La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



Les Anciennes Exploitations Minières



    Texte : Jean Loubergé

    On sait que l'ancienne richesse minérale des Pyrénées est un lieu commun de toute la littérature se rapportant à. ces montagnes, depuis les, textes de Strabon et de Pline. On sait aussi que cette réputation explique certains caractères de l'exploitation minière pyrénéenne au cours des âges, en particulier le caractère superficiel et le caractère artisanal : nombreux furent ceux qui pensaient trouver la fortune en, grattant des gisements de surface, qui sont assez fréquents, mais lorsqu'il fallait pousser en profondeur et investir des capitaux plus importants, les, entreprises étaient abandonnées (1).

   Dans l'histoire minière des Pyrénées, la Vallée d'Ossau tient une toute petite place ; elle a connu beaucoup d'entreprises de type artisanal, cependant il y eut aussi quelques tentatives d'exploitation qui ne sont ; pas négligeables, et sur lesquelles la présente étude veut insister.

   La Vallée d'Ossau, qui s'ouvre à. 25 km au Sud de Pau, est orientée Nord-Sud, transversalement à la direction générale de la chaîne, Sur creusée par un grand glacier dans sa partie aval, elle se divise à l'amont, à partir du bassin de Laruns, en deux branches divergeant en forme d’y, la vallée du Valentin et la haute vallée du Gave d'Ossau, cette, dernière se subdivisant elle-même par la suite en trois rameaux, Bious, Brousset et Soussouéou. Le granite affleure dans l'axe de la haute vallée d'Ossau, à partir d'Eaux-Chaudes jusqu'au-delà de Gabas ; mais les montagnes encadrantes sont formées, pour la plus grande partie, de calcaires ou de schistes primaires, les calcaires crétacés de la zone dite du Mont-Perdu ne se trouvant qu'au sud des Eaux-Bonnes et dans les monts encadrant la partie aval au nord de Laruns. Les gisements de fer se trouvent surtout dans la zone crétacée, tandis que les métaux non ferreux se rencontrent plutôt dans les filons de quartz inclus dans les calcaires et schistes primaires. Ces gisements de métaux non ferreux sont d'ailleurs de structure assez particulière : les veines, parallèles d'apparence à la surface, se rejoignent toujours en profondeur, et ceci tout différent d'un vrai filon, qui est le remplissage d'une cassure oblique ou normale par rapport à, la stratification (2), Cette particularité géologique explique les difficultés auxquelles se sont heurtées les tentatives d'exploitation.

         Du point de vue humain, seule, la partie aval de la vallée a été occupée par l'homme et bien mise en valeur ; il y a de nombreux villages, peu éloignés les uns des autres. Comme dans la plupart des vallées pyrénéennes, les habitants de ces villages s'occupaient surtout, autrefois, d'économie pastorale ; les Ossalois pratiquaient la transhumance du bétail, en été vers les hauts pâturages de la partie amont de leur vallée, en hiver vers les landes du Pont-Long et vers les landes de Gascogne. Après la vie pastorale, la culture et l'exploitation forestière tenaient une petite place dans leurs préoccupations. Mais l'exploitation des richesses du sous-sol ne les a guère intéressés : les archives communales de Bielle ou de Laruns nous renseignent sur le nombre de vaches ou de brebis admises dans tel ou tel pâturage d'été, sur les différends entre communes pour l'utilisation de ces mêmes pâturages, elles ne nous renseignent jamais sur les tentatives d'exploitation minière, sauf lorsqu'il s'agit de défendre les forêts communales contre les maîtres de forges. Rien, ici, de semblable à, une exploitation communautaire d'un gisement minier, comme l'ont pratiquée, par exemple, les habitants de la vallée de Vicdessos, dans le comté de Foix.
         Les tentatives d'exploitation rationnelle sont dues à des individualités, elles se caractérisent par le manque d'esprit de suite. Le grand capitalisme ne s'y intéressa jamais, sauf, peut-être, en une occasion, à la fin du XIXe siècle.
   Les premiers documents. Si le dénombrement de 1385 nous atteste l'existence de la forge de Béon (3), si le Béarn du moyen âge devait sans doute posséder des mines qui ont fourni du métal aux ateliers monétaires de Morlaàs (4), les premiers textes précis ne datent que du début du XVIe siècle, c'est-à-dire de cette période pendant laquelle Ph. Wolff a signalé un véritable « boom minier » (5), Nous n'insisterons pas sur ces textes, que l'on trouve cités dans de nombreux ouvrages ou articles (6). Qu'il nous suffise de signaler qu'en 1512, le seigneur Ossalois de Louvie-Soubiron, traita avec deux ouvriers espagnols pour la construction d'une forge, ou ferrère, dans ses terres de la vallée de l'Ouzoum, près du village actuel d'Arbéost, et que tout de suite après, en 1516, un marchand de Monein, Jean de Tailhac, obtint de la reine Catherine de Navarre, la concession d'une mine à, Aste, où il y a « aucune apparence de mine de fer o autre espèce de métaux» (07). Enfin, vers le milieu du XVIe siècle, le roi de Navarre lui-même, à l'époque Henri d'Albret, s'intéresse à ces recherches minières dans la vallée d'Ossau, comme nous l'apprennent deux textes de 1546 et 1548 ; ces textes sont des rapports peu favorables, mais nous signalent l'existence de mines à Castet, Aste et Bielle pour l'alimentation de la « ferrière » d'Ossau (distincte de celle du seigneur de Louvie) ; et aussi l'existence d'une forge à Gère pour traiter le plomb argentifère des montagnes environnantes ( 8),
         Le XVIIe siècle ne nous offre, par contre, que des indications très fragmentaires. Des recherches minières furent entreprises, sur l'ordre d'Henri IV, puis de Colbert. Un arrêt du Conseil Royal de 1654 autorisa Pierre de Claverie, seigneur de Louvie, à faire des fouilles dans toute la vallée d'Ossau (9). Mais l'intendant Lebret, en 1703. estime que les seules mines valables sont celles de la vallée de l'Ouzoum, et se borne à écrire pour les autres : « L'on en a découvert plusieurs de plomb, mais elles sont si chargées d'antimoine qu'on n'a pas encore pu trouver le moyen de les fondre. On apporte de temps en temps, à la monnaie, des essais de matière d'argent, qu'on dit venir des montagnes, mais on en demande un prix si haut qu'il y aurait de la perte à les acheter pour les convertir, aussi on en demeure toujours à l'essai». (10)
         En fait, pour avoir des détails précis et des tentatives valable il faut attendre le XVIIIe siècle. Et nous pouvons constater qu'il y a eu, dans le Béarn, en général, et dans la vallée d'Ossau en particulier, deux grandes périodes d'exploitation minière, liées l'une et l'autre à deux périodes d'expansion industrielle : la fin du XVIIIe siècle et, la fin du XIXe siècle.
         La fin du XVIIIe siècle. La deuxième moitié du XVIIIe siècle est marquée, dans l'ensemble de la France, par un gros effort de prospection minière. Il s'agissait, en effet, de trouver les matières premières réclamées par la révolution industrielle, qui s'ébauchait à ce moment-là, en liaison avec un grand capitalisme qui se développait dans une partie de la noblesse et une certaine bourgeoisie.
         Les Pyrénées ne furent pas laissées en dehors de ce mouvement de prospection, et nous possédons deux tableaux très détaillés des richesses minières du Béarn. L'un est celui de Palassou, « Essai sur la minéralogie des Monts Pyrénées », édité en 1784 (11) Le second, intitulé : « Description, des gîtes de minerai, des forges et des salines des Pyrénées», et publié en 1786, est le compte rendu d'une enquête menée par le baron de Dietrich, attaché au comte d'Artois, auquel est dédié le livre ; cette enquête est extrêmement documentée, tant sur les gîtes de minerai que sur les procédés de fabrication du métal (12). Enfin, nous possédons une carte du Béarn, publiée en 1783, par le sieur Flamichon et dans laquelle on trouve des renseignements qui permettent de localiser certains gîtes signalés par les deux auteurs précédents (13).
         Cette documentation, très complète, nous prouve que la vallée d'Ossau était bien pourvue en gisements métalliques, Dietrich en relève, en effet, 26. Mais, comme l'écrit Palassou « Cette dispersion même semble avoir nui à la richesse de chaque filon ». Il n'est pas question de signaler ici tous les gisements connus. Si nous relevons simplement les gisements exploités à l'époque de Palassou et Dietrich ou dans les années qui. ont précédé leurs publications, le palmarès est vite fait :
         Une mine de cuivre tenant un peu d'argent, dans le vallon d'Aspeich (ou Aspeigt), territoire de Bielle.
         D'autres mines de cuivre, contenant également un peu d'argent, au col de la Trape et au mont de la Grave, territoire de Laruns, au Sud-Est des Eaux-Chaudes.
         Une mine de plomb et argent au quartier Sourince, entre la haute vallée du Valentin et la vallée de Soussouéou.
         Enfin des mines de fer, une dans les montagnes de Louvie-Juzon, une à Aste, deux dans le voisinage des Eaux-Bonnes, à la combe de Balourd et au minier de Pon.
         N'insistons pas sur les exploitations de métaux non ferreux, qui n'eurent pas d'importance et furent toutes déficitaires, si nous en croyons Palassou (14) ; il est vrai que les procédés de grillage du minerai n'étaient pas alors bien au point. Nous les retrouverons un siècle plus tard.

          Par contre, l'exploitation des mines de fer connut une tentative intéressante, celle de Jean-Joseph d'Augerot ( 18). Devenu seigneur d'Aste et Béon par son mariage, il conçut l'idée de créer une grande entreprise métallurgique capable de ravitailler en fer le Béarn, qui était alors obligé d'en faire venir d'Espagne ; il sollicita donc, et obtint, du Conseil du Roi, en 1768, le droit d'exploiter le gisement d'Aste (16), Mais celui-ci, à l'usage, se révéla de qualité médiocre et il fallut avoir recours à d'autres mines, celles que citent Palassou et Dietrich, aux environs des Eaux-Bonnes et dans les montagnes de Louvie-Juzon. Le baron de Dietrich nous apprend que, vers 1785, la forge de Béon était uniquement alimentée par le Minier de Pon, où il n'y avait que quinze ouvriers (17) ; c'était donc une toute petite exploitation. L'activité de la forge ne cessait d'ailleurs de décliner ; elle employait 300 ouvriers et produisait 2.200 quintaux de fer travaillé, en 1772, mais la production était tombée à 900 quintaux en 1788 (18). Cette entreprise, montée à grands frais, comportait deux inconvénients majeurs. D'abord se posait la question du bois nécessaire à la fonte ; surtout le minerai ossalois donnait des fers brisants que l'on était obligé de fondre une seconde fois pour les rendre marchands, sans leur ôter tout,de même complètement leur défaut. Après plusieurs tentatives infructueuses pour s'assurer du bon minerai, d'Augerot se lassa et la forge de Béon passa aux d'Angosse, possesseurs des mines de la vallée voisine de l'Ouzoum ; mais ceux-ci ne purent la revigorer. Il faut dire que les circonstances générales s'avéraient de plus en plus défavorables ; la tendance à la concentration industrielle, d'une part, le progrès des voies de communications, d'autre part, diminuaient l'intérêt que présentaient les exploitations locales et le début du XIXe siècle vit la fermeture de la forge.

                   L'entreprise sur laquelle Jean-Joseph d'Augerot fondait tant d'espoirs n'avait donc duré qu'une cinquantaine d'années, et les minières de fer de la vallée n'avaient connu qu'une exploitation très réduite. Si les restes de cette exploitation sont encore visibles, sous forme d'excavations ou de galeries, le souvenir de l'époque précise en est perdu dans la mémoire des Ossalois. A Aste, cependant, il y eut un essai de reprise, avant la guerre de 1914, avec M. de Robernier, de Bayonne ; il fit des travaux assez considérables, comptant sans doute que les progrès techniques permettraient une amélioration du minerai, qu'il comptait utiliser pour les forges du Boucau, mais cette tentative fut sans lendemain.
         La fin du XIXe siècle Les Ossalois ont, par contre, gardé un souvenir plus précis de la période d'exploitation qui débuta au milieu du XIXe siècle, et qui porta sur les gisements de métaux non ferreux ; ceux-ci, désormais, pouvaient être mieux exploités à cause des progrès techniques.
         On se souvient que Palassou et Dietrich avaient signalé, à la fin du XVIIIe siècle, de nombreux gîtes de cuivre, de plomb et de zinc, dont certains, contenant un peu d'argent, avaient été exploités aux époques antérieures.
         L'un de ceux-ci fit l'objet d'une tentative assez intéressante à la fin du XIXe siècle : celui de la montagne d'Arre, territoire de Laruns (19). Ce gisement de zinc, contenant un peu d'argent, attira l'attention d'une société montpelliéraine dès 1852, mais ne fut exploité qu'à partir de 1878 par la Société des Mines d'Arre, dont le siège social était à Lyon. Les résultats furent décevants (20) : l'exploitation était très difficile à cause de l'altitude (2.100 mètres) et de l'isolement, elle ne pouvait se faire qu'en été et les quantités de minerai obtenues ne justifiaient pas les frais (21).
         A partir de 1882, l'exploitation s'étendit au gisement d'Anglas (22). On y avait reconnu des veines de blende qui paraissaient plus importantes et, de 1887 à 1893, une centaine d'ouvriers travaillèrent en été dans ces mines, dont le minerai était évacué, par câble aérien, sur Gourette, où l'on avait installé un atelier de lavage et triage. La production dépassa 3.500 tonnes de minerai brut, de 1888 à 1891, puis retomba et la mine d'Anglas fut fermée en 1893, par suite de la baisse du prix du zinc et de l'épuisement du gisement reconnu (23), La Société, qui avait investi des sommes considérables dans l'installation d'un matériel de bonne qualité, ne pouvait tenir, et avec elle prend fin la tentative d'exploitation rationnelle et entreprise sur une échelle relativement grande (24).
         On assista à une reprise des travaux à partir de 1904, avec une nouvelle Société, dite Société des Mines de Laruns, où entraient des banquiers et négociants bayonnais et espagnols.. Quelques centaines de tonnes de blende furent encore extraites avant 1914 et même pendant la guerre jusqu'en 1916. Puis la concession passa à la Société Ibérienne des Mines, qui paie toujours la redevance à la commune des Eaux-Bonnes (un peu plus de 1 NF par an), mais tout le matériel a été vendu ou abandonné (25)
         En dehors de cette tentative d'exploitation des mines d'Arre et d'Anglas on relève des tentatives moins importantes, qui ont surtout cherché à mettre en valeur des gisements de cuivre.
         De 1878 à 1883 un filon cuivreux fut cherché sur le flanc du pic de Cezy et deux galeries furent poussées sur 43 mètres et 66 mètres, puis abandonnées car les indices devenaient rares en profondeur (26).
         En 1881 une Société, dite Société Minière des Pyrénées, obtint la concession des mines de plomb, zinc, cuivre et autres métaux connexes, comprises dans la commune de Laruns, cette concession prenant le nom concession de Barthèque (27). Ces gisements, qui se trouvent vers 1200 mètres d'altitude, avaient été déjà signalés au XVIIIe siècle par Palassou et Dietrich et exploités de façon superficielle (28). La Société Minière des Pyrénées ne fit guère mieux et se découragea vite, car les travaux entrepris en 1887 révélèrent des filons assez pauvres, malgré l'existence de nids de galène très argentifère (29). Cependant la concession existe toujours, et les redevances sont encore payées à la commune Laruns.
         Vers la même époque, on reprit aussi les travaux à Bielle, dans le filon d'Aspeich (ou Aspeigt) (30) ; du cuivre y avait été exploité au XVIIIe siècle. Une concession fut accordée en 1868 à la Société des Mines Aspeich, mais les travaux furent très intermittents, consistant en fouilles superficielles et travaux d'aménagement extérieur.
         En 1889, 70 hommes y furent employés et en 1890 on put descendre, de la mine un lot d'essai de 10 tonnes de cuivre pyriteux, tenant 0,03 % d'argent. Ce sont les seuls chiffres de production que nous ayons pu retrouver.(31).
         Il faut dire que le capital de la Société était insuffisant et que les directeurs eurent de fréquents démêlés avec les municipalités de Bielle et de Bilhères, sur le territoire desquelles se trouvaient les mines. En fait l'exploitation ne fut jamais sérieusement poussée ; il en reste cependant aujourd'hui des traces visibles, sous forme d'un grand bâtiment solidement construit, de ruines d'un atelier de cassage et diverses galeries et puits. La concession d'Aspeich est actuellement à la disposition des Domaines, les demandes d'autorisation de la concession ayant été rejetées par un décret du 26 septembre 1961 (32).
         La période qui précède la guerre 1914-18 a connu encore d'autres tentatives, qui ne furent pas suivies d'exploitation, mais sont révélatrices des espoirs que suscitaient les gisements miniers. Les demandes de concession furent alors très nombreuses. Citons par exemple en 1910 la découverte d'un gisement de manganèse par deux ouvriers espagnols, entre Eaux-Bonnes et Gourette et en 1913 la découverte d'un gisement de sulfure de mercure par le curé de Gère-Bélesten sur le territoire de la commune (33). Une seule de ces exploitations a donné des résultats notables, celle du gisement de fluorine d'Anéou, près du col du Pourtalet, qui est une exploitation en carrières et non une exploitation minière. Commencée en 1900 Par l'extraction de spath-fluor dirigé sur Le Boucau, continuée entre 1914 et 1936 par l'extraction de fluorine exportée vers l'Allemagne et l'Angleterre, l'exploitation est faite depuis 1952 par l'entreprise Casadebaig, de Gère- Bélesten, pour le compte de la Société S.O.R.E.M., qui fabrique à Pau des mono-cristaux pour les instruments d'optique ; cette exploitation, du type artisanal, porte sur de faibles quantités, mais les produits obtenus sont de haute valeur (34).
         Depuis 1916, en dehors de cette carrière de fluorine, il n'y a plus d'exploitation minière en vallée d'Ossau. Les deux guerres mondiales n'ont suscité ni la reprise de travaux anciens ni des recherches nouvelles. Lors de la dernière guerre, les Allemands firent semblant de s'y intéresser, puis ne donnèrent pas suite, rebutés sans doute par la faiblesse et la dispersion des gisements.
         L'histoire des exploitations minières de la vallée d'Ossau est donc l'histoire d'une série d'échecs. Échecs qui peuvent paraître définitifs. Au début du XXe siècle, les rapports des personnalités compétentes ne sont guère encourageants. En 1916, M. Gardes, sous-ingénieur des mines, déclarait dans un rapport au préfet des Basses-Pyrénées que les gisements pyrénéens « sont caractérisés, d'une manière générale, par un très faible développement qui ne saurait justifier en rien les installations coûteuses que comporte leur mise en valeur. Chaque année de nombreux prospecteurs entreprennent de nouveaux travaux de recherches ; presque tous sont arrêtés, soit par insuffisance de leurs capacités financières, soit, le plus souvent, par l'insignifiance, au point de vue des gisements découverts » (35). Et une Commission d'Enquête dans les Basses et Hautes-Pyrénées concluait en 1918 : «L'exploitation a été le plus souvent entreprise sans méthode, sans argent, sans voies de transport pratiques... Les mines métalliques sont limitées non par la pénurie de la main-d’œuvre, qu'on peut se procurer facilement dans les départements voisins de la frontière d'Espagne, mais par la faiblesse du tonnage reconnu qui, en ne leur assurant qu'une existence précaire, ne permet pas de développer les installations sans courir le risque de n'avoir pas le temps de les amortir. Les sociétés financières privées répugnent en général à courir ce risque » (36),
         Ces deux rapports mettent bien l'accent sur la tare des exploitations dont nous avons essayé de retracer l'histoire. De fait, si nous faisons le total approximatif de la production des deux principales, celle de la forge de Béon et celle des mines d'Arre et d'Anglas, on est confondu de la faiblesse ridicule des chiffres : 3.000 à 5.000 tonnes de fer travaillé pour la première, en une vingtaine d'années, 10.000 à 12.000 tonnes de blende à 45% de zinc) pour la deuxième, dans le même laps de temps. On conçoit que ces exemples ne soient guère encourageants.
         Cependant, les rapports que nous avons cités condamnent les formes d'exploitation autant que l'exploitation elle-même.
         Le rapport de la Commission d'Enquête de 1918 estimait : « il y a : pourtant, dans le sous-sol pyrénéen une extrême variété de gisements et de richesses minérales qui solliciteraient l'établissement de grandes organisations industrielles en vue d'augmenter la production actuelle ou d'arriver à une utilisation plus intégrale des produits minéraux » (37),
         Et M. Sorre, s'appuyant sur ce rapport, écrivait : « Que des sociétés puissantes et bien outillées vaincraient, sans doute, les obstacles insurmontables pour les particuliers ou les groupements trop faibles » (38),
         La vallée d'Ossau, qui est devenue, au XXe siècle, l'un des centres les plus importants de la production pyrénéenne d'hydro-électricité, n'a pas encore eu la chance d'intéresser «des sociétés puissantes et bien outillées», à mettre en valeur ses gisements de métaux non ferreux.., si toute fois ils en valent la peine. Seule, en effet, une grosse société pourrait faire l'effort nécessaire de prospection rationnelle en profondeur ; car on peut se contenter des indications géologiques, qui sont beaucoup trop vagues (39). La conjoncture internationale risque cependant d'évoluer dans un sens plus favorable aux exploitations métropolitaines de métaux ferreux ; car les sociétés minières qui s'intéressaient surtout jusqu'ici aux gisements d'outre-mer, plus riches et plus faciles à, exploiter avec une main-d’œuvre peu payée, recommencent à s'intéresser aux gisements français ; ainsi plusieurs mines de plomb argentifère et de zinc du Massif Central, abandonnées depuis longtemps, vont sans doute revivre (40). Il n'est pas exclu que les gisements pyrénéens puissent reprendre un jour quelque activité. Pour la vallée d'Ossau, un combinat chimique et métallique, semblable à celui préconisé par le projet de 1856 (41), aurait peut-être quelques chances de succès.


    SOURCES


- (1) Baron de Dietrich : Description des gîtes de minerais, des forges et des salines des Pyrénées, Paris 1786 : «Dès que les filons ne donnent point de minerai, on les abandonne... Les paysans cessent de travailler aux plus légères difficultés qui peuvent se présenter...»
- (2) D'après un rapport de 1924, cité par G. Jorré : «Les mines des Pyrénées des Gaves», Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome VII, 1936.
- (3) Dénombrement général des maisons de la Vicomté de Béarn en 1385 : « L'ostau d'Aramon, faur, or es la fargoe » = la maison d'Aramon, forgeron, où est la forge.
- (4). J.-Adrien BLANCHET : Histoire monétaire du Béarn, Paris, 1893.
- (5) Ph. WOLFF - Fr. MAURO Histoire générale du travail. Tome II : l'âge de l'artisanat, Paris 1960, page 205.
- (6) Ainsi DARTIGUE-PEYROU : La vicomté de Béarn sous le règne d'Henri d'Albret. Paris, 1934.
Abbé LABORDE « La mine de fer de Baburet et les anciennes forges de la vallée de l'Ouzoum», Patriote des Pyrénées, 27-28 juillet 1930.
G, J'ORRÉ « Les mines des Pyrénées des Gaves» (art. cit.).
- (7) Archives communales d'Aste DD, cité dans l'Abbé J. LACOSTE Etude historique sur Aste-Béon, Pau, 1904.
- (8) Ce haut fourneau est mentionné dans le Recueil des Notaires d'Ossau période 1537 à 1553 (Arch dép. B-Pyr).
- (9) Article cité de J-B Laborde, Patriote des Pyrénées du 27-28 juillet 1930.
- (1 0 ) Mémoire de l'intendant Lebret sur le Béarn en 1703. Bull. de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, t. XXXIII, 1905, p. 131.
- (11) L'auteur avait été chargé de rechercher les minéraux des Pyrénées « par un ministre protecteur éclairé des sciences et des arts ». Il s'agit de Bertin, contrôleur général des finances de 1759 à 1763. et secrétaire d'État aux Manufactures royales, Mines, Haras et Bureau d'Agriculture de 1763 à 1776.
- (12) Baron de DIETRICH, ouvr. cit.
- (13) Carte de Béarn par le sieur Flamichon, faite en 1783. Un exemplaire se trouve aux archives des Basses-Pyrénées.
- (14) Cet auteur écrit dans Mémoires pour servir à l'histoire des Pyrénées et des pays adjacents, Pau, 1815: «Les habitants du Béarn sont tellement persuadés du mauvais succès des exploitations minières autres que le fer qu'ils plaignent celui qui s'occupe de la recherche des métaux.» Et Bordeu écrivait dès 1746 qu'on trouve en Ossau des mines de plomb où les entrepreneurs savent fort bien se ruiner (Bordeu : Lettres à Madame de Sorbério, lettre XVI, Amsterdam, 1746).
- (15) Voir J. LOUBERGÉ: «Un manufacturier béarnais à la fin du XVIITe siècle : Jean-Joseph d'Augerot », dans Bull. de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 3e série, t. XXV, 1964.
- (16) Arch départ B-Pyr. B 4598.
- (17) 6 piqueurs, 4 corbeilleurs, 3 trieurs et 2 grilleurs, payés chacun à raison de 20 sols par jour ; ils étaient originaires du comté de Foix.
- (18) B. GILLE Les forges françaises en 1772, 1960, résultat d'une enquête faite sur l'initiative de l'abbé Terray et confiée aux intendants de Province.
H. et G. Bounoni L'industrie sidérurgique en France au début de la Révolution, 1920, travail établi d'après l'enquête organisée en 1788 par le Bureau du Commerce sur les usines et manufactures à feu.
- (19) Montagne d'Arre, sur le flanc nord du vallon d'Arre dans la vallée de Soussouéou. L'emplacement de la mine est marqué sur la carte au 1/50.000e feuille Argelès.
- (20) Voir J. Loubergé : «L'échec de l'exploitation des mines d'Arre et d'Anglas », Bull de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 3e série, tome XXIII, 1963.
- (21) 653 tonnes de blende en 1880, 425 tonnes en 1882. La teneur en argent était de l'ordre de 12 grammes d'argent sur 100 kilos au filon Saint-Sauveur.
- (22) Dans la haute vallée du Valentin, carte au 1/50.000e, feuille Argelès.
- (23) Arch départ B-Pyr : Conseil Général 1890 à 1894 (rapports de l'Ingénieur des Mines).
- (24) On peut rapprocher de cet échec celui, encore plus retentissant, des mines de blende. et galène d'Arrens, dans la vallée voisine du Lavedan ; elles étaient pourtant exploitées par une grosse société financière. G. Jorré : « Les mines des Pyrénées des Gaves », dans Revue Géographique des, Pyrénées et du Sud-Ouest, tome VII, 1936.
- (25) Les bâtiments de l'ancien atelier sont encore visibles à Gourette, ainsi que les stations du câble aérien et du matériel abandonné dans une galerie entre les lacs d'Anglas et d'Uzious.
- (26) Cette exploitation est signalée sur la carte au 1/50.000e, feuille Laruns.
- (27} Arch départ B-Pyr : Dossier Mines (Recherches et exploitations 1912-1919 Liasse Mine de Barthèque).
- (28) Par un certain Baccarère, qui était concessionnaire (Arch B-Pyr, C 628).
- (29) Arch B-Pyr : Conseil Général 1888 (Rapport Ing des Mines).
- (30) Exploitation signalée sur la, carte au 1/50.000e, feuilles Oloron-Ste-Marie.
- (31) Arch B-Pyr, Conseil Général.
- (32) Journal Officiel du ter octobre 1961.
- (33) Arch départ B-Pyr Dossier Mines (Recherches et Exploitations, 1899-1916 et 1912-1919).
- (34) Voir J. LOUBERGÉ « Les gisements de fluorine du col du Pourtalet », Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, t XXXVI 1965.
- (35) Arch départ B-Pyr Dossier Mines, Recherches et Exploitations 1912-1919 (liasse Concession de Mines à. M. Mestre).
- (36) Enquête sur la reprise et le développement de la vie industrielle dans région pyrénéenne (Hautes et Basses-Pyrénées) - Ministère de la Guerre Section économ. de la 18e région (p 180 et 213-214), Bordeaux, 1918.
- (37) Rapport cité, p. 180.
- (38) M. SORRE : Les Pyrénées, coll. Colin, 1922.
- (39) Rapport de M. CHOLIN, ingénieur des mines ; note sur les mines de plomb et de zinc des Pyrénées centrales 1924. - Cité dans G. Jorré : op. cit.
- (40) Le Génie civil du 15 avril 1962: article de V. Charrin.
- (41) Arch départ B-Pyr, Conseil Général 1856 (Rapport du Préfet).


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