La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




LES EAUX-BONNES


     Des Eaux Chaudes on redescend à Laruns, et de Laruns on remonte aux Eaux-Bonnes. Il y a un autre chemin ; ce n'est pas celui des ingénieurs. On le prend à gauche de la route de Gabas, on laisse de côté la buvette Minvielle. Alors, ce n'est plus monter, c'est grimper. La riche commune de Laruns ferait dessiner ici quelques lacets sans s'appauvrir ; les touristes lui paieraient un tribut encore bien essoufflé, mais un tribut enfin de reconnaissance. Ce sentier rude entre les rudes passe au bord d'une petite grotte d'où jaillit un filet d'eau bouillonnante, et arrive bientôt à une autre cavité très célèbre. La grotte des Eaux-Chaudes, s'il vous plaît !
     Je ne voudrais point en médire ; je ne parle que par humanité, quand je demande que l'entrée en soit interdite, sous des peines sévères et positives, aux malades de la station. Un froid mortel me saisit à la gorge ; je ne suis point en traitement, moi, mais voilà de quoi m'y mettre. Cette grotte s'ouvre à mille mètres d'altitude, elle en a cinq cents de profondeur.
     Je ne suis pas un bon juge de la beauté de ces lieux noirs, et je me borne à dire que celui-ci est étrange. On n'y trouve point que de l'eau ; on y reste surpris, devant une végétation souterraine, et l'on pense à ce roman de Jules Verne qui nous transporte dans un monde vivant sous notre croûte terraquée. Une grande roche dans la grotte des Eaux-Chaudes est couverte jusqu'à son pied baignant dans un torrent, de broussailles et d'arbustes. Sur ce torrent formé, me dit-on, des larmes du Ger, descendant par le plateau d'Anouillas, à l'ouest du mont, un pont a été jeté. On marche au-dessus des ténèbres de l'abîme. Un long souterrain fait suite à la grotte ; le torrent s'y engouffre ; on l'entend hurler sous les roches. Il paraît pourtant qu'au printemps il roule par-dessus et par-dessous, et son cours supérieur, alors très accidenté, puisqu'il descend d'étage en étage, ne forme plus qu'une série de cascades jusqu'au Gave d'Ossau, qui reçoit ce bruyant petit cousin.
     Nous montons à travers une forêt de buis. La couleur en est charmante ; semper virens, dit le latin. Ces arbustes atteignent ici des dimensions d'arbres, et leurs troncs bossués sont énormes.
    Longuement, lentement, nous gravissons un sentier qui conduit à des pâturages ; on y voit des bouquets de bois et des arbres isolés, en avant d'une forêt, une vraie forêt celle-là, qui s'étend sur les pentes. La hêtraie déploie ses ondes d'un vert brillant puis, comme toujours dans cette partie des monts, la sapinière s'y mêle, et bientôt il n'y a plus qu'elle. Ces bataillons sombres se rangent en longues files jusqu'à une haute muraille de roches blanches que nous devons longer en nous dirigeant vers l'est. Nous sommes sur le plateau du Gourzy.
     Ouvrez les guides, écoutez les gens du pays ; tous vous diront que la vue n'en est pas moins intéressante que de la plaine de Bious-Artigues enserrant le pic du Midi ; quant à moi, je la trouve plus belle. Nous sommes aussi bien placés dans la région des sommets puisque nous touchons à 1,850 mètres. Au sud, nous avons la même perspective sur les monts ébréchés, dont l'autre versant descend en terre espagnole. Mais à l'est nous embrassons dans son développement presque tout entier le beau pic du Ger ; à l'ouest, la chaîne qui environne Laruns ; au nord, les campagnes du Béarn, traversées par les rubans argentés des Gaves.
     A cette hauteur, après une ascension relativement aisée et douce, les yeux, perdus dans ce grand moutonnement de cimes, de neiges, de forêts, j'éprouve une heureuse sensation de liberté profonde, de repos infini. J'ai retrouvé la même émotion tranquille dans les pâturages de Gourette, au-dessus du col d'Aubisque, avec une pointe plus vive d'admiration qui dérangeait un peu ma béatitude, car à Gourette le spectacle est plus large encore. Mais là comme ici, j'ai opposé la même résistance passive aux adjurations de mon compagnon qui voulait me remettre en route. Pourquoi partir ? Pourquoi redescendre ? Y a-t-il rien de plus beau, tout le temps que le soleil brille ? Et ne verrons nous point d'autres beautés, quand la nuit étendra ses voiles pour parler comme les poètes de profession ?
     La profession est jolie. Elle ouvre quelquefois les portes de l'Académie, on assure qu'elle ne mène plus à l'hôpital ; apparemment parce que ceux qui l'exercent tournent à temps le dos à la muse, laquelle n'a jamais fait de mal qu'à ceux qui la regardent par devant.
     La descente du plateau du Gourzy est de celles dont on ne parle point. Elle offre justement les mêmes accidents que la montée. C'est d'une précision presque mathématique. D'abord un bois, de grands buis, d'autres pâturages plus petits, parsemés d'autres arbres isolés, une autre forêt de hêtres. Cependant une étroite et sauvage petite vallée s'ouvre à droite ; c'est là que monte le sentier que doivent suivre les ascensionnistes du Ger. Nous joignons un autre plateau d'où la vue s'étend sur toute la vallée d'Ossau, puis nous retrouvons une sapinière, puis une nouvelle hêtraie. Nous touchons aux Eaux-Bonnes.
     Nos valises, pendant ce temps, ont suivi la route carrossable. La diligence de Pau aux Eaux-Bonnes, qui monte par ces lacets ingénieux, a laissé derrière elle, à l'embranchement, le chemin qui conduit aux Eaux-Chaudes ; les voyageurs ne se doutent point qu'ils ont perdu l'occasion de voir le défilé de Hourat. Peut-être y reviendront-ils pourtant en excursion ; on est très « excursionniste » aux Eaux-Bonnes, bien plus qu'à Cauterets, presque autant qu'à Luchon Ces méandres nombreux qu'il faut décrire pour y arriver adoucissent infiniment la pente. C'est un bel ouvrage d'ingénieur que cette route presque partout creusée dans le roc. A droite, elle longe les versants du Gourzy ; à gauche, elle court au-dessus du bassin de Laruns. Le Gourzy et le massif des Eaux-Bonnes ferment le val d'Ossau, au midi, sauf l'ouverture, ou la fissure plutôt, qui forme la branche montant vers les Eaux-Chaudes, par la gorge noire de Hourat.
     Dans la vallée, les villages se blottissent aux plis des monts ; le plus curieux est celui qui apparaît collé au flanc de la Montagne-Verte,qu'on ne perd pas un instant des yeux en montant ; plus haut perchés, voici Aas et Assouste. Le torrent du Valentin descend avec une rapidité furieuse, et, plus loin, se mêle au Gave d'Ossau. En ce moment, on va joindre les Eaux-Bonnes, et l'on voit d'abord se présenter une belle promenade et un énorme bâtiment de briques, avec des figures de tours et des manières de bastions. Qu'est-ce que cette forteresse étrange ? Rassurez-vous, voyageurs timides : c'est un casino.
     L'entrée de la célèbre station thermale ne procure point la même sensation d'étouffement que l'arrivée aux Eaux-Chaudes. Le lieu pourtant est resserré. A droite, le sempiternel Gourzy, dont le versant boisé fait pencher son ombre ; à gauche, la Montagne-Verte. Au fond, au milieu d'autres hauts feuillages, une pointe de montagne, d'une hauteur prodigieuse, qui paraît glisser vers vous avec une ferme résolution de vous écraser sur l'heure : c'est le pic du Ger. Mais, au-devant, dans la direction du nord, l'espace est ouvert, la vue est libre.
Les Eaux-Bonnes n'ont en réalité qu'une rue, montant du seuil de la ville à l'établissement thermal, et d'abord s'élargissant pour former une place assez vaste, avec une promenade au centre. Là, il y avait autrefois un torrent, la Sourde. On l'a canalisé et recouvert ; on l'entend gronder sous cette promenade, nommée le jardin Darralde, en mémoire d'un médecin qui fit naguère beaucoup de bien aux Eaux-Bonnes. Il est trois heures de l'après-midi ; sous les arbres de ce jardin, dans un kiosque assez élégant, un orchestre se fait entendre. Le côté droit, le fond du jardin, la rue qui le longe, sont bordés d'hôtels ou de maisons meublés. Sur une bande étroite de terrain pris sur les roches et dessinant une sorte de croissant, dont l'une des pointes expire près du Casino, sont établies des boutiques où se vend de tout un peu, comme dans la galerie couverte des Eaux-Chaudes. Au sud de la promenade se tiennent des guides auprès de leurs mulets. Magnifiques gaillards, portant le costume du val d'Ossau, légèrement approprié au goût moderne : chemise rouge, guêtres de laine blanche, culotte de velours brun, le fouet en bandoulière. L'un d'eux, qui est presque un vieillard, a vraiment une superbe allure ; c'est le plus beau type béarnais.
     Des landaus attelés de quatre chevaux débouchent en ce moment ; ils ramènent à grand bruit des excursionnistes qui ont visité le col d'Aubisque, suivant une route aérienne qui conduit des Eaux—Bonnes à Argelès, la route la plus élevée de l'Europe après celle du Saint Bernard. Une troupe élégante descend de ces voitures et rentre au plus luxueux de tous les hôtels ; des valets cravatés de blanc viennent recevoir les voyageurs. On a grand ton aux Eaux-Bonnes.
     Il parait qu'au commencement de ce siècle, on n'y voyait que des maisons de bois. A la place où s'élève maintenant ce kiosque d'où s échappent des flonflons, la Sourde coulait entre des arbres qui ont servi à ombrager la promenade. Si ces arbres parlaient, ils vous diraient sans doute qu'ils aimaient bien mieux se mirer dans l'eau. On ne les a point consultés. Au fond, où se carre à présent le plus vaste de ces hôtels, il y avait des roches moussues qu'on a fait sauter pour construire. La poudre sert décidément à toutes sortes d'usages contradictoires. C'est sur la nature que l'on a conquis l'emplacement de ces bâtiments somptueux. Pauvre nature !
     Il est à remarquer que ce besoin de retrouver partout où l'on va les élégances parisiennes et la vie dépensière est tout à fait moderne. Les grandes gens des deux siècles civilisés qui précédèrent le nôtre n'avaient point de ces coûteuses et vaniteuses envies ; ils venaient aux Eaux comme en un lieu de cure, et aussi comme en un lieu champêtre, cherchant à la fois le remède et le repos. Même, comme ils étaient avisés, ils n'auraient pas volontiers prêté les mains à des embellissements et amusements qui devaient avoir l'inconvénient d'amener les valides en quête de locomotion et de plaisir. Il est vrai que l'état des routes, alors, les garantissait assez bien contre ces invasions parasites.
     La méthode actuelle est excellente pour la prospérité des villes thermales. Aux Eaux-Bonnes, où passent annuellement de six à dix mille étrangers, cherchez dans la foule les visages souffreteux. Vous en trouverez surtout de gras et de fleuris, quelques-uns de roses Ce n'est point à ceux-ci qu'on en veut ! Une troupe d'Anglais descend d'un lac au pied du pic de Louesque ; ils sont plus raides encore, plus gourmés qu'à l'ordinaire, car ils viennent de se retrouver en face de leur élément. Chamfort parle d'un Anglais qui, toutes les fois qu'il rencontrait un trou d'eau, s'écriait : Ceci est à nous Malades, ces gens-là ! Mais ils iraient à pied au bout de l'Espagne. Une famille française se prélasse sur la promenade, le gros papa et la forte maman conduisant leurs filles. On me dit que ce sont de riches marchands parisiens ; je ne sais quelle marchandise ils débitent ; sûrement ils auraient aussi de la santé à revendre. Le beau monde traverse la foule en la regardant d'un peu haut. Ces heureux hôteliers s'enrichissent ; les habitants de la ville, qui louent leurs logis pendant la saison, s'arrondissent. Tout le monde est content, les uns pour avoir empoché, les autres pour avoir dépensé. Se sont-ils amusés ? Si oui, tout est bien. Il n'y a d'incommodés que les malades, peut-être.
     Il y a bien aussi ceux qui, comme nous, cherchent à la montagne les aspects et la vie de la montagne, et ne sont point satisfaits d'y trouver un coin du boulevard Haussmann. M. Taine, dans son Voyage aux Pyrénées, a lancé une boutade amusante contre les riches bâtisses des Eaux-Bonnes ; encore le Casino n'était-il pas debout au temps où il voyageait, et ce Casino est tout simplement une horreur qu'on a implantée au seuil d'une des plus belles promenades qui soient au monde.
     La Promenade Horizontale contourne le flanc du Gourzy, et son nom dit assez qu'elle reste toujours au même niveau sur tout son parcours, qui n'est pas de moins de cinq kilomètres ; elle joint la route neuve des Eaux-Chaudes. Nous l'avons suivie, d'abord le soir. Les masses noires formées par les hêtres du mont se bercent au-dessus de nos têtes ; au-devant de nous, des demi-ténèbres, car la nuit est très claire, enveloppent la vallée ; des lumières brillent dans les villages, un ruban lumineux court au fond de la plaine : c'est le Gave. La vue est la même que l'on embrasse en montant à la ville par la route à lacets.
     Nous avons, le lendemain, par une matinée assez sombre, refait cette lente et gracieuse promenade ; le Gave malheureusement, sous le ciel orageux, n'avait point son éclat accoutumé ; ce n'était plus qu'un miroir d'étain où les chutes d'eau jetaient leur écume blanche ; les monts déchiquetés qui enserrent Laruns étaient coiffés de nuées. Le soir aux Eaux-Bonnes, sur la promenade Darralde, les flonflons recommencent, l'orchestre nous régale d'une nouvelle harmonie. Après l'aubade, la sérénade. Afin que ce soit tout à fait espagnol, un vent brûlant se met à souffler ; il arrive d'Aragon, il vous prend aux nerfs et à la gorge, il vous met la sueur aux tempes, il vous étouffe. Des colonnes d'air, sans air, un simoun. Les gens du Nord, qui ne savent d'où leur vient cette angoisse, disent tout simplement : C'est l'orage, la pluie va s'en mêler. Ils lèvent les yeux au ciel et demeurent stupéfaits de le voir d'un bleu intense. La pluie tombera, mais plus tard, pendant la nuit. Dans notre promenade du lendemain matin nous avons trouvé les nuées prêtes à s'ouvrir. L'orage n'a duré que deux heures. L'hôtelier triomphant nous annonce la hausse du baromètre, que le vent d'Espagne fait toujours baisser.
     Notre hôtel est sur le côté gauche de la rue ; les fenêtres de la façade postérieure s'ouvrent sur le Valentin, roulant en cascade au pied de la Montagne-Verte. La Sourde vient y tomber. Du haut d'une galerie de bois, pendant la pluie, nous avons examiné cette chute d'eau, qui est sauvage et assez belle. Nous regardions les hameaux incrustés dans la montagne. Assouste a eu sa maison seigneuriale. Ce qu'on en voit aujourd'hui, c'est plutôt des restes que des ruines.
     L'ondée est passée, nous sortons. La température a singulièrement baissé ; le jardin Darralde est désert, les arbres frissonnent. C'est que la neige a voulu se mêler à ce trouble atmosphérique de la nuit et du matin ; les sommets en sont couverts. La cime du Ger, qui ne l'a point gardée à cause de la rapidité de ses pentes, se détache comme une pyramide d'or pâle sur ce fond blanc. C'est une étonnante et riche harmonie de couleurs. Nous montons la rue ; les guides sont là, les mulets attendent avec un air d'indifférence qui trahit leur secrète pensée. Les animaux sont presque tous capables de mémoire et de cet acte d'intelligence qui s'appelle la comparaison. Cependant il faut, pour l'éveiller, des images sensibles. Et bien, ces images les voilà : c'est l'orage et la neige. Ces mulets savent bien ce qu'ils gagnent au mauvais temps et ce que leur coûte la sérénité du ciel. Aujourd'hui, on ne les mènera pas à l'ascension du Ger.
     L'établissement thermal est situé au-dessous de la butte du Trésor, un rocher bien nommé, puisque c'est de sa base que jaillissent les sources ; il s'agit ici d'un trésor humide, qui n'en est pas moins solide. Je crois avoir fait un jeu de mots ! La partie qui m'y plaît surtout, c'est un promenoir couvert donnant sur un petit espace ombragé qu'on appelle la place des Termes. L'église catholique, grand édifice tout neuf, s'élève à droite ; plus loin, au pied même de la butte, est une chapelle protestante, puis à gauche du promeneur qui monte, l'hôtel de ville, bâtisse surprenante. Le rez-de-chaussée a l'air d'une prison, le premier étage d'une orangerie ; sur le tout des greniers. Là, pourtant, est un musée botanique rassemblé par les soins du savant M. Gaston Sacaze. En face de l'hôtel de ville on voit un petit kiosque, au-dessus d'une source d'eau froide. Le kiosque sert de buvette. La promenade de l'Impératrice commence ici ; elle est célèbre et n'a point usurpé sa réputation ; elle court à travers la gorge du Ger, tourne la butte du Trésor, et dessine une pointe profonde dans la vallée du Valentin. Elle se prolonge sur la route d'Argelès, passant sur un pont très élevé qui traverse le Valentin. C'est le chemin des cascades ; la visite aux chutes de Discoo, du gros Hêtre et du Serpent est le complément naturel d'une excursion si courte et si douce, qui ne demande que deux heures, à petits pas, sur un parcours de trois kilomètres, avec de fréquentes stations.
     La cascade du Serpent est très pittoresque. Entre deux pointes grises, une sorte de petit plateau s'avance ; l'eau écumeuse y glisse, et va suivre jusqu'au fond de la ravine les reliefs et les dépressions des roches. Ce filet d'eau, car la chute n'a pas une largeur de plus de deux mètres, tantôt se renfle à l'angle de la pierre, tantôt se replie dans les fissures, et donne assez bien l'idée des ondulations d'un énorme serpent. Les bords sont tapissés d'arbres nains que le flot courbe au passage ; en beaucoup d'endroits la roche est nue. Cependant un grand hêtre encore s'élance, en haut, d'une fissure plus large. L'hiver, la cascade se gonfle et recouvre presque toute cette grande paroi abrupte ; c'est pourquoi la végétation ne s'y développe point. On peut descendre au pied de la chute ; la fraîcheur qu'on y trouve est encore redoutable.
     La vie aux Eaux-Bonnes veut un apprentissage ; j'avoue qu'elle a des charmes très pénétrants ; mais il faut apprendre à les connaître, et, quant à moi, j'ai dû vaincre surtout l'irritation que me causait l'aspect de ces grandes « bâtisses » du jardin Darralde. Le lieu pourtant est très doux. On se laisse aller sous ces arbres à la nonchalance du repos, après les excursions du jour, et même à la cadence de ces flonflons. On songe à la course du lendemain.
     Et le lendemain, il se trouve que la matinée est calme, que le ciel est pur ; en suivant lentement une autre promenade qui court sur les pentes boisées descendant au Valentin, en face de la Montagne Verte, l'envie prend de passer l'eau. Ce bloc verdoyant sollicite une curiosité vague, qu'il est, heureusement, bien aisé de satisfaire. Des sentiers bordés d'arbres le gravissent en zig zag. Ce n'est point une géante, cette Montagne Verte, comme le Ger, l'Arcizette, et même le Gourzy, qu'elle regarde. Onze à douze cents cents mètres, pas davantage, et l'on peut dire que, grâce à ces chemins frayés et à ces ombrages, la montée en est agréable.
     Montaigne, ce grand sceptique, qui avait l'horreur des médecins et ne croyait qu'aux « remèdes de nature », connaissait les Eaux-Bonnes, qu'on appelait aussi, en ce temps-là, les Eaux d'Arquebusades, parce qu'elles paraissaient propres à la guérison des blessures ; il avait, d'ailleurs, visité toutes les stations thermales des Pyrénées, celles de Plombières en Lorraine, celles de Lucques en Italie ; il a parlé longuement des « bains de Banières » ; mais il admettait l'efficacité de toutes les sources sans être enthousiaste d'aucune.
     « Quant à leur boisson, la fortune a faict premièrement qu'elle ne «soit aulcunement ennemie de mon goust ; secondement, elle est « naturelle et simple, qui, au moins, n'est pas dangereuse si elle est
« vaine, de quoi je prends pour respondant cette infinité de peuples « de toutes sortes et complexions qui s'y assemble. Aussi, je n'ay
« veu guère de personnes que ces eaux ayent empiré, et ne leur « peult-on sans malice refuser cela qu'elles esveillent l'appétit, facilitent la digestion et nous prestent quelque nouvelle alaigresse, si
« on n'y va pas par trop abattu de forces, ce que je desconseille de
« faire : elles ne sont pas pour relever une poisante ruyne ; elles
« peuvent appuyer une inclination légère ou prouveoir à la menace
« de quelque altération. Qui n'y apporte assez d'alaigresse pour poilvoir jouir le plaisir des compaignies qui s'y trouvent, et des promenades et exercices à quoy nous convie la beauté des lieux où
« sont communément assises ces Eaux, il perd sans doute la meilleure pièce et la plus asseurée de leur effect. A cette cause, j'ay
« choisi jusques à ceste heure à m'arrester et à me servir de celles
« où il y avoit le plus d'amcenité de lieu, commodité de vivres, de
« logis et de compaignies. »

    On voit que Montaigne n'était pas ennemi des récréations pendant les cures ; seulement, il ne les entendait peut-être pas telles qu'on les recherche aujourd'hui. Son plaisir à lui, c'était la conversation. En son temps, on ne connaissait guère de la musique que la viole et le hautbois ; nous étions loin de l'orchestre du kiosque dans le jardin Darralde. Au reste, je ne jurerais pas que Montaigne ait trouvé en ce xve siècle, aux Eaux-Bonnes (Aigues-Bounes alors), « l'amœnité de logis » qui lui plaisait. La bourgade était très rustique ; elle ne l'est peut-être plus assez.
     De ce jardin Darralde au sommet de la Montagne-Verte, il ne faut qu'une heure ; nous montons jusqu'au village d'Aas, que le chemin laisse à droite, en décrivant un nouveau méandre pour gagner le faîte. Là, nous nous arrêtons longtemps, car c'est le meilleur des observatoires sur la vallée de Laruns. Nos lorgnettes sont assez puissantes pour nous permettre de plonger au fond des villages ; nous suivons les troupeaux conduits par les pâtres dans les prairies, au bord des eaux ; nous avons sous les yeux le tableau mouvant de la vie rurale à la montagne. Dans le gros bourg de Laruns, les enfants sortent de l'école ; la classe du matin est terminée. Un convoi funèbre descend du hameau de Bagès, situé au-dessus de Béost. Nos regards courent au loin jusqu'au seuil de la belle vallée, déroulant sa verdure et ses eaux claires dans son cadre de montagnes malheureusement nues. L'orage est tout à fait dissipé ; cependant, à l'ouest, les montagnes sont encore coiffées de vapeurs ; mais peu à peu elles se dispersent ; ce ne sont plus que de longues écharpes qui s'envolent, et dont chaque coup de vent arrache un lambeau.
     C'est par Béost que nous redescendons ; nous traversons Laruns, nous remontons aux Eaux-Bonnes par la route neuve, passant bientôt au-dessous des escarpements qui portent la longue terrasse de la Promenade Horizontale, et nous piquons sur la promenade Gramont. Cette promenade s'ouvre au fond du jardin Darralde et monte sous les hêtraies ; elle n'a point de beauté particulière, et tout son mérite est dans une branche supérieure, qu'elle forme à mi-côte et qui prend le nom de promenade Jacqueminot. Nous joignons bientôt des sapins qui succèdent aux hêtres, et derrière les branchages sombres, à droite, nous voyons se balancer comme de grandes vagues de lumières. C'est un attrait invincible qui nous amène au bord du bois. Un immense panorama se déploie devant nous, vers le nord, et nous embrassons, bien mieux que de la Montagne-Verte, le val d'Ossau tout entier et les vallées qui partout en rayonnent comme les rameaux d'un grand arbre qui vont s'élançant du tronc. Au loin, dans cette même direction du plein nord, des clochers et de hauts toits percent les brumes. C'est Pau.
     C'est de la Montagne-Verte surtout qu'on reconnaît bien la disposition de la haute muraille qui ferme le bassin des Eaux-Bonnes. La crête en relie les sommets, le Caperan, le Pambassibé au pic du Ger, qui en est l'extrême faîte. Nous suivons à cheval le val de la Sourde, mais, au lieu de nous élever dans la Coume ou la Combe d'Aas, nous prenons à droite le ravin de Balour. Ce Balour vous a des escarpements terribles ; on peut le gravir à cheval, il vaut mieux le descendre à pied. En moins d'une heure il conduit à une belle sapinière ; c'est le point culminant. Alors nous glissons dans des pâturages arrondis en forme de cirque ; l'herbe en est fine et serrée. De nouvelles peines assez légères nous conduisent au plateau d'Anouillas qui fut un lac. De grands entonnoirs s'y creusent à des intervalles irréguliers ; les eaux se sont ouvert ces chemins ténébreux et s'y écoulent. Des barrages de rochers marquent les anciens bords du miroir flottant. Chaque hiver, quelques parties du sol s'affaissent encore et dérangent cette croûte verte, qui porte alors un poids énorme de neige. Il est pourtant certain qu'on peut s'y frayer passage, pourvu que la peur n'arrête point et que la passion soit de l'aventure.
     La vue, ici, est déjà belle ; un peu d'hésitation nous retient, mais bast, en avant ! La paresse du pied est une mauvaise conseillère dans les montagnes... Nous atteignons un autre plateau dont l’aspect est fort gai. Ce plateau de Cardoua est comme un fond d’entonnoir dont les parois sont toutes vertes, et cette verdure n'est qu'un piège,elle est plus glissante que des roches lisses. Notre guide nous assure qu’il ne connaît pas d'endroit plus malaisé à gravir, quand des plaques de neige sont encore attachées à ces pentes perfides. Il n'y a plus de neige. Escaladons cette crête de la grande muraille. Ouf ! l'arête du Pambassibé est rude et sévère, le pic se dresse là, à notre droite ; à gauche, le premier sommet du Ger nous apparaît en ligne verticale au-dessus de nos têtes. Nous montons, montons une heure entière, sans nous arrêter à ce premier faîte. Nous n'en voulons qu’à la cime.
     Enfin, nous voilà sur une sorte de plate-forme qui a reçu le nom tout à fait aimable de Salon ; c'est très joli d'être au Salon, mais il faut y arriver, et si vous voulez, ami lecteur, examiner la vue du Passage qui y conduit, vous verrez que l'escalade n'est point des plus faciles. Mais quel panorama ! Nous avons dépassé deux mille six cents mètres d'altitude et le tableau qui se déroule sous nos pieds et devant nos yeux présente un choc merveilleux de plans qui se croisent et semblent se mouvoir. La plaine est immobile avec ses plis de verdure éclairés par les eaux ; mais des monts s'enfuient.
     Au sud et au couchant, des cimes fendues, des pics déchirés, les nappes vertes des pâturages, et le flot noir des forêts, de ce côté peu de neiges ; la grande fourche d'Ossau ; entre ses deux dents, la haute chaîne de la vallée d'Aspe et le Balaitous ; plus à l'ouest, en inclinant vers le nord, la dentelure des monts de Laruns, le Saint-Mont au seuil du bassin. A l'est, la région des grandes cimes, du pic du Midi de Bigorre aux glaciers du Vignemale et du mont Perdu ; ici, les champs de neige, les glaciers, les lacs, les vallées supérieures de Marcadau et de Gavarnie, dominées par les massifs de Troumouse et du Marboré ; un autre géant, une autre mer de glace, le Néouvielle ; presque au premier plan, de ce même côté, le Gabizos, le pic du Midi d'Arrens, à ses pieds la vallée d'Azun.
     Sur cette étendue immense, le dessin général des Pyrénées apparaît clairement ; sa régularité est frappante. Toutes ces grandes arêtes sont parallèles, et les vallées les séparent comme des coupures profondes. Les glaciers ont glissé dans les plus hautes, les lacs remplissent les bassins supérieurs ; les torrents descendent dans les plus basses, où se sont établies les habitations humaines, Chaque nodosité de la crête donne naissance à une chaîne transversale, dont les plis répètent ceux de la haute chaîne, et dont les chutes vont par étage jusqu'à la plaine. Chaque pic projette comme deux branches, deux contreforts latéraux. Cette disposition uniforme vient apporter une confirmation éloquente aux suppositions de la science, d'après les-quelles les Pyrénées, formées par un soulèvement unique, n'auraient été d'abord qu'un prodigieux bourrelet dressé comme un rempart de l'une à l'autre mer. Elles ne devraient leurs dépressions, leurs gorges, leurs ports, leurs vallées, qu'au travail des eaux. Il est vrai que des contradictions viennent déranger cette théorie. Quelques pics, la Maladetta, le Canigou dans le Roussillon, le pic du Midi de Bigorre, le mont d'Ossau, ne se rattachent pas à l'ensemble de la chaîne ; ils sont isolément et fièrement campés en avant ; ils dépassent de plusieurs centaines de mètres la grande arête centrale.
     Si, montant au Ger, nous passons par les chemins qui contournent la butte du Trésor, nous pouvons embrasser une dernière fois le massif qui domine les Eaux-Bonnes à l'ouest et au midi. D'abord le Gourzy, que la combe de Balour sépare de la croûte du Ger. A droite, le pic d'Arcizette ; devant nous, au-dessus de la promenade de l'Impératrice, les premiers contreforts du Ger lui-même, puis les escarpements du mont, de grandes arêtes verticales au-dessus de la rive droite du Valentin. Nous suivons la rive gauche et les flancs boisés du Bouy : c'est la route d'Argelès et de Cauterets.
     Point de hameaux ; les maisons isolées, de plus en plus rares, sont collées au mont. Quelques coins de jardins maigres ont été conquis sur les roches ; la clôture en est faite de pierres sèches prises aux éboulis qui viennent sans cesse ébrécher ce Bouy sauvage.
     Cette route est désolée ; le bois qui tapissait la montagne à notre gauche a cessé ; la roche est nue, et parfois offre de belles lignes sur l'autre bord ; les aspects du Ger changent à chaque instant ; maintenant il nous présente l'image de quatre murailles colossales superposées. Quelques arbres reparaissent sur notre droite, puis l'aridité recommence avec un caractère plus âpre ; ces blocs exposés au midi sont calcinés par le soleil. Tout ce cadre dépouillé qui nous enveloppe reçoit ces rayons brûlants et nous les renvoie comme un souffle de feu. Le chemin est déjà très raide, et nous montons avec beaucoup de lenteur. Voici une auberge. L'hôtelier a construit une sorte de kiosque pourvu de bancs et d'une table au bord même de la ravine. Au fond, coule le torrent, sans cesse se heurtant à des barrages et bondissant en cascatelles. Nous sommes sur une sorte de demi-plate au formant le croissant. C'est de la corne du nord, dominée par un grand cône blanc, que tombe d'une hauteur de deux cents pieds la cascade de Larrieusec. Nous descendons, pour la mieux voir, au fond du ravin. Ce coin du monde d'en bas s'appelle, dans le pays, la plaine de Ley.
     Au fond, vers le sud, une grande muraille, à l'angle de laquelle s'ouvre entre les hautes roches un couloir d'où sort le Valentin pour former la chute. Le torrent vient raser le pied des monts à droite ; des prairies coupées de ruisseaux s'étendent entre son lit orageux et la base de ce plateau qui porte la route. Outre la pyramide blanche de Pène Medea, deux sommets nouveaux apparaissent : le mont Laid au midi, la Latte à l'est.
     Un garçonnet nous guide vers la cascade. Nous traversons un éboulis de roches et nous arrivons au bord du torrent ; la cascade est placée dans un angle formé par le mont. Elle roule assez lentement, en belle nappe tranquille, au-dessous d'un gros bouquet de sapins ; mais il est facile de se rendre compte de sa force aveugle, quand les neiges fondues ou l'orage la grossissent. Elle a désagrégé les roches qui l'encadrent, emporté des blocs entiers, déraciné la moitié de ces arbres qui la couronnent, et dont les cadavres gisent à présent au milieu du Gave. On l'admire pour les belles horreurs qu'elle laisse deviner bien plus que pour sa grâce nonchalante pendant la saison de l'apaisement, cette cascade de Larrieusec qui a beaucoup de réputation. Seulement, quand elle est en sa pleine beauté furieuse, il n'y a point de touristes dans la montagne. S'il y en avait, ils ne pourraient la contempler que d'en haut ; il ne serait même pas bien prudent de s'avancer de trop près sur ses bords, et de s'aventurer parmi les sapins alors tremblants.
     Nous revenons vers l'auberge. A l'est encore, un autre pic se montre : c'est le pic de Torte. Autour de nous, cette nature sauvage est devenue tout à fait muette ; les vautours ont reparu. Point d'autres habitants de ces solitudes. Devant nous, un amphithéâtre vient à s'ouvrir, assez brusquement. La route décrit un grand coude, et c'est alors comme un rideau qui se lève sur une scène nouvelle. Un demi-cercle d'énormes murailles de calcaire, crevassées, profondément rompues ; des masses de ruines hérissant le fond où elle sont glissé, des cônes éventrés et comme branlants s'élançant du sommet. Nous faisons halte. A six cents pieds au-dessous de la route, la vallée ; le Valentin court, furieux, sur un lit de pierres aiguës. Pas un arbre sur ses bords. Sur la pente, quelques sorbiers maigres. En face de nous, une haute gorge hérissée de sapins. Si nous montions à droite, nous rencontrerions le col de Torte à dix-huit cents mètres. Le grand rempart du Ger continue à lest ; au sud la Latte dresse une autre muraille verticale d'où jaillit une longue aiguille ; la route descend légèrement et nous conduit à un nouveau cirque. A droite, au seuil d'un défilé très étroit, d'autres sapins, mais fantastiques ; les uns décapités, entièrement dénudés sur un côté de leur grand branchage, et ne montrant plus qu'un tronc calciné. La foudre les a mutilés en se jouant dans ce couloir d'orages.
     Le tableau est saisissant ; la courbe du cirque est formée de blocs tronqués, d'un gris d'argent quand ils sont nus ; quelques-uns se couvrent d'un lichen jaune pâle. Des sapins sortant des coupures, tranchent sur ce fond aride et clair ; les deux cônes du Ger, que nous revoyons enfin, semblent glisser vers nous. Le soleil éclaire leurs plaques de neige, qui prennent des formes étranges. L'un de ces blancs paquets ressemble à un cygne colossal couché dans un pli des roches.
     Nous montons, nous montons encore. De ce côté des monts, la limite de la végétation est prochaine ; nos cartes nous indiquent une altitude de seize cents mètres. Plus un arbre.
     Nos yeux se reportent sur ce fond prodigieux où coule le Gave. Il n'apparaît plus que comme un étroit ruban lumineux dans l'ombre de l'abîme. Elle est effrayante, cette route aérienne courant sans clôture qui la borde au-dessus de ce gouffre profond à cet endroit de quinze cents pieds.
     Au moment où nous allions quitter la vallée du Gave, nous apercevons à deux cents mètres de nous deux isards postés sur le bord d'une roche. Pan ! pan ! Ce sont des chasseurs qui viennent de tirer sur les gracieux animaux. Mais l'un d'eux était touché, et nous le voyons rouler au bas des rochers. Les isards sont rares dans ce quartier de la montagne. Point d'ours, peu de loups, c'est le désert. Plus rien que de déplaisants escadrons de vautours, et parfois des aigles. Le tableau a changé ; nous voici dans la Montagne-Verte.
     Pas un arbuste, pas un buisson, rien que de l'herbe courte mais drue, dans ces pâturages de Gourette. Au pied des vallonnements gazonnés qui se soulèvent par grandes ondes, des points noirs ; ce sont les cabanes des bergers. Des centaines de points blancs ; ce sont les moutons. Au point culminant des pâturages, s'ouvre le col d'Aubisque entre deux croupes verdoyantes.
     Aucun observatoire dans les Pyrénées n'offre peut-être une perspective plus grandiose et plus animée que ces sommets de Gourette. Les yeux sont d'abord éblouis par ce croisement de hautes lignes bleues, brunes, violacées, interrompues par l'arête blanche des neiges. A nos pieds, vers l'est, c'est la reprise de la vie, ce sont les vallées populeuses. En bas, le merveilleux ruban de route qui descend rapidement vers le bassin inférieur, également occupé par des prairies, n'est déjà plus désert. Une famille chemine, des colporteurs sans doute, l'homme, la mère, une fillette, deux ânes, l'un portant deux petits enfants, l'autre chargé de ballots. L'air aussi tout à coup se repeuple ; un grand vol de palombes effarées passe, poursuivies par les vautours qui les chassent et ne les attaquent point. Sur l'autre bord du bassin, le sol, brusquement relevé à une altitude encore considérable, douze cents mètres au moins, se couvre de maisons et de vergers. Cependant, assis sur l'une des croupes herbues du col, dans un repos que nous avons bien mérité, et qui serait parfait sans des escadrons incommodes de fourmis ailées qui nous harcèlent, nous sommes bien en pleine région aérienne, au cœur du royaume des sommets.
     Tout près de nous, la descente contourne la base du mont Laid. A droite l'Esquerra, le Gabizos présentant trois massifs et un pic neigeux ; à l'est, dans les brumes, le cône de Monné dominant les monts de Cauterets ; en avant de cette muraille, le Labas-Blanc au-dessus de Barèges, le pic du Midi d'Arrens. La vallée d'Azun se développe comme une ceinture brune au milieu de ces masses grises ou blanches ; la première chaîne boisée qui la domine répand un demi-cercle de grandes ombres.
     Si nous nous retournons vers l'ouest et le midi, le décor, plus rapproché, est pourtant moins distinct. Les sommets se confondent : la Latte, le Pêne Medea, l'Amoulat, dont le haut mur semble grimper sur les contreforts du Ger. La double fourche du pic d'Ossau domine tout ce superbe quartier des monts.

    Les Eaux-Bonnes.

    Trois ou quatre diligences par jour pour Pau.
     Prendre les grandes Messageries Laffitte ou Notre-Dame-des-Victoires. Les autres sont sales, étroites, traînées par des rosses, et quelquefois les descentes sont périlleuses. Prix des places : de 5 à 8 fr.
     Ordinairement, pour repartir en août, il faut retenir sa place quatre ou cinq jours à l'avance. Les voitures sont encombrées.
     Deux vilains omnibus ou fiacres partent tous les jours pour les Eaux-Chaudes et Gabas. Un cheval pour promenade, 3 fr. par jour ; pour excursions, de 5 à 7 fr, nourriture comprise. Un guide, 5 fr. par jour. Quand la course est longue, on loue un cheval pour le guide. Leur nom et leur métier sont affichés sur leurs enseignes ; la difficulté n'est pas de les trouver, mais de se débarrasser d'eux. Ils restent la moitié du jour assis sur la balustrade du jardin, attendant pratique.
     Un d'eux portait sur son chapeau : Loueur d'ânes. Les guides et loueurs les plus connus sont Maucor et Lanusse.


   Sources

  • Les Pyrénées et leurs légendes, Société Française d'Imprimerie et de Librairie, PARIS



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