La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




LES CASCADES


    Si vous allez visiter les cascades après de longues journées de chaleur et de sécheresse, ne vous pressez pas de les apprécier d'une manière irrévocable. Vous vous plaindriez, et vous auriez peut-être raison, qu'on vous en a exagéré le grandiose. Pour porter un jugement définitif et les réhabiliter dans votre esprit, si besoin était, retournez les voir quelque temps après une forte pluie d'orage, lorsque les chemins ressuyés permettront de le faire sans danger pour votre santé : vous pourrez alors avoir une idée vraie de leur puissance. C'est conscience de ne se prononcer qu'en connaissance de cause, sur la beauté de ces pauvres cascades : la pluie, l'orage pour elles, c'est la toilette pour vous, Mesdames. Nous ne vous jugeons pas..., ne les jugez pas... en déshabillé.

     Cascade des Eaux-Bonnes ou du Valentin.

     — Elle est la plus voisine du village ; et c'est elle sans doute qu'on visitera la première. Le guide qui vous y conduira vous indiquera les diverses stations où vous devrez vous arrêter, pour l'admirer sous ses différents aspects. Quand on ira voir cette cascade, si l'on est souffrant, il faut emporter un vêtement de supplément, dont on aura soin de se couvrir lorsqu'on sera arrivé à l'extrémité du sentier qui y conduit. La chaleur de la marche, la fraîcheur produite par ce torrent d'eau, tombant en cet endroit dans un vaste bassin, ont été funestes à plus d'une poitrine délicate. Hâtez-vous d'admirer cette vaste nappe d'eau, qui, se précipitant sur un plan incliné, parcourt dans son jet un espace de 180 pieds, et, frappant sur une roche unie, se divise en deux, se multiplie en gerbes , puis tombe en mugissant à vos pieds, où elle vient former un nouveau gave.
     J'ai vu avec peine des malades occupés, soit de ce côté du torrent, soit de l'autre, à dessiner la cascade. Gardez vous, je vous en prie, de cette imprudence : un séjour prolongé dans cet endroit, où l'on ressent une fraîcheur pénétrante, est excessivement dangereux ; il a entraîné de déplorables conséquences. Si vous voulez emporter un souvenir de ce site, le plus beau peut-être des environs, achetez à Bonnes, chez Bassy, une des vues lithographiées qu'on en a faites, et n'exposez pas votre santé à un péril certain.
     Ces lieux furent, il y a quelques années, témoins d'une terrible catastrophe. — Une jeune femme, après avoir visité la Cascade du Valentin, remontait aux Eaux-Bonnes. Elle marchait seule en avant ; sa mère la suivait, appuyée sur le bras de son mari. Tout à coup un quartier de roc, roulant du haut de la montagne, vient frapper la pauvre femme et la broie sous les yeux des deux infortunés, à qui le plus affreux des événements enlevait une épouse, une fille adorée. Une inscription tracée sur un marbre noir scellé dans le rocher rappelait aux promeneurs cette lamentable histoire. Les restes de la malheureuse victime furent transportés au cimetière de Pau. La pierre devant la quelle on passait ne recouvrait donc pas un corps mutilé ; elle n'était qu'un souvenir de tendresse et de regret.
     Après une si épouvantable catastrophe, on aurait pu croire la fatalité épuisée ; pourtant on vit plus tard, je ne sais par quelle persistance du sort acharné à la pauvre prédestinée, ce monument de douleur, brisé de nouveau par un autre rocher qui s'était détaché de la montagne. M. le comte de Cafarelli avait été chargé par la famille de Mme de T... de réparer cette nouvelle rigueur du hasard : j'ignore si, depuis mon départ, les ordres qu'il avait donnés à ce sujet ont été exécutés.

     Cascade du Discoo.

    — Elle est située à une demi-heure de route des Eaux-Bonnes, en remontant le Valentin. Le chemin qui y conduit est dû aux auteurs de la promenade Horizontale : ils le firent exécuter en 3 jours, lors du passage à Bonnes de S. A. le duc de Montpensier, quand ce prince vint de Cauterets à cheval, par la montagne, visiter les Eaux-Bonnes et la vallée d'Ossau.
     Jusque-là, il fallait suivre un étroit sentier à travers les prairies, et s'exposer souvent, quand on déviait du chemin battu, aux interpellations très peu parlementaires des paysans inquiets du sort de leur maigre foin.
     Pour bien jouir de l'aspect qu'offre cette série de cascatelles , qui me retracent toujours, dans de petites proportions il est vrai , la cascade en escalier de Saint-Cloud, il faut passer le pont du Discoo, suivre avec précaution un sentier étroit, tracé sur les escarpements du ravin, et s'asseoir en face, sur un banc qu'on a placé au point le plus favorable pour embrasser la vue entière de cette chute d'eau, plutôt jolie que belle.

     Cascade du Gros-Hêtre.

     — On s'y rend par le chemin qui mène à celle du Discoo. Elle en est encore éloignée d'une demi-heure. Ce n'est plus ici une suite de petites chutes gracieuses et coquettes ; c'est une colonne d'eau unique qui, au milieu d'un site agreste, tombe perpendiculairement d'environ quatre-vingts pieds de haut au fond d'un gouffre formé de roches noirâtres, offrant à peine quelques traces de végétation.

     Cascade de Laressec.

     — Distante des Eaux-Bonnes de deux heures au moins, elle ne convient qu'aux malades que j'appellerai bien portants. Elle est curieuse, je l'avoue ; le chemin qui y conduit présente quelques points de vue remarquables, mais dans certains endroits il est tracé au milieu de quartiers de granit glissants qu'on escalade avec peine, et il faut, pour ne pas commettre d'imprudence, mettre souvent pied à terre. Cette course doit donc être interdite aux baigneurs faibles et à ceux qui ont besoin de se ménager. Le dessin que je vous donne ici est pris quelques instants avant d'arriver à la cascade.

   Sources

  • Pau, Eaux-Bonnes Eaux-Chaudes, Imprimerie DE CH LAHURE, Paris, 1863.



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