La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




FORS BEARNAIS.
Détermination précise de leur origine




leury, dans son histoire du Droit Français, s'exprime ainsi qu'il suit : « La première rédaction de Coutumes que je connaisse est celle des usages de Barcelone, par l'autorité du comte Raymond Berenger- le -Vieux, en 1060. Les anciens Fors du Béarn étaient pour le moins du même temps, puisqu'ils furent confirmés en 1088 par le vicomte Gaston IV. Vers le même temps, c'est-à-dire en 1080 ou environ, Guillaume-le-Bâtard ayant conquis l'Angleterre, fit assembler les plus nobles et les plus sages de chaque comté, et sur leur témoignage fit rédiger les anciennes Coutumes des Anglo-saxons et des Danois, qui étaient mêlés avec eux. » Telle est l'opinion de l'abbé Fleury ; et la plupart de ceux qui, depuis un siècle, ont recherché les origines du Droit Français, ont reproduit cette origine première de nos Fors.
     Ainsi, ces Fors de Béarn que nous publions aujourd'hui seraient le plus antique monument de législation inédite qu'il fût possible de trouver en France.
     C'est pourquoi nous avons regardé qu'avant toute chose il fallait expliquer clairement sous quel point de vue le corps des vieilles lois Béarnaises doit être regardé comme ayant eu son origine au 11e siècle, et comme méritant la primauté d'honneur entre toutes législations féodales de France, puisque nos Fors auraient été rédigés au moins deux siècles avant les Établissements de Saint-Louis. C'est à cette recherche que nous allons nous livrer, après avoir déterminé les différentes parties dont se compose le corps de nos vieilles lois.     Il y a :
  • 1 le For général, autrement appelé vieux For, et qui présidait à toute la nation Béarnaise ;
  • 2 le For de Morlaàs, législation parallèle, analogue, mais dans laquelle se trouvent établies diverses exceptions au For général, privilèges particuliers des habitants de Morlaàs et des cités et bourgs qui étaient associés, sous le rapport des Fors et Coutumes, à la communauté politique de cette ville ancienne ;
  • 3 le For d'Oloron et ceux des trois Vallées, contenant les Fors, coutumes et privilèges de ces parties de la vicomté, privilèges particuliers aux habitants des vallées Pyrénéennes, voisines de la région Espagnole.

     Cherchons, dans ces trois grandes divisions du corps du droit Béarnais, le point le plus ancien, le foyer le plus reculé, afin d'éclairer les diverses époques plus rapprochées qui, chacune, ont apporté leur tribut successif dans la législation des plus anciennes communautés du Béarn.
     Voici un passage célèbre, l'article 16 du For d'Oloron. M. Baynouard en a cité le texte comme le plus ancien document qu'il ait pu recueillir de la prose Romane dans le dialecte Béarnais.
    « Moi Centulle, par la grâce de Dieu, vicomte de Béarn, comte de Bigorre, voulant que cette ville (Oloron) qui était dépeuplée soit repeuplée, de l'avis et avec le secours de mes barons de Béarn, à mon honneur et au profit de tous mes successeurs, j'ai appelé pour cet effet des hommes de diverses parties, et eux appelés ensemble, il m'a plu de leur départir, entièrement d'accord avec eux, les lois, les droits et les franchises.»
     C'est là il faut l'avouer, en fait d'indication positive, le point de départ le plus reculé que nous puissions établir comme origine de notre For. Centulle IV, valeureux guerrier, habile législateur, avait rétabli Oloron et fondé la cathédrale de Sainte-Marie. Le For d'Oloron est à la fois une Charte de fondation de la Cité, et un acte d'affranchissement en faveur des habitants du Béarn qui repeupleront la vieille cité depuis long-temps détruite, par suite des invasions Normandes. Or, cette Charte d'affranchissement, notre For d'Oloron, a été conservée jusqu'à nous inédite durant près de huit siècles ; son intégrité est constatée par une sorte de contre-seing et de légalisation, placée au dernier article au nom de Gaston VII de Moncade, sous la date de 1290, et attestant l'observance non interrompue du For d'Oloron, jusqu'à lui, Gaston VII, qui en publia le renouvellement. L'époque précise de la première fondation par l'acte émané de Centulle IV n'est pas déterminée, mais ce prince régna trente ans, et il mourut en 1088.
     Les Fors des trois Vallées qui suivent celui d'Oloron ne portent point une date aussi ancienne ; ils furent promulgués ou octroyés en 1221, par Guillaume-Raymond de Moncade, vicomte de Béarn. On ne saurait douter que ce ne fût un simple renouvellement des Fors dès long-temps en vigueur, surtout quand on considère la persistance des usages traditionnels parmi les peuples montagnards. Du reste on peut en juger par ce préambule du For d'Ossau. « Soit chose connue à tous présents et à venir, que Raymond de Moncade, par la grâce de Dieu, vicomte de Béarn, entra en Ossau l'an 1221, pour pacifier le différent qui, depuis long-temps, existait entre ses prédécesseurs et les Ossalois sur leurs Fors et coutumes, et ils s'accordèrent par les présentes déclarations. »
     Ainsi en 1221, les difficultés qui existaient entre les seigneurs de Béarn et les Ossalois, furent réglées par le For signé de Raymond de Moncade ; ce n'était donc là qu'une transaction dans laquelle les anciennes coutumes du pays durent être, pour le fonds du moins, religieusement conservées.
     De plus, comme nous le ferons remarquer par la suite dans nos commentaires, on voit aux Fors d'Ossau et d'Aspe un caractère tellement primitif, originel, dans lequel se décèle en traits si hardis la physionomie indomptée des montagnards Pyrénéens, que l'on ne saurait méconnaître la haute ancienneté des clauses qui règlent les rapports de ces peuples avec les seigneurs Béarnais.
     Le For de Morlaàs, à le considérer d'abord dans sa dimension, est beaucoup plus considérable que les Fors particuliers d'Oloron et des trois Vallées. Il porte en tête la date de 1220, et il est octroyé par Guillaume Raymond et tous les prélats, et toute la cour de Morlaàs. Mais nous avons ici une preuve très positive que l'octroi du vicomte Raymond ne fut que le renouvellement d'une concession bien plus ancienne. C'est un article qui se voit au For de Morlaàs et qui porte ce qui suit :
     « Moi Gaston, vicomte de Béarn, octroie volontairement et avec bonne foi, et de mon plein gré, pour moi et pour toute ma génération, à toujours, jusqu'à la fin des siècles, etc.... et moi, Talèse, vicomtesse, et moi Centulle, son fils, le confirme ; et cette Charte avons posée nous tous trois sur l'autel de Sainte-Foi, promettant à Dieu et à tous les habitants de cette ville, qu'ainsi comme est écrit, par nous et notre race elle sera tenue et observée. »
    Ainsi, le même For de Morlaàs, octroyé en 1220, par Raymond, avait néanmoins été juré deux siècles auparavant par l'illustre prince de la famille Mérovingienne qui, au 11e siècle, avait tant glorifié le nom Béarnais, en inscrivant son nom parmi les vainqueurs de Jérusalem. Sans doute un grand nombre de clauses s'étaient, du 11e au 12e siècle, progressivement ajoutées au For primitif ; mais il n'en est pas moins vrai que, pris dans la généralité ou dans ses rubriques primitives qu'il est facile de déterminer, le For de Morlaàs n'appartienne, comme législation, au temps les plus reculés du moyen-Age. Si en effet elle fut donnée et jurée sur l'autel de Sainte-Foi, à Morlaàs, en 1080, il fallait bien que dès-lors elle fût depuis longtemps autorisée comme législation coutumière ; car, une telle législation, on ne la promulgue pas, on déclare qu'elle existe.

     Passons maintenant au For général, le corps principal de nos lois Béarnaises. Dans l'ancien droit féodal, indépendamment de la coutume générale de la province, soumettant la généralité des habitants, il pouvait être octroyé à titre de privilèges, des lois particulières qui dérogeaient en matière plus ou moins grave aux dispositions de la loi commune. Cette observation fait comprendre le rapport qui existe d'une part entre les Fors de Morlaàs, d'Oloron et des trois Vallées, et d'autre part le For général, commun à toute la terre de Béarn, sauf les exceptions prévues par des Fors à part et destinés aux communautés privilégiées. Or le For général, par là qu'il est la loi commune, est donc aussi au fond la loi supérieure, celle qui domine les Fors particuliers, qui forme leur lien central, et par conséquent a dû les précéder.
     Aussi allons-nous démontrer que le For général est pour le moins de la même ancienneté que tous les autres. Mais ici la question est plus difficile, elle demande une assez longue discussion ; nous paraîtrons un instant aller contre l'ancienneté du For ; mais ce sera dans le but d'établir cette ancienneté sur des bases dont la solidité ne saurait être mise en doute.
     Voici le premier article du For général, l'article de rénovation :
     « Soit chose connue de tous, que le Seigneur Gaston, vicomte de Béarn, l'an de N. S. 1288, Sans, évêque de Lescar, et En Bernard, évêque d'Oloron, en Cour plénière au château de Pau, devant les barons de Béarn, renouvellent les coutumes établies par les ancêtres. »
     C'est là une date précise, 1288 ; c'est la date, non pas d'une fondation, mais d'une rénovation. Cependant, appuyé sur la persuasion d'ailleurs très-fondée, que le For remontait au 11e siècle, M. de Marca a établi que cette date de 1288 était une erreur manifeste ; que la prétendue rénovation de Gaston VII de Moncade devait être attribuée à Gaston IV, antique législateur du Béarn ; que le nom de Gaston VII n'était là que par une erreur de copiste, et la date 1288 pour celle de 1088. Cet historien rapporte avoir vu cette assertion relatée dans une glose latine d'un manuscrit du 14esiècle.
     Nous réfuterons l'assertion de l'ancien historien du Béarn, assertion qui laisserait supposer que depuis deux siècles les manuscrits du For se seraient transmis une erreur fortuite sans qu'il fût possible de déterminer l'origine de cette erreur. Puis nous démontrerons l'ancienneté du For par des arguments plus réels que la prétendue erreur d'un copiste transmise sur tous les manuscrits.
     Et d'abord, remarquez que dans le premier article ce n'est pas seulement ce même Gaston VII qui coïncide avec la date de 1288, c'est encore les noms des deux évêques d'Oloron et de Lescar qui ont, selon l'antique usage, signé la rénovation du vieux For avec le seigneur souverain. Or, Sans et Bernard sont bien réellement les deux prélats contemporains de Gaston VII, comme on peut le voir dans la Gallia Christiana, grand ouvrage rédigé sur les cartulaires, les livres d'or, des documents communiqués à MM. de Sainte- Marthe par les évêques de tous les diocèses de France.
     Mais si l'erreur n'a pas été fortuite, peut-être dira-t-on qu'elle a été volontaire, et pour le prouver, on invoquerait les circonstances relatées au préambule du For.
     Il est dit, en effet, dans cet étrange et d'ailleurs si remarquable préambule, qu'avant d'aller porter la couronne vicomtale à l'enfant au berceau qui fut Gaston VI, chef de la maison de Moncade ; qu'avant d'exercer deux fois la justice indépendante du pays, en immolant deux princes qu'eux-mêmes avaient élu, il est dit que les Béarnais étaient sans Seigneur. Sur ce texte, il y en a qui supposent que ceux de Béarn, par une affectation singulière et qui s'est vue à une époque très-rapprochée de nous, auraient effacé tous les souvenirs des siècles antérieurs, brisé tout lien de communauté avec les traditions de la vieille patrie, et substitué sciemment le nom d'un prince plus récent, aux Centules et aux Gaston IV, nobles seigneurs qui avaient précédé sur la terre de Béarn l'avènement de la maison Catalane de Moncade ; et alors on aurait librement effacé le nom de l'ancien Gaston IV, pour y substituer celui de Gaston de Moncade, le nom de la dynastie élue.
     Mais une telle supposition est contraire à toutes les vraisemblances de l'histoire du moyen-âge. Une telle passion démocratique est par trop prématurée et ne pouvait guère avoir lieu au 13e siècle, au temps des guerres Albigeoises, au temps de Saint-Louis, au centre de la ferveur religieuse et de cet esprit féodal qui asservissait la monarchie française, au Nord aussi bien qu'au Midi. Ce n'était pas le temps des sanglante réactions de la Jacquerie ; ce n'était pas le temps où l'on eût voulu rompre avec les traditions des aïeux. Les Béarnais, et quelque fussent leurs ressentiments contre des princes qu'ils avaient tour-à-tour élus ou immolés, ne pouvaient avoir oublié la race antique et généreuse de leurs anciens seigneurs, les Centules et les Gaston IV ; ce dernier surtout qui avait porté au-delà des mers et par delà les monts la gloire de son pays, et laissé après lui une auréole si pure, un si grand souvenir de son règne sur la terre de Béarn.
     Et enfin, nous ne croyons pas, comme beaucoup en Béarn, que ces premiers mots inscrits au préambule du For : « Anciennement il n'y avait pas de seigneur en Béarn, » doivent être pris dans un sens absolu, comme si c'était une profession de principe, un mensonge fait sciemment, afin de rejeter dans l’ombre tous les temps antérieurs à ce premier exercice de la souveraineté Béarnaise, et de placer à cet acte étrange le point de départ de leur nationalité. Je crois que tout simplement ce mot veut dire, qu'en ce temps, dès-lors ancien, la seigneurie était vacante, et que le peuple était rentré dans son droit d'élire son seigneur ; cela était d'ailleurs conforme au fait historique, à l'extinction de la ligne directe des seigneurs Mérovingiens en Béarn. Et ainsi, il serait inutile d'exagérer le sens de ce préambule, d'ailleurs si curieux, du vieux For.
     C'est pourquoi, et par ces diverses considérations, nous persistons à maintenir au temps de Gaston VII la rénovation que Marca attribue à Gaston IV ; la date de 1288 nous paraît devoir aussi être conservée, d'autant plus que l'assertion de Marca ne s'appuie que sur une note inscrite par un glossateur sur un manuscrit du 14e siècle : le texte de tous les manuscrits, et même celui auquel se réfère notre auteur, portant uniformément cette date de 1288.

    Maintenant, après avoir établi le vrai point de départ de la promulgation du For général, c'est-à-dire au 13e siècle, vers les commencements de la maison de Moncade, nous devons nous hâter de reconnaître, et même de confirmer une opinion conforme au fond à celle de Marca, savoir, que si ce savant s'est trompé en reportant à Gaston IV la rénovation faite par Gaston VII, il est néanmoins certain que le même For étant une rénovation, était dans sa généralité la loi coutumière du Béarn bien avant le 13e siècle.
     Et pour démontrer ce dernier point, reprenons le For d'Oloron, qui contient le plus ancien texte au moins authentique de tous nos Fors.
     Ce For, avons-nous dit, est une Charte d'affranchissement, chose rare au 11e siècle près d'un demi siècle avant Louis-le-Gros, auquel les premiers actes de ce genre sont attribués en France ; elle est donnée par Centule aux gens qui viendront s'établir dans l'ancienne ville d'Oloron, rétablie et repeuplée par le seigneur de Béarn. Or, dans la teneur de cette Charte, il est dit expressément que Centule leur accorde des Fors plus avantageux que les Fors existants. Il est dit aussi que les premières communautés du Béarn se sont établies conformément au For général, bien avant la présente restitution d'Oloron. La même chose est répétée à l'art. 33 du For général, sous la rubrique des Ossalois, et l'on ajoute en propres termes que : sous les auspices du For général les gens de Béarn se sont réunis en peuple.
     « Auquoau totes las gents de la terre de Béarn son poplades. » Donc le For général existait avant le 11e siècle, avant le rétablissement d'Oloron par le bon seigneur Centule IV.
     Sans doute il peut y avoir quelque difficulté sur le sens de cette assertion que les communautés Béarnaises se seraient formées sous les auspices du For général. Nous avions pu penser que sous le nom de For général, il était fait une allusion au droit commun, au droit écrit, au droit romain, dont la tradition plus ou moins confuse avait été entretenue par le Breviarium Alaricianum, promulgué en Gascogne au 6e siècle, et que depuis ce temps n'avait pas dû disparaître de nos contrées. Cependant, en observant de plus près cette expression et la rapprochant des autres passages que nous avons cités, nous aimons mieux croire avec notre savant guide Pierre de Marca, qu'il s'agit ici de la plus ancienne coutume, des plus anciens privilèges qui aient été donnés au peuple Béarnais.
     Ce que nous allons ajouter confirme suffisamment ce qui vient d'être établi.
     Il y a dans l'intérieur, mais surtout dans la première partie du For général, des rubriques sans détermination du législateur, et qui portent spécialement le titre de « Texte du For général. » En examinant de près ces rubriques, on voit qu'elles tiennent de plus près à l'esprit de la féodalité le plus vif et le plus ancien. Pourquoi, dans un corps de lois à l'intégrité duquel le temps et l'usage ont perpétué le titre de For général, pourquoi certaines rubriques portent-elles ce titre plus spécialement ? C'est que dans le travail successif qui avait amené la complète rédaction du code Béarnais, il dut y avoir un certain nombre de textes maintenus par le respect et par le souvenir du public, textes qui doivent se rapporter aux premiers temps de la Coutume. Dans le For général que nous publions, renouvelé au 13e siècle, on peut recueillir les rubriques qui constituent, à proprement parler, cet ancien et véritable For général, contemporain de Gaston IV et de Centulle son père, le même Centulle qui, au 11e siècle, constate l'existence du For général de Béarn dans sa charte sur le rétablissement d'Oloron.
     Du reste, il est facile de distinguer ces articles plus anciens qui constituent l'ancien For. En effet, la plupart des articles de notre manuscrit se composent de règlements de la Cour Majour. Or les articles qui ne sont pas donnés comme règlements de cette Cour, et qui ne sont pas promulgués par quelque seigneur d'un temps plus rapproché, peuvent être regardés comme appartenant à cette première époque, lors même qu'ils ne portent pas la suscription de texte de For général.
     Et enfin, si nous comparons le For général avec le For de Morlaàs sur lequel se trouve relatée de la manière la plus authentique la rénovation qui en fut faite par Gaston IV, sur l'autel de Sainte-Foi, nous verrons les détails de ces deux Fors se confirmer ou se suppléer tellement, qu'il est difficile de ne pas les regarder comme une législation de la même époque, avec cette différence que la loi générale devait être antérieure à la loi donnée à Morlaàs au 11e siècle et renouvelée au 13e, car après tout, les privilèges particuliers doivent être postérieurs à la règle dont ils sont l'exception.
     Nous ne parlons pas ici des Fors d'Oloron et des trois Vallées qui conservent une admirable homogénéité toute primitive ; nous insistons sur le For de Morlaàs parce qu'il suit un parallélisme parfait à l'égard du For général. Il a aussi lui ses diverses époques ; il faut y distinguer les rubriques primitives qui constituent le For de Morlaàs, proprement dit, d'avec les articles introduits par les seigneurs qui vinrent ensuite, les adjonctions coutumières, arrêts et règlements de la Cour Suprême. Marca cite le For de Morlaàs primitif, traduit en latin, tel qu'il l'a trouvé dans les archives de la ville d'Orthez ; la copie porte la date de 1220. Mais comme nous l'avons montré, ce n'est qu'une copie du For donné à Morlaàs par Gaston IV. D’après ce texte, peu considérable si on le compare au For de Morlaàs dans son entier, il est facile d'y reconnaître la souche première à laquelle les générations qui ont suivi ont apporté des accroissements successifs ; et ainsi ce for primitif de Morlaàs, dont les articles forment la première partie de celui que nous mettons au jour, remonte au-delà du 11e siècle.
     Il y a bien aussi d'autres indications que nous pourrons faire remarquer dans notre commentaire courant, et qui confirmeraient l'ancienneté du For général ; bornons-nous à relever une dernière circonstance.
     A la rubrique XIX on voit la détermination des grands chemins qui sillonnaient le Béarn dans sa triple direction, et sur lesquels le vicomte avait droit et devoir de surveillance, afin de les tenir sûrs de toute dévastation, de les garantir contre toute violence à l'égard des voyageurs. L'un de ces trois chemins va de Geyres à Buzalet, en Ossau ; or, Geyres, où fut depuis le monastère de Saint-Pé, et qui est cité ici comme un point du Béarn, avait été aliéné en 1080 par le vicomte Centulle IV, et concédé à Pons, évêque de Bigorre ; il y eut, sur cet objet, de longues contestations élevées par les évêques de Lescar. Cette rubrique XIX se référerait donc à une époque antérieure au 12e siècle.

     Après avoir ainsi rétabli l'ancienneté du For général, tout en réfutant le procédé qui voudrait fonder cette ancienneté sur une prétendue erreur de date, fortuite ou volontaire, nous pouvons déterminer trois époques générales dans lesquelles il faut placer la composition du For, d'ailleurs trop plein de confusion, tel qu'il est contenu dans notre manuscrit.
     La première époque, nous venons de l'établir, contient le 11e siècle, les plus anciennes coutumes féodales ; nous avons indiqué quelques moyens de reconnaître les articles, d'ailleurs sans date, qui appartiennent à cette époque reculée.
     La 2e époque est représentée par le 13e siècle, sous les premiers princes de la dynastie de Moncade. A cette époque il faut rapporter le plus grand nombre des règlements de la Cour Majour, la plupart des actes des princes, particulièrement la rénovation, qui est au début, et qui est de Gaston VII, enfin le préambule qui se rapporte à Gaston VI à la main ouverte, premier prince de cette même maison de Moncade. Chaque seigneur, en parvenant au trône vicomtal, renouvelait pour sa part les fors et coutumes transmises par les aïeux. C'était comme l'édit du préteur dans l'ancien empire ; le fond se reproduit à chaque avènement, mais toujours associé à des modifications nouvelles, à des règlements qui, plus tard, formèrent corps avec le dépôt sacré de la plus ancienne législation.
    La 3e époque contient le 14e siècle, dont plusieurs actes sont datés au For général. Nous lisons que la vicomtesse Marguerite, en 1303, donna une rédaction définitive des fors, tant généraux que particuliers, et ordonna de plus que les établissements, règlements et arrêts, tant du Seigneur et de la Cour Majour que des Cours de Vie, fussent compilés et formassent le corps général des lois du pays. Les successeurs de Marguerite, les vicomtes Archambault, Jean, Gaston Phoebus, Mathieu de Castelbon , ajoutèrent aussi quelques règlements. Alors vinrent les foristes qui réduisirent le tout en rubriques et en articles, et rédigèrent le volume dont nous publions ici l'unique édition.
     Voilà ce que nous pouvons dire de plus clair sur les époques de nos fors. Le malheur est que le plus grand nombre des articles n'ait aucune date et que l’œuvre des foristes ait été exécutée avec trop peu de discernement ; de sorte qu'il est bien difficile de s'orienter dans ce labyrinthe, où l'ordre du temps et celui des matières sont également méconnus par les compilateurs officiels du 14e siècle. Heureux du moins qu'ils aient conservé les trois éléments qui nous servent à marquer notre triple division dans le temps : 1e la suscription et la date des arrêts les plus récents ; 2e la formule des règlements de Cour Majour ; 3e les « textes de For général, » dont le fonds constituait le for primitif !
     Le manuscrit unique sur lequel nous publions les Fors de Béarn appartient à la dernière des trois époques. L'acte le plus récent dont la date y soit exprimée est de 1398, sous Mathieu de Castetbon. Nous trouvons un acte de 1444 non pas aux fors, mais aux adjonctions qu'on y a réunies, vers la fin du volume. Il contient 200 pages in-4-°, et le caractère de l'écriture est bien celui de l'époque que nous indiquons, ainsi qu'on peut le voir par un fac-similé qui sert de pièce justificative au chapitre consacré à l'analyse du for, dans la nouvelle histoire du Béarn.
     A diverses époques il a existé plusieurs manuscrits des anciens fors. Marca, en 1640, écrit qu'il a conféré plusieurs manuscrits fort corrects. Vers le milieu du siècle dernier, il existait un manuscrit précieusement conservé dans le coffre des Etats, et qui est décrit par un commentateur de la coutume renouvelée. D'après cette description, il y a une parfaite concordance entre cet exemplaire et le nôtre ; mais aussi une entière différence de pagination nous indique suffisamment qu'il ne saurait y avoir aucune identité entre ces deux exemplaires.
     Il est à regretter que notre manuscrit, qui a été trouvé parmi les pièces du Trésor de Pau soit désormais l'unique, à notre connaissance du moins. C'est le manuscrit des Etats qui a été perdu ; le nôtre est celui qui était depuis plusieurs siècles conservé au trésor, et nous ne savons qu'un seul écrivain qui paraisse l'avoir consulté jusqu'ici. Nous désignons ici M. Faget de Baure, conseiller à la Cour de Cassation, qui, dans ses Essais historiques sur le Béarn, a consacré un chapitre plein de détails et de haute sagacité sur l'antique législation de son pays.
     Quant aux difficultés de l'interprétation, et à part de celle de donner un texte correct, qu'il nous soit permis de faire ici une simple observation. Entre autres raisons de la nécessité d'un nouveau For, alléguées en 1551 par le roi de Navarre dans ses considérants, il dit que les anciennes coutumes « étaient écrites en langage inintelligible, et contenaient beaucoup d'endroits contradictoires et confus. » Auguns artigles dequeras eran en lengage no intelligible, et en auguns endrets confus et contrariants.
    Après avoir établi l'époque exacte à laquelle il faut attribuer la plus antique rédaction des vieux fors, nous allons aborder quelques considérations d'un ordre plus général, et dire quel intérêt s'attache à notre manuscrit, par rapport aux autres monuments juridiques du moyen-âge.

   Sources

  • A MAZURE, J HATOULET, Fors de Béarn, Législation inédite, Imprimerie de E Vignancour, Pau.



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