La vallée d'Ossau :            
          Culture et Mémoire



Histoire de la vallée d'Ossau



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Les origines |  L'influence de Rome |  Les premiers temps chrétiens |  La féodalité |  La jurade |  Le Pont-Long |  Les traités de lies et passeries


ierre de Marca, éminent historien, archevêque de Paris, ministre d’État et négociateur du Traité des Pyrénées affirmait, dans son Histoire du Béarn, que les Ossalois "étaient aussi élevés et sourcilleux que les rochers de leurs montagnes".

Singulière histoire que celle de cette petite communauté montagnarde, essentiellement composée à l'origine de pasteurs semi-nomades, qui n'a cessé au cours des siècles d'affirmer sa préséance au sein de la société politique béarnaise et de défendre ses privilèges et territoires conquis "per costume et memoria pergude".

   Les origines  

  La présence humaine est attestée en Ossau dès la fin de la dernière ère glaciaire. Les grottes de Saint-Michel à Arudy, d'Espalungue et de Malarode ont montré des traces de la révolution néolithique. La toponymie nous renseigne sur les premières occupations de la vallée. Laruns vient ainsi du basque et signifie "le lieu des landes en grand nombre". On trouve d'ailleurs un Berrogain-Laruns en pays Basque. D'autres indices, y compris dans les survivances de traditions populaires, attestent cette filiation aujourd'hui oubliée...

   L'influence de Rome  

  C'est sous le consulat de César (59-61 avant J.C.) que Rome entreprend la conquête des Gaules. Les tribus Celtibères qui peuplent alors la chaîne pyrénéenne sur ses deux versants sont issues de la même origine et parlent la même langue. Ce sont les Osquidates qui vivent dans la région d'Oloron et les vallées d'Aspe, Ossau et Barétous [Osquidates montani]. César et son lieutenant Publius Crassus parviennent à soumettre les diverses tribus pyrénéennes sans parvenir cependant à occuper les territoires des régions montagneuses. L'administration romaine s'installe à Illuro (Oloron) où siège le diumvir, à la fois juge et administrateur. Sous son autorité, un magister est placé en vallée d'Ossau. L'influence de Rome est certes moindre en Ossau que dans la proche vallée d'Aspe où l'on construit la voie reliant Beneharnum (Lescar) à Cesareaugusta (Saragosse) [là où passera bien plus tard l'un des grands chemins de Saint-Jacques]. Cependant, c'est à cette époque que la population ossaloise, principalement pastorale jusqu'alors, est initiée aux techniques agricoles (culture du millet, du seigle et de l'orge, défrichage des terres arables). Le Bas-Ossau et la plaine de Bielle où le magister a établi sa villa (qui n'est pas sa résidence mais le chef lieu du territoire sur lequel il exerce son autorité) connaissent ainsi une première période de croissance économique. Dans la haute vallée, faute de terre défrichée, le pastoralisme demeure la principale source de revenus.

  L'occupation romaine dure ainsi cinq siècles et imprègne progressivement la culture Celtibères : la cellule familiale s'affermit, le droit de propriété privée sur les terres défrichées apparaît, la langue change. Toutefois, les terres boisées et les pâturages demeurent dans l'état d'indivision communautaire des premiers temps.

    Les premiers temps chrétiens  

  Hormis les élites converties au christianisme, les populations osquidates restent longtemps paganisées. Une forme de panthéisme est entretenue dans le culte rendu aux astres, à l'eau, à la terre et au feu, aux arbres et à toutes les manifestations de la puissance de la nature. Le christianisme semble faire sa véritable apparition en Ossau à la fin du Ve siècle. C'est à Saint-Grat, jeune évêque d'Oloron issu de souche celtibère, que l'on doit la conversion des populations montagnardes. Étroitement lié aux habitants dont il partageait la langue, il parvient à faire entendre la prédication de l'Église et à susciter les conversions. Bielle et le Bas-Ossau sont certainement évangélisés lorsque l'enfant de Lichos meurt vers 507-510.

  Au fil des siècles, les invasions des peuplades se succèdent. Viennent les Vascons, puis les Arabes, puis les Normands. Ceux-ci mettent le siège devant Bielle après avoir rasé Oloron et Lescar. Les versions diffèrent sur le sort du bourg. Certains auteurs mentionnent la destruction de la ville. La tradition, plus gaillarde, préfère se souvenir d'un combat héroïque, adaptation locale de la lutte de David contre Goliath. Pour libérer la belle Margalide, prise en otage par le chef normand, le seigneur de Béon défie l'odieux Viking. Après avoir mis son sort entre les mains de la Vierge, il triomphe par ruse et décide, pour honorer sa protectrice, de lui faire élever une chapelle sur les lieux du combat. Notre-Dame de l'Ayguelade est née.

  L'influence chrétienne sur l'histoire d'Ossau ne se limitera pas à la dimension spirituelle. Venus du monastère aragonais de San Juan de la Peña, foyer de la Reconquista espagnole, les Bénédictins s'établissent à Bielle, capitale de la vallée. Sous leur direction avisée, la plaine alluvionnaire de la vallée est défrichée et le cours du gave canalisé entre Geteu et Izeste. De même, le vaste étang marécageux qui s'étendait autour de Belesten (d'où le nom du village) est assaini. Ces premiers "grands travaux" tentant de soumettre la nature aux impératifs de la production économique conduisent à une nouvelle ère de prospérité.

    La féodalité  

  Les textes rapportent l'existence d'une vicomté d'Ossau vers le Xe siècle.

    La Jurade  

  Héritière du grand Conseil d'Ossau dont l'existence est attestée dans une charte de 1319, la Jurade apparaît dans le courant du XIVe siècle. Les jurats, délégués par chacune des dix-huit communautés établies en Ossau, se réunissaient à Bielle, capdulh de la vallée, dans le segrary (sacrarium) de l'église Saint-Vivien. On peut y accéder encore aujourd'hui de l'extérieur par un escalier de pierre. C'est là que se trouvait le coffre de bois, aux trois clés, qui renfermait les registres des délibérations, les titres de propriété et de bornage des montagnes générales et du Pont-Long.

  La Jurade assumait deux fonctions principales : elle veillait au bien être matériel des habitants (réglementation économique mais aussi protection de l'ordre public) et assurait le respect des droits et privilèges hérités du passé (par l'action en justice, la négociation des traités de lies et passeries, et parfois aussi en recourant à la violence). Le jurat le plus ancien de Laruns présidait les séances. Il avait pour assesseurs les jurats de Bielle et de Sainte-Colome. Puis venaient, dans l'ordre protocolaire, les jurats de Bilhères, Louvie-Juzon, Buzy, Arudy, Castet, Béost, Sévignacq, Gère-Bélesten, Aste-Béon, Aas, Izeste, Bescat, Louvie-Soubiron, Assouste et Geteu.

    Le Pont-Long   

  C'est en vertu d'un droit propre, acquis par une longue possession ininterrompue, que les Ossalois se rendirent propriétaires du Pont-Long ...

    Les traités de lies et passeries  

  Dès le Moyen Âge, la vallée d'Ossau a signé avec ses voisins des traités de lies et passeries précisant par écrit les obligations réciproques des cocontractants en matière d'utilisation des terres, de saisie du bétail, de tribut annuel. La vallée est ainsi la première communauté pyrénéenne à utiliser cette technique (la première charte dont on ait trace est signée en 1187 entre les vallées d'Ossau et d'Aspe). Elle est aussi celle qui l'utilisera le plus. On compte près d'une vingtaine de traités signés, avec d'autres communautés du versant Nord : Aspe (1187, 1225, 1270) ; Lescar (1243) ; Pau (1278) ; Morlaas (1338) ; Barèges (1258) ; mais aussi les voisins du versant Sud : Tena (1328, 1552, 1646), Anso (1379, 1514), Hecho (1514), Aragues ; Canfranc (1277) ; Villanua (1514) ; Jaca. Outre les traités signés par la Jurade au nom de l'ensemble de la communauté, quelques villages négocient aussi des traités pour leur propre compte. Béost signe en 1501 une charte avec Arrens. Bilhères signe en 1563 un traité avec Escot.

   Les historiens se sont longtemps divisés sur la nature juridique et politique de ces conventions. Pour Henri Cavaillès, il s'agit de traités internationaux signés par de petites nations. Pour Christian Desplat, il ne faut y voir que des contrats d'ordre économique réglant des conflits de propriété. Si la première analyse n'est pas dénuée de romantisme et peut à première vue paraître séduisante, la dernière position nous semble plus convaincante. Il convient en effet de se garder des anachronismes et de la tentation d'appliquer au passé les catégories juridiques ou conceptuelles du présent. La notion de nation comme celle de droit international n'existe pas en tant que telle au Moyen Âge. Au-delà cependant des querelles d'universitaires, on peut noter une évidente créativité juridique des auteurs de ces chartes et relever, pour s'en désoler, que la proximité des liens avec les vallées espagnoles est au Moyen Âge plus forte qu'aujourd'hui.


Rubriques connexes

  Géographie        Économie       Pastoralisme


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