fleurus celui de général de brigade, suivi, à six mois d'intervalle, des épaulettes de général de division.
     Jusqu'ici le soldat Béarnais n'avait eu l'occasion de produire au grand jour que ses talents militaires, dignement appréciés par Kléber lorsqu'il écrivait dans ses rapports « qu'il ne pouvait trop louer le général Bernadotte, toujours sous le feu le plus vif, dirigeant ses dispositions avec un sang-froid héroïque et décidant du sort des batailles par son courage infatigable et son intrépidité. » A cette réputation, il joignit dans la suite celle d'un homme d’État consommé et d'un administrateur non moins sage qu'éclairé. Toutes deux lui étaient déjà acquises lorsqu'au 18 fructidor, il vint, porteur des drapeaux enlevés à Rivoli, s'offrir au Directoire pour punir les ennemis de la république.
     Nommé à l'ambassade de Vienne après la conclusion du traité de Campo-Formio, dans un instant difficile où Berthier se disposait à entreprendre sur l'Italie une expédition de nature à éveiller les susceptibilités de la cour d'Autriche, Bernadotte domina les circonstances par l'énergie de son caractère. L'apparition du drapeau tricolore sur la façade de son hôtel servit de prétexte à une émeute ; il en triompha et força au respect des couleurs nationales. Les suites de cette affaire l'obligèrent à quitter Vienne ; refusant l'ambassade de La Haye, il se retira à Paris, où il vécut dans une sorte de retraite jusqu'en 1799.
     A cette époque, survint une rupture entre la France et l'Autriche. Bernadotte, enlevé à son repos pour prendre le commandement en chef de l'armée d'observation des frontières, pénétra dans les provinces Rhénanes, où il effaça par la loyauté et la générosité, de sa conduite les mauvaises impressions antérieurement laissées par nos troupes. Appelé bientôt après au ministère de la guerre, il y signala heureusement son passage par des réformes utiles au bien public ; mais cette position élevée ajoutait trop à l'influence qui lui était déjà personnelle, pour ne pas inspirer des inquiétudes au pouvoir chancelant du directoire. Le ministère lui fut retiré sous le prétexte « de satisfaire au vœu qu'il avait manifesté de reprendre du service actif dans les armées. » Fatigué de la lutte persistante qu'il avait eu à soutenir depuis son entrée à ce poste contre une opposition systématique et ombrageuse, il accepta sa disgrâce sans murmure, se contentant, afin de prouver à ses ennemis occultes qu'il n'était pas leur dupe, de démentir les velléités de démission qu'on lui prêtait. Le 18 brumaire changea presqu'en même temps la face des affaires. Bien qu'il n'y eut pris aucune part, Bernadotte se vit l'objet d'une faveur particulière du gouvernement consulaire, qui, désireux de le rallier à ses vues politiques et appréciateur de son mérite, l'investit des fonctions de conseiller d’État et de général en chef de l'armée de l'Ouest. En cette dernière qualité, il arrêta une insurrection royaliste dans les départements Vendéens, et, le 16 mai 1800, empêcha le débarquement des Anglais à Quiberon. Maréchal de l'Empire en 1804, il remplaça la même année Mortier au commandement de l'armée de Hanovre, fut nommé chef de la 8e cohorte de la Légion-d'Honneur, décoré de la plupart des ordres royaux de l'Europe, et créé le 5 juin 1806, prince souverain de Ponte-Corvo.
     Pendant les quatre années qui suivirent, le prince de Ponte-Corvo vécut sur les champs de bataille. Il battit les Prussiens à Schleitz, à Saalfeld, à Iéna, à Hall, à Lubeck, força Magdebourg à capituler, sauva l'armée française d'un désastre dans les plaines de Mohrunger, remporta de nouvelles victoires à Braumberg, à Spandau, dans la Fionie, au pont de Lintz, et commanda à Wagram le 9e corps de la grande armée composé presqu'entièrement de Saxons. C'est ici que se place un incident diversement rapporté par les historiens et qu'il importe d'établir avec exactitude pour l'honneur des personnages qui se trouvèrent appelés à y jouer un rôle. Les Saxons de Bernadotte, donnant des preuves non équivoques du courage le plus intrépide, pénétrèrent par deux fois dans Wagram, et se maintenant par un effort d'héroïsme au centre du village enflammé, ils soutenaient seuls le choc des Autrichiens, lorsque leur chef, ému de leur danger, commanda d'aller les soutenir au général Dupas, dont la division faisait partie de son corps. Le général Dupas répondit que des ordres supérieurs ne lui permettaient pas de quitter son poste. Imposant silence pour un instant à la violence de ses pensées, le prince de Ponte-Corvo vola d'abord au secours de ses braves soldats ; se rendant ensuite dans le beau désordre du combat au quartier général, il aborda l'Empereur et donnant en sa présence un libre cours à ses sentiments d'indignation, il se plaignit de la violation des règles disciplinaires qui lui avait lié les bras dans l'instant le plus critique de la journée, alléguant que « si c'était dans la vue de le faire périr, on avait des moyens moins odieux que celui de sacrifier avec lui tant de braves gens. » Non moins surpris que le prince, mais convaincu, par une enquête immédiatement opérée sous ses yeux, qu'une de ces fatales méprises, trop fréquentes dans des mouvements de troupes aussi considérables, avait seule amené ce fâcheux incident, Napoléon essaya de calmer le bouillant général. Il n'y réussit qu'en partie, et Bernadotte, dont l'état de santé exigeait d'ailleurs des soins réparateurs, sollicita un congé qu'il obtint.
     Il n'en devait guère profiter, car sa rentrée en France ne précéda que de quinze jours le débarquement des Anglais à Walcheren, et il fut chargé de s'opposer à leur marche. N'écoutant que la voix du devoir, il oublia ses souffrances pour trouver dans son patriotisme et son infatigable activité, le moyen d'organiser les ressources qui lui manquaient. Il forma des gardes nationales, fatigua l'ennemi par l'habileté de sa tactique, et le força à une évacuation qui lui permit de venir prendre à Paris quelques moments d'un repos nécessaire.
     Bernadotte se trouvait dans cette capitale, lorsque, le 28 mai 1810, un accident imprévu enleva à la vie le prince de Hostein Augustenbourg, héritier présomptif du roi de Suède Charles XIII. Les Etats du pays, réunis pour donner un successeur au monarque, n'aperçurent autour d'eux personne sur qui put s'arrêter leur suffrage. Ils jetèrent les yeux sur l'Europe pour y découvrir un homme, tout à la fois administrateur et général, dont le passé fut en quelque sorte le garant de l'avenir. Le prince de Ponte-Corvo fixa leur choix. Les talents militaires n'éclipsaient pas chez lui ceux de l'homme d’État et la générosité de sa conduite dans les pays du nord qu'il avait parcourus en vainqueur à la tête des années de la République et de l'Empire, vivait encore dans le souvenir des populations. élu par la Diète, Bernadotte subordonna son acceptation à l'autorisation de l'Empereur, mais sans vouloir engager son avenir politique par cet acte de déférence, que lui dictait sa condition de sujet français. Napoléon ne s'opposa pas à l'élévation de son lieutenant, dont la proclamation comme prince royal de Suède et l'adoption par le roi Charles XIII suivit la conversion à la religion réformée. II y a un rapprochement assez curieux a établir ici entre les deux rois Béarnais. Henri IV, né et élevé dans la religion calviniste, l'abjure pour ceindre la couronne de France ; Bernadotte, catholique de naissance, embrasse la religion réformée pour monter au trône de Suède.
     La première époque de la carrière de Bernadotte est terminée ; elle fut toute de gloire et nulle tâche n'en ternit l'éclat. A la vie du général succède maintenant celle du prince royal.
     « J'espère que vous n'oublierez jamais que vous êtes français et que vous devez votre couronne à la gloire des armées françaises que vous avez commandées. » Telles furent les paroles d'adieu de Napoléon au prince de Ponte-Corvo, partant pour la Suède. Ces paroles, Bernadotte en perdit-il le souvenir ? Il y a là un problème que l'histoire seule peut résoudre ; mais, si on le retrouve dès 1813 parmi les ennemis de sa patrie, on ne doit pas oublier ses efforts antérieurs pour une pacification générale, ses dispositions favorables alors envers l'Empereur et la France.
     « Ce prince, a dit un biographe impartial, a été jugé avec une grande sévérité et a dû s'attendre à l'être ainsi par les Français. Peut-être a-t-on trop oublié qu'il avait une nouvelle patrie et qu'une nation généreuse et indépendante lui avait confié la défense et le soin de son honneur. »
     Prince royal, Bernadotte s'acquit l'estime et l'affection du peuple qu'il était appelé à gouverner. Il enrichit d'un fleuron la couronne de Charles XIII par l'addition de la Norvège, que les puissances alliées avaient cédé à la Suède par le traité de Kiel, mais qu'il ne voulut tenir que du consentement de la nation elle-même, et, le 5 février 1818, il monta, sous le nom de Charles-Jean XIV, sur le trône rendu libre par la mort de son père adoptif. Son avènement fut accueilli avec bonheur ; Stockholm lui avait voué dès long-temps un culte de sympathie dont elle lui donna la mesure dans cette circonstance, et Bernadotte, répondant à la manifestation des vœux populaires, prononça un remarquable discours, dont nous extrayons le passage suivant saillant entre tous :
     « Je vins au milieu de vous et j'apportai comme titre et garantie mon épée et mes actions ; si j'avais pu vous apporter une série d'ancêtres depuis le temps de Charles Martel, je l'aurais désiré, seulement par rapport à vous. Pour moi, je suis également fier des services que j'ai rendus et de la gloire qui m'a élevé. Ces prétentions se sont accrues par l'adoption du roi et le choix unanime d'un peuple libre. Là dessus je fonde mes droits, et, aussi long-temps que l'honneur et la justice ne seront point bannis de la terre, ces droits seront plus légaux et plus sacrés que si j'étais descendu d'Odin. L'histoire montre qu'aucun prince ne monta sur le trône si ce n'est par le choix des peuples ou par la conquête. Je ne me suis point frayé une voie à la succession du trône de Suède par les armes ; le choix libre de la nation m'a appelé, et voilà le droit sur lequel je m'appuie. Rappelez-vous votre état à mon arrivée, et voyez ce que vous êtes maintenant. »
     Cette appréciation des faits accomplis que Bernadotte réclamait de son peuple, l'histoire, par l'organe de M. Sarrans, la résume en ces quelques lignes : « La Suède a reconquis aujourd'hui son individualité politique. Elle possède une puissance d'argent, de système, de gloire, d'opinion, une prépondérance, enfin, qui marque son rang dans l'ordre Européen et donne à son alliance une valeur réelle, qui n'appartient pas moins au génie organisateur de Charles-Jean, qu'aux événements dont ce prince sut tirer un merveilleux parti. En un mot, c'est sous le règne de Bernadotte qu'une grande nationalité s'est reconstituée dans le nord de l'Europe, et son règne vivra respecté dans l'histoire, non seulement pour avoir fondé l'indépendance de la presqu'île Scandinave, mais aussi pour avoir su vaincre la difficulté de gouverner, à différents titres, deux peuples régis par des institutions essentiellement dissemblables. »

     Charles-Jean Bernadotte mourut le 8 mars 1844, après un règne de vingt-six ans. De son mariage avec Eugénie Bernardine-Désirée Clary, naquit le 4 juillet 1799 :

     Joseph-François-Oscar Bernadotte, monté sur le trône à la mort de son père, sous le nom d'OSCAR Ier, et marié, le 19 juin 1823, à Joséphine-Maximilienne-Eugénie de Beauharnais, fille du prince Eugène de Beauharnais, duc de Leuchtenberg, née le 14 mars 1807. De cette union :

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     1° Charles-Louis-Eugène, prince royal, duc de Scanie, né le 3 mai 1826, marié le 19 juin 1850, à Willemine Frédérique-Alexandrine Anne-Louise, princesse des Pays Bas.

     2° François-Gustave-Oscar, duc d'UPLAND, né le 18 juin 1827, décédé il y a quelques années.

     3° Oscar -Frédéric, duc d'OSTROGOTHIE, né le 21 janvier 1829, marié le 5 juin 1857, à la princesse Sophie de Nassau.

     4° Charlotte-Eugénie-Augusta-Amélie, née le 24 avril 1830.

     5° Nicolas-Auguste, duc de Dalecarlie, né le 24 août 1831.

     Chère à la Suède, la mémoire du roi CHARLES-JEAN l'est aussi au Béarn. A ce pays, son berceau, il conserva durant toute sa vie un affectueux souvenir qui se traduisit par une longue série d'actes de bienfaisance. Au moment où la mort le frappa, il se disposait à exécuter un projet digne de son généreux caractère, la fondation dans la ville de Pau, sur l'emplacement de la maison où il était né, Charles-Jean XIV naquit a Pau dans la maison Balagué, rue Bernadotte, n° 23, c'est par erreur qu'une plaque commémorative de sa naissance a été incrustée dans la façade d'une autre maison de la rue de Tran. d'un hospice destiné aux invalides Béarnais.

   Sources

  • CH.DE PICAMILH, Statistiques générale des Basses-Pyrénées , Imprimerie E. Vignancour, Pau, 1858.



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