La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




LA VALLÉE D'ASPE



a vallée d' Aspe s'étend de Somport, près de la frontière espagnole, jusqu'à Oloron-Sainte-Marie. Elle est moins connue que sa voisine, la vallée d'Ossau, mais elle n'est pas moins pittoresque. Si les malades et les touristes y sont plus rares, les montagnards, les voituriers et les contrebandiers la parcourent constamment.
     C'est un grand chemin entre la France et l'Espagne. Le long de cette vallée très basse (Aspe veut dire pays bas dans la langue des Basques), il y a une route carrossable construite depuis l'époque romaine. C'est par là, que les Romains venaient d'Espagne en Gaule quand ils ne voulaient pas passer par les voies de la Méditerranée ou de l'Atlantique. Paul Raymond y a trouvé une borne milliaire, dans le ravin de Paillette ; on peut la voir aux Archives de Pau.
     On prétend que c'est par cette route aussi que les troupes d'Abd-el-Rhaman pénétrèrent en France.
     Sous la première République, les troupes espagnoles du comte de Castelfranco entrèrent en France par le col d'Anso et se dirigèrent sur Lescun, mais les volontaires français de Bedous arrivèrent à la hâte et chassèrent les ennemis.
    Le capitaine Laclède y accomplit des actions éclatantes et fit prisonnier le baron Hoortz, chef des gardes wallonnes D'après l'ouvrage du lieutenant Schmuckel sur la Bataille de Lescun (Pau, Empéranger). Après la désastreuse campagne de 1812, le général Clauzel, poursuivi dans l'Aragon, revint en France par la vallée d'Aspe. Les femmes de Lescun repoussèrent les Espagnols.
     Cette route de la vallée d'Aspe est la seule qui traverse les Pyrénées dans toute leur largeur et relie la France à l'Espagne. C'est par là que doit passer le chemin de fer qui unira Oloron à Jaca, Pau à Saragosse, les vallées de l'Adour et de la Garonne à la vallée de l'Èbre. La Commission internationale, après les études les plus consciencieuses, a pris une résolution et signé une convention. Elle a accepté le projet des deux voies de Saint-Girons à Lérida et de Saragosse à Oloron par Canfranc. Une société anonyme créée à Saragosse depuis plusieurs années a réuni d'importants capitaux pour la construction de cette première ligne.
     La junte supérieure des officiers généraux espagnols a rédigé un mémoire pour combattre les conclusions du rapport des commissaires qui ont étudié et approuvé la convention hispano-française. Les militaires se basent sur des considérations stratégiques et sur la nécessité de défendre les frontières. De leur côté, les sénateurs et les députés d'Aragon et de Catalogne font de grands efforts auprès du Gouvernement espagnol pour obtenir l'exécution du projet de la Commission. Grâce à ces démarches, le protocole de la convention des chemins de fer internationaux a été déposé au ministère des Affaires étrangères, à Paris. La ratification du traité aura lieu incessamment, et avant peu une voie ferrée sillonnera la vallée d'Aspe.
     Nous avons parcouru cette belle vallée qu'arrose le gave d'Aspe, jusqu'à Somport (port extrême). Elle se divise en deux parties : l'une va d'Oloron à la Pène d'Escot, et l'autre, de la Pène d’Escot à Somport. La première est large de 1 à 2 kilomètres ; la seconde, de 50 à 100 mètres. Toutes les deux sont très fertiles et produisent de la vigne, des céréales et des pâturages qui nourrissent de nombreux troupeaux. Les villages sont situés à 2 ou 3 kilomètres l'un de l'autre. La population, active et intelligente, est beaucoup plus instruite que dans les autres pays de montagne.
     Le pic d'Anie sépare le pays basque du Béarn. Le pas d'Aspe, qui forme la limite entre la France et l'Espagne, est un étranglement de la vallée ; de là, en descendant vers le sud, on entre dans le val Canfranc.
     Le gave d'Aspe, qui donne son nom à la vallée française, sort par une étroite fissure d'un petit vallon espagnol qui domine le pas d'Aspe. Il s'élance avec impétuosité dans la gorge profonde au-dessus de laquelle s'élève le port d'Urdos ; il arrose les plaines fertiles d'Accous et de Bedous, passe à Sarrance et aux fontaines d'Escot. Puis, à la Pène d'Escot, il se fraie un chemin vers la plaine entre les deux hautes montagnes, grande brèche lentement Creusée par les eaux dans une époque préhistorique.
     Là se termine la véritable vallée d'Aspe, resserrée, escarpée, pittoresque. A partir de ce point, le gave coule assez mollement jusqu'à Oloron dans une plaine peu accidentée. Le pont d'Escot qui, en remontant le gave, fait passer la route de la rive gauche sur la rive droite, marque la séparation de ces deux parties de la vallée. A côté du pont on a bâti une chapelle dédiée à Notre-Dame de Sarrance ; la croyance populaire lui attribue d'avoir, en 1855, arrêté le choléra à l'entrée de la vallée.
     Au pied de l'immense rocher qui surplombe le gave, sur la rive droite, on lit l'inscription suivante, attribuée vulgairement à J. César : L. VAL. VERANUS GER. VIR BIS HANCVIAM RESTITUIT...
     La vallée d'Aspe comprend les villes ou villages d'Oloron-Sainte-Marie, Gurmençon, Asasp, Saint-Christau, Lurbe, Escot, Sarrance, Bedous, Accous, Lescun, Urdos et Somport. Nous parlerons de quelques-uns des lieux qui nous ont paru dignes d'intérêt et où nous nous sommes plus longtemps arrêtés en redescendant la vallée d'Aspe.
     Somport (summus portos) est à 1.640 mètres d'altitude; c'est par là qu'on entre en France.
     Urdos menace l'Espagne avec le Portalet, citadelle formidable creusée dans un rocher de 794 mètres de hauteur. On y arrive par un escalier de 506 marches. Ses casemates peuvent contenir 3.000 hommes armés.
     Lescun sur le petit gave de Lescun, qui descend du pic d'Anie et qui se jette dans le gave d'Aspe entre Urdos et Accous, est un hameau de 900 habitants du canton d'Accous. Cette région avait autrefois beaucoup de cagots ou crétins. M.le Dr Arrégus, sur les instances du Dr Froca, a exhumé une foule de squelettes dans un cimetière de cagots au hameau de Borce, voisin de Lescun, pour en faire une étude minutieuse.
     Il faut reconnaître que si la population de ce pays se distingue par ses ancêtres de crétins, les crétins de France ne sont pas sans valeur et sans énergie patriotique, à en juger par l'intrépidité des femmes de Lescun qui repoussèrent courageusement les armées espagnoles et les obligèrent à retourner dans leur pays.
    Accous, sur la Berthe, petit torrent qui grossit le gave d'Aspe, est un chef-lieu de canton de 1.300 habitants. C'est la patrie du félibre du xvme siècle Cyprien Despourrins, poète béarnais qui a écrit de nombreuses poésies patoises (1698-1759). Ses chants, dont il composa lui-même les airs, sont populaires dans les Pyrénées ; ils ont de la grâce et de la naïveté ; la langue est douce et harmonieuse. Malgré leur valeur et leur popularité, beaucoup de chants de Despourrins sont encore inédits. On en trouve quelques-uns dans les Estrées béarnaises et dans les poésies béarnaises, publiées par Vignancour en 1824. On a élevé à Despourrins une colonne commémorative sur un monticule non loin d'Accous.
     Un peu en avant de ce chef-lieu de canton, à Suberlaché, se trouve un établissement de bains sulfureux.
     Bedous, sur les bords du gave, dans une petite plaine, entre de hautes montagnes, connaît à peine les rigueurs de l'hiver ; la neige n'y séjourne jamais. Longtemps Bedous a été en lutte et en procès avec sa voisine, la superstitieuse Sarrance, qui se glorifie encore de sa vieille madone.
     Sarrance a vu au pied de ses autels des reines et des rois C'est à l'abbaye de Sarrance que vinrent, de Cauterets, les dames et les gentilshommes dont parle Marguerite de Valois dans son prologue de l' Heptarnéron. C'est là que chaque jour, pendant la saison thermale, de midi à quatre heures, assis à leur aise, dans un beau pré sur les bords du gave, sous de grands arbres dont le soleil ne pouvait percer l'ombre, dames Bizille, Parlamente, Longarine, Ennasuite et les gentilshommes Hircen et Simontault racontaient ces merveilleuses histoires qui composent les Nouvelles de la reine de Navarre. Louis XI, qui a fréquenté tous les pèlerinages réputés de France, est venu s'agenouiller devant la Vierge de Sarrance. Dans sa pieuse ferveur et dans son fanatisme sanguinaire pour le triomphe du pouvoir royal, il allait demander à la madone le pardon des crimes qu'il avait accomplis et le courage nécessaire pour en accomplir de nouveaux, dans l'intérêt de l'État. Mettre fin à l'anarchie féodale, renverser la noblesse turbulente, décapiter les seigneurs bandits et adultères était pour lui une œuvre pieuse. Mais pour l'accomplir avec une énergie indomptable et farouche, il lui fallait le secours de Dieu, de la Vierge et des saints. Pour arriver à ses fins, s'il employait la ruse et la cruauté, la hache et le gibet, il voulait se persuader peut-être, laisser croire au moins, qu'il était l'instrument de la justice de Dieu.
     Nous nous trouvions à Sarrance le 15 août. C'était la fête de la vieille madone détrônée, depuis peu de temps, par la vierge de Lourdes plus jeune, plus en crédit auprès des croyants. Nous avons assisté à cet antique pèlerinage. Dès le 14, les routes avoisinantes étaient remplies de paysans. Ils venaient du Béarn et du pays basque, d'Oloron, de Navarrenx , de Bedous et d'Urdos. Le cordon sanitaire de la frontière espagnole avait empêché Canfranc et Jaca d'envoyer leur contingent de pèlerins. On nous avait assuré que les démoniaques venaient là pour se faire désensorceler. Pendant l'élévation, nous avait-on dit, ils crient, hurlent et blasphèment le Christ avec des voix d'enfer. Ce n'est pas sans quelque curiosité que nous nous sommes rendus à l'église, désireux d'assister à de pareilles scènes, qui allaient nous rappeler les derviches hurleurs de Constantinople. Mais, nous avons été déçus ; nous n'avons, entendu que la voix retentissante du curé qui prêchait en patois béarnais. Il n'y avait donc pas ce jour-là, à Sarrance, de rendez-vous de démoniaques.
     Quelques bonnes gens que nous rencontrâmes sur la route nous assurèrent qu'on était venu cette année demander particulièrement à Notre-Dame de Sarrance la cessation d'une maladie contagieuse qui avait frappé les animaux de quelques villages voisins.
     Au retour du pèlerinage, on s'arrêtait aux fontaines d'Escot, à 1 kilomètre de Sarrance. Il y a là une source alcaline dont les eaux ne sont fréquentées et appréciées que par les paysans de la région. Elles sont lourdes pour l'estomac et d'une digestion difficile. On y donne quelques bains dans une vieille masure qui n'a jamais connu le confortable. L'hôtellerie, assez vaste, est plutôt une médiocre auberge de campagne qu'un établissement balnéaire capable d'attirer les étrangers, malades ou touristes. En dehors d'une allée escarpée qui conduit à la source, il ne reste aux baigneurs qu'une route poudreuse et ensoleillée. Les paysans s'y promènent en fumant nonchalamment leur pipe ; deux ou trois curés y relisent chaque jour, à la même heure, leur bréviaire. On se baigne, on boit, on mange, on rumine, on dort. Station peu intéressante.
     Quelle différence avec celle de Saint-Christau, éloignée d'Escot de 6 à 7 kilomètres ! Quel site merveilleux, quels ombrages, quelle fraîcheur, quelle nature luxuriante en pleine montagne ! Son parc est beau. Casino, rotonde, chalets, lac, ruisseau, allées ombreuses, la plaine et la montagne, tout est réuni pour donner de l'agrément à cette petite station. Les arbres, l'ombre et la verdure en font le paradis des yeux. La température y est toujours égale, fraîche et douce à la fois ; elle est en moyenne de 3° au-dessous de celle de Pau.
    Saint-Christau est un hameau de la commune de Lurbe (Basses-Pyrénées). Au moyen âge, c'était une commanderie qui appartenait au monastère de Sainte-Christine sur la frontière du Béarn et de l'Aragon, près de Somport ; de là son nom de Saint-Christau. Les propriétés curatives des eaux de Saint-Christau furent connues au commencement du XIVe siècle. Vers l'an 1300, un pâtre lépreux venait laver ses mains et sa figure à une source située au pied de la montagne de Saint-Christau. Au bout de quelque temps et à son grand étonnement, il vit la lèpre disparaître. Le bruit de cette cure s'étant répandu dans la contrée, les lépreux et les cagots accoururent aussitôt en foule aux sources de Saint-Christau. Dès lors, la réputation de ses eaux fut établie.
     Saint-Christau a cinq sources ; celles du Pêcheur, des Arceaux, des Bains-Vieux, de la Rotonde et du Chemin.
     La source des Arceaux donne 48.000 litres par heure. La température de ces eaux est de 14 à 15°.
     La source du Pêcheur est sulfureuse ; les autres sont ferro-cuivreuses. Elles ont été analysées par M. Filhol, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, et par M. Willva, chef du laboratoire de la Faculté des sciences de Paris.
     Les eaux de Saint-Christau sont employées en bains, boissons, douches, lotions, fomentations et pulvérisations. Les pulvérisations sont destinées aux ophtalmies chroniques, aux conjonctivites, aux blépharites, aux kératites, etc. Les eaux de Saint-Christau sont impuissantes dans les affections profondes de l’œil mais elles rendent d'excellents services dans les affections de la peau, eczémas, dartres, herpès et combattent avantageusement la scrofule. Elles ont une qualité précieuse : le cuivre qu'elles recèlent peut, ainsi que le disait à Toulon le Dr Koch, rendre les plus grands services pendant les épidémies cholériques. En 1849, lorsque le choléra sévit dans la région pyrénéenne, Saint-Christau fut entièrement préservé de ce fléau qui faisait de si terribles ravages dans les villes et villages environnants.
     M.le Dr Paul Bénard a publié un manuscrit du Dr Tillot, dans lequel celui-ci avait réuni les renseignements fournis par quinze années d'observations des eaux de Saint-Christau dont il était le médecin-inspecteur.
     M.le Dr Bénard, médecin consultant à ces mêmes eaux, a joint à ce manuscrit des notes résultant de ses observations personnelles, un aperçu historique et des documents bibliographiques. C'est le meilleur ouvrage qui ait paru sur Saint-Christau.
     Malgré les qualités curatives de ses eaux, cette station bienfaisante, si heureusement située, n'a jamais eu l'importance qu'elle mérite. Nous ne savons quelle en est la véritable cause.
     Saint-Christau est la propriété du comte de Barraute, qui laisse à un régisseur le soin de l'administrer. Celui-ci afferme à un maître d'hôtel le monopole de la nourriture. On ne peut vivre en dehors de lui. De là une difficulté d'existence qui interdit l'accès de cette station aux personnes dont les ressources sont médiocres. Voilà peut-être un des motifs qui éloignent bien des malades de Saint-Christau.
     Les étrangers qui ne veulent pas vivre à Saint-Christau pourraient s'installer à bon marché dans la commune de Lurbe, éloignée seulement de 1 kilomètre, à l'hôtel des Vallées ou dans les maisons du village. Ainsi les bains de Saint-Christau auraient chaque jour une clientèle plus nombreuse et rendraient plus de services. Mais les malades résidant à Lurbe éprouvent des difficultés et des froissements qui rendent souvent leur saison balnéaire peu agréable. C'est pourquoi malgré les avantages incontestables de ses eaux, Saint-Christau est et restera malheureusement une station morte, ouverte seulement à quelques riches familles et aux indigènes de Lurbe qui en profitent peu malgré leur antique droit de prendre des bains pour trois sols.
     Après Saint-Christau, Tyms et Soeix, d'un côté, Asasp et Gurmençon, de l'autre, sont les derniers villages que l'on rencontre dans la vallée avant d'arriver à Oloron-Sainte-Marie.
     Sainte-Marie est un chef-lieu de canton de 4.000 habitants qui possède plusieurs vastes manufactures. Situé au pied d'Oloron, dans la plaine, sur la rive gauche du gave d'Aspe, non loin de la gare, il a l'aspect d'un grand faubourg.
     Oloron, sous-préfecture de 9.000 âmes, s'étage entre le gave d'Aspe et le gave d'Ossau, sur les flancs d'un rocher ; la ville haute en recouvre le sommet.
     Oloron Sainte-Marie, qui forme un ensemble d'un aspect agréable, frais, pittoresque, est la cité intermédiaire entre la plaine et la montagne. Elle est à 10 kilomètres des Pyrénées et à 30 de Pau. Un chemin de fer la relie à l'ancienne capitale du Béarn. Au moyen âge, Oloron fut prise et saccagée par les Northmans qui poussèrent leurs incursions à travers la vallée d'Ossau jusqu'à Béon et Bielle. La légende ossaloise raconte le duel du seigneur de Béon et du chef northman qui fut tué.
     Nous parcourons en wagon le pays qui sépare la vallée d'Oloron de celle de Pau. Nous sommes déjà dans la plaine ; la chaleur suffocante nous fait regretter les ombrages de Saint-Christau et le vent assez vif qui souffle le soir sur le pont d'Escot et le long des vallées d'Aspe et d'Ossau. Bientôt nous arrivons à Pau où nous terminons nos agréables excursions à travers les Pyrénées occidentales. Il convient de ne pas oublier parmi les stations des Pyrénées occidentales celle de Cambo, placée dans une situation charmante, sur une colline assez élevée au bas de laquelle coule la Nive et d'où l'on aperçoit la Rhune et le Mandarrain.
Cambo a deux sources d'eau minérale : l'une, froide et ferrugineuse, l'autre, chaude, sulfureuse et diurétique.
Bien des santés délabrées se rétablissent à Cambo sous l'influence seule de l'air pur, sain et vivifiant.

   Sources

  • E. LABROUE, A travers les Pyrénées, Librairie Charles Tallandier, Paris.



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