La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



PORTAIL RENAISSANCE
DE L'ANCIENNE ÉGLISE DE LARUNS


    Texte : Jacqueline Malgoyre


3Les principaux guides touristiques régionaux ne manquent pas de signaler que le portail en marbre de l'ancienne église de Laruns se trouve aujourd'hui en façade "d'une maison particulière" à Castet en Ossau. Par contre, aucun n'indique qu'il a été fortement "amputé", perdant ainsi de son élégance originelle.

          Le transfert proprement dit n'est pas la cause première de la disparition d'éléments et d'une certaine érosion des reliefs, mais bien la conséquence des étapes et manipulations qu'il a subies, durant une quinzaine d'années, avant sa réédification partielle en portail d'entrée de la maison des regrettés Monsieur et Madame Jean de Vangel.

          Sans entrer dans le détail, qui est connu, rappelons tout de même que ce portail "à l'antique" fut exécuté en 1541, (ainsi que la porte de la sacristie, inspirée de celle de l'église de Ste-Colome).

          Le dessin, présenté par "Maître Jacques Boxet (Bouchet) demeurant à Monein", fut fort influencé par les "Maîtres maçons Royaux" travaillant alors au château de Pau (on dit même fourni par eux !)

          Déjà, à cette date de 1541, quelques réparations furent effectuées à l'église, puis, au cours des ans, tempêtes, inondations, tremblements de terre successifs ruinèrent progressivement la solidité de tout l'édifice ; aux "colères' de la nature s'ajouta un manque certain d'entretien.

          En janvier 1796, libre exercice des cultes étant garanti par l'acte constitutionnel, il ne peut être interdit à aucune secte paisible, c'est à dire aux protestants, mahométans, Juifs etc." le citoyen Martin Vergez est donc autorisé à "faire son culte de huit heures du matin jusqu'à neuf et depuis cinq heures du soir jusqu'à six", en dehors de ces heures libres accès à l'église était donné aux catholiques.

      C'est l'abbé Jean Baptiste Mourot, ancien curé d'Urdos, qui succéda, sur demande des habitants de Laruns, à l'abbé Laugère "décédé il y a bien du temps". Au préalable, il fut nécessaire de dégager totalement l'église, "le foin des armées" y étant entre­posé.

         En 1828 une ordonnance de l'évêque de Bayonne énumère les travaux d'urgence à effectuer, ils concernaient : la tribune, le porche, la charpente et la toiture...

         En 1855 le conseil municipal entame ses premières discussions sur la nécessité de construire une nouvelle église, puis l'emplacement est choisi, des plans s'élaborent.. enfin le 16 juin 1872 la décision devient officielle.

     "Considérant que l'église actuelle tombe en ruine, que la construction d'une nouvelle église, en rapport avec les besoins de la population est chose urgente et indispensable.. les plans de la nouvelle église, fournis par l'architecte Loupot sont approuvés, le devis estimatif des travaux à exécuter dont le montant s'élève à la somme de cent vingt mille francs est également approuvé..." il est en outre décidé : "..l'église actuelle ne pourra être démolie, en entier ni en partie, qu'après réception provisoire de celle à construire..."

         Le 18 juin 1874 l'adjudication est consentie au profit du "sieur Abbadie Pierre, fils".

         Le 17 janvier 1875 le conseil municipal de Laruns :

    " - considérant que des difficultés pourraient s'élever entre la commune et l'entrepreneur au sujet du déblaiement des matériaux provenant des édifices à démolir ;
    " - considérant que la commune devrait faire une nouvelle dépense pour enlever les matériaux impropres à la construction ;

    " - considérant que l'entrepreneur, si la commune n'enlève pas au fur et à mesure de la démolition les matériaux impropres et les décombres, peut l'attaquer et demander des dommages intérêts ;

    " - considérant enfin que la somme provenant des matériaux de la démolition de l'église actuelle et des maisons situées sur l'emplacement de la nouvelle église est inférieure à celle que la commune sera obligée de dépenser pour l'enlèvement des matériaux impropres et des décombres ;

pour ces motifs, le conseil municipal est d'avis :

qu'il y a lieu d'accepter en entier la transaction sus-visée laquelle sera soumise dans le plus bref délai possible à l'approbation de Monsieur le Préfet."

         Le conseil municipal accepte donc la "transaction" de l'entrepreneur; qui demandait la libre disposition des matériaux, celle-ci ne lui sera officiellement notifiée, par Monsieur Vidal, commissaire de police, que le 23 janvier 1879.

1p          En 1882 la nouvelle église est envoie d'achèvement, mais l'on célèbre encore les offices religieux dans l'aile sud de l'ancienne église, partie la mieux conservée.

         Le 8 mars 1884, en l'étude de Maître Camps, notaire à Louvie-Juzon, Monsieur José Carlos de Almeida Aréas, homme de lettres demeurant à Pau achète à Dominique Plou, propriétaire et maire de Castet, pour la somme de six mille deux cent cinquante francs, en "bonnes espèces de cours", la pièce de terre appelée Abadie, ainsi qu'un bâtiment en ruine appelé Latour, le tout situé à Castet.

         C'est sur cette pièce de terre, déjà encombrée, qu'est entreposé le portail de l'église de Laruns, vendu par Monsieur Abbadie à Monsieur Aréas", encombrée en effet car, en 1827 Pierre Plou, alors le propriétaire, écrit que "quantité de pierres sont dans l'intérieur de la dite pièce... les murs de l'ancien château sont entièrement délabrés et ceux qui l'entourait.."

         Durant les 8 années où il resta propriétaire Monsieur Aréas n'effectua aucun travaux de restauration à la tour. En 1892 il revendit sa propriété à Monsieur John Jarvis pharmacien à Pau. A l'acte de vente passé devant maître Clary de St-Hubert à Pau, étaient annexées les deux pièces suivantes :

         I "Reçu de Monsieur John Jarvis la somme de cinq cents francs, pour prix de vente d'un portail en marbre, démonté, déposé dans la propriété de Castet ; à lui vendu ce jour. Le tout vendu, en l'état, sans garantie."


Pau le 16 septembre 1892 signé AREAS

         II "Entre les soussignés : Monsieur José Carlos de Almeida Aréas, homme de lettres, imprimeur éditeur, demeurant à Pau d'une part et Monsieur John Jarvis, pharmacien, demeurant aussi à Pau d'autre part

         A été dit, convenu et arrêté ce qui suit :

         Suivant contrat passé ce jour devant Me Clary de Saint-Hubert, notaire à Pau, Monsieur Aréas a vendu à Monsieur Jarvis une petite propriété située à Castet, comprenant terres et ruines, le tout connu sous les noms de Abadie et la Tour, moyennant un prix de six mille trois cents francs.

         Il est dit dans ce contrat qu'à partir du jour de l'acte, c'est à dire d'aujourd'hui, Monsieur Jarvis aura la toute propriété du dit immeuble et le droit d'en jouir en vrai maître.

         Néanmoins, et sur la demande de Monsieur Aréas, Monsieur Jarvis consent à ce que le dit Monsieur Aréas fasse faire sur la dite propriété des fouilles lui permettant de s'assurer que, soit sous ou dans les constructions existant sur la dite propriété, soit dans les terres en dépendant, il n'existe soit des armes anciennes, soit des pièces de valeur, soit des lingots ou autres valeurs précieuses.

         Ces fouilles seront faites à frais communs entre M. Aréas et M. Jarvis et jusqu'au premier janvier mil huit cent quatre-vingt treize ; cependant, M. Aréas aura le droit d'abandonner les fouilles avant cette époque et M. Jarvis pourra les continuer, à ses frais, tout le temps qu'il lui plaira, sans être tenu à aucune indemnité vis à vis de M. Aréas en cas de réussite dans les recherches faites en vue de découvrir les dites matières précieuses.

         L'abandon des fouilles par M. Aréas entraînera, de plein droit, la nullité du présent engagement et cet abandon devra être notifié par écrit à M. Jarvis.

En cas de découvertes des objets et matières précieuses ci-dessus désignées, le partage en sera fait en parties égales, déduction faite des droits de l'état.

         Il demeure cependant bien convenu que, dans le cas où ces fouilles permettraient de découvrir l'existence d'une carrière, ou d'une mine exploitable, M. Aréas n'y aurait aucun droit : le droit de fouilles accordé par M. Jarvis ne s'appliquant qu'aux objets cachés ou enfouis.

         Fait double à Pau le seize septembre mil huit cent quatre-vingt douze.

       lu et approuvé : ARÉAS John JARVIS

         Monsieur Jarvis commença alors quelques recherches sur l'histoire de Castet et de son château. En mars 1899 il acheta à Bernard Lacoste, maire de Castet, l'ancienne mairie, incendiée depuis quelques années, avec les murs en ruine et le jardin attenant puis, à des particuliers, de nombreuses parcelles de terre environnantes.. grange.. maison.. droit de passage sur le gué etc..."

         En octobre 1902 il répond à un courrier du directeur des Guides-Joanne :

         "En réponse à votre honorable de ce jour, j'ai l'avantage de vous dire que la tour de Castet à été partiellement restaurée mais, à cause de la mort de ma femme et le mariage et le départ du directeur de ma pharmacie, je fus obligé de suspendre les travaux car je tiens essentiellement être présent pour que la restauration soit une vraie restauration, sans modification de l'originale construction. Elle n'est pas encore habitable"

          Monsieur Jarvis effectua en effet de très importants travaux de restauration, tant à la tour que sur une partie des murs d'enceinte ; il est regrettable qu'il n'ait pu terminer la réhabilitation totale de la tour, telle qu'il la souhaitait.

         Le 27 juillet 1908 Monsieur Jarvis revendit toutes ses propriétés de Castet à Monsieur Victor Chappet de Vangel, "propriétaire rentier et domicilié à Onesse canton de Morcenx."

         Dans l'acte de vente, passé devant maître H. Loustalet, notaire à Pau il est précisé au 3e feuillet :

    " - ... et tels que les dits biens se poursuivent étendent et comportent, avec leurs appartenances et dépendances, droits, actions, noms, raisons, mitoyennetés quelconques, ensemble les cailloux en tas et toutes les pierres de taille également entassées, provenant notamment de la démolition de l'ancien portail de l'église de Laruns..."

36
Dès le 11 août, Monsieur Henry Geisse, architecte du château de Pau et des monuments historiques des "Basses-Pyrénées" écrivit à Monsieur de Vangel.

Monsieur,
         Je viens d'apprendre que vous vous êtes rendu acquéreur du petit donjon de Castet-Gelos.

         Je prends la liberté en ma qualité d'architecte des monuments historiques et aussi de secrétaire du comité de protection des monuments pittoresques, de vous supplier de ne pas modifier l'aspect extérieur et de conserver religieusement la silhouette actuelle, laquelle avec l'église forme un si délicieux tableau à l'entrée de la vallée d'Ossau.

         Votre donjon date probablement du XII e siècle et peut-être du XI e, il y a donc 7 à 800 ans que l'aspect n'en a pas changé.

         En ma qualité d'architecte, je sais que, sans dépenser davantage on peut concilier tous les intérêts, c'est affaire d'étude et aussi d'un peu autre chose.

Vous devez avoir les débris complets de la porte en marbre blanc du XVI e siècle provenant de l'ancienne église de Laruns, porte remarquable. Le tout avait été acheté autrefois par mon ami Monsieur Aréas.

Je souhaite Monsieur que vous vouliez bien prendre ma demande en considération..."

Lors de la construction de sa maison Monsieur Victor de Vangel se trouva dans l'impossibilité de réédifier le portail dans sa totalité et ce n'est qu'au fil des ans que certaines pierres furent retrouvées et ce jusqu'en 1965.

         C'est donc à Castet que nous pouvons voir "une partie" de ce portail renaissance de Laruns, et non pas à Gabas, comme l'avait souhaité le curé de Laruns.


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