La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




HISTOIRE DE LA VALLÉE D'OSSAU



on histoire est aussi obscure dans les temps antérieurs au christianisme que pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne. A peine, retrouve-t-on les traces des Ibères et des Cantabres, ces vieilles races implantées dès la plus haute antiquité sur le sol du midi de la Gaule.
     Les mosaïques découvertes à Bielle en 1842 prouvent jusqu'à l'évidence le passage des Romains et leur séjour dans la contrée ; ces souvenirs immortels de leur domination, ces pages écrites sur le marbre et la pierre devaient défier les révolutions et arriver jusqu'à nous, malgré les efforts de la race conquise pour amonceler ruines sur ruines.
     Le Bas-Empire voit les Cantabres secouer le joug des Romains, se former en Etat indépendant, et placer à leur tête un chef héréditaire avec le titre de vicomte, résidant à Castet-Gélos.
     Au commencement du douzième siècle, l'État est incorporé dans le Béarn, et depuis lors la vallée suit les destinées plus ou moins glorieuses de cette cour chevaleresque.
     Ses armoiries portent un ours et un taureau dans l'attitude du combat et séparés par un hêtre avec cette légende : Ossau et Béarn, vive la vacca !
    Est-ce l'emblème de l'agriculture, transformant peu à peu les lieux incultes et détruisant les animaux carnassiers qui peuplaient les montagnes ; ou n'est-ce pas plutôt une allusion aux combats que les ours et les taureaux se livraient dans les pâturages des hauts plateaux ?
     Quant à ces populations paisibles d'aujourd'hui, les anciens chroniqueurs nous les représentent comme étant jadis un peuple avide, remuant, se précipitant sur les bourgades voisines, faisant des excursions audacieuses et dévastatrices jusque dans les villes de Pau, de Lescar, de Morlaàs, ravageant fout et remportant au foyer domestique le produit de ses incessantes rapines.
     Ces dispositions à piller et à rançonner les gens devaient nécessairement les transformer en puissance redoutable et redoutée.
     Olhagaray, l'historien des comtes de Foix, en rapportant les différends des Ossalois pour la possession de la lande immense de Pont-Long (qui s'étend du gave du Béarn aux portes de Dax) avec Henri II, dit :
     « Que ces montagnards superbes ne savaient endurer dans la prunelle de leur liberté aucune atteinte, si petite qu'elle fût, poussée même de la main du roi, ce qui est considérable. »
     Une bulle du pape Jean au treizième siècle, ordonnant une trêve à ces sanglantes querelles, prouve aussi la vérité de cette autre assertion :
    « Quand ces terribles montagnards descendaient dans la plaine, enseignes déployées, ils ne se retiraient qu'en laissant partout sur leurs pas le sang, les ruines et la désolation. »
     Voici comment un membre du syndicat du haut Ossau, décrit le type original et bien tranché de ses compatriotes, que caractère, mœurs, institutions, privilèges, tout enfin distinguaient de leurs voisins.
     « Inquiet, turbulent, ennemi de la moindre contrainte, poussant jusqu'à la méfiance le soin de ses propres intérêts, brave jusqu'à la témérité, pauvre, mais fier et toujours plus fier que pauvre, sachant par intérêt courber la tête, mais pour la relever aussitôt plus haute et plus altière, tel à grands traits, son histoire le dépeint.»
     « Tel il est encore au dix-neuvième siècle, avec moins de feu et plus de poli.»
     Au dire d'un juge bien compétent, M. Moreau, le Béarnais d'aujourd'hui, pur sang, demi-sang et citadin devenu montagnard, aime beaucoup l'argent et surtout l'argent étranger au pays.
     Du reste, très-poli, obséquieux même, il ne conserve plus de traces de l'esprit aventureux, turbulent et guerrier de ses aïeux. Sa vie agricole et pastorale lui inspire des mœurs douces, pacifiques et pures.
     « Il y a dans leur physionomie souriante, dans l'aménité de leur accent, dans la politesse de leurs manières, quelque chose qui plaît et attire, et qui révèle la paix, la candeur, la sérénité de leur âme. » (Abbé Guilhou)
    Ceux qui contestent cette excessive bonhomie trouveront ce portrait un peu flatté ; s'il nous était permis de hasarder une opinion personnelle, nous ferions observer que rien ici ne tranche trop fortement avec les mœurs des autres parties de la France. L'Ossalois ne vaut ni plus ni moins que le Breton, que l'Alsacien, que le Provençal ; il y a chez lui comme chez les autres des vices et des vertus ; et l'on peut citer autant de traits d'avidité et d'égoïsme, que de preuves d'honnêteté et de désintéressement.
     Toute la vallée compte aujourd'hui dix-sept à dix-huit mille habitants.
     Fidèles aux instructions de leur enfance, les Ossalois portent profondément gravé dans leur coeur le sentiment religieux, qui se manifeste par une vénération particulière pour la Vierge Marie.
     Il y a lieu de penser que le druidisme, ce premier progrès sur les religions primitives de la Gaule, avait pénétré dans les montagnes des Pyrénées ; l'aspect de l'énorme bloc de granit, posé horizontalement sur sept pierres verticales, que l'on aperçoit à Buzy, rappelle les dolmens, ces monuments druidiques que l'on trouve en Bretagne, et qui ont si bien résisté à l'action dissolvante du temps !
     Au seizième siècle, sous l'influente et active protection de la cour béarnaise, la Réforme avait fait des progrès si rapides que toute la contrée était devenue protestante, mais l'édit de Louis XIII et ses manifestations personnelles, renversèrent à tout jamais les nouvelles doctrines.
     Le culte pour ceux qui ne sont plus, a été toujours religieusement observé. Lors des enterrements, des chants funèbres accompagnent les morts à leur demeure dernière, des éloges sont psalmodiés en leur honneur sur un ton lugubre et des pleureuses attitrées improvisent en prose rimée le panégyrique du défunt.
     La plupart des habitants ont appris dans des écoles dirigées par leurs pasteurs la lecture et l'écriture, mais leur instruction se borne le plus souvent à ces principes élémentaires.
     De temps immémorial, l'état agricole et pastoral a été en honneur dans la vallée.
     Les plaines, les coteaux des vallons qui s'y rattachent, et les basses pentes des montagnes sont admirablement cultivés, et la main de l'homme transforme en champs ou en prairies les moindres lambeaux de makis qui se présentent à ses yeux. Chaque famille possède son coin de terre, malheureusement cette extrême division de la propriété s'oppose au développement de la grande culture. Un petit champ, une exploitation minime ne se prêtent pas aux améliorations progressives, et l'on retourne insensiblement aux usages traditionnels de l'état de nature. Du moment où le champ suffit à la subsistance de la famille, vous n'avez pas le droit d'exiger davantage.
     Les troupeaux forment sans contredit la principale richesse du pays ; dès le printemps commence l'émigration aux hautes montagnes ; chaque commune possédant de vastes terrains couverts de bois et de pâturages, les bergers du village campent dans des prairies distinctes. Leurs cabanes se dressent humblement sur les plats verdoyants des plateaux aux splendides pelouses, aux ruisseaux murmurants.
     Il existe en outre des montagnes, propriété de toute la vallée et dont l'administration est confiée à un syndicat spécial. C'est là que s'opère l'exploitation des bois par le schlittage, pour lequel sont établis ces pittoresques et fantastiques escaliers que l'on aperçoit sur la route de Gabas, et le long desquels des hommes aguerris descendent des sapins et des hêtres d'une longueur énorme !
    Pendant que les hommes passent sur les hauteurs une partie de l'année, bravant le froid et la neige, l'orage et l'avalanche, pour veiller sur les troupeaux et convertir le lait des brebis en fromage, les femmes du hameau se consacrent aux rudes labeurs du ménage et aux travaux de l'agriculture.

   Sources

  • Prosper de PIETRA SANTA, Voyage-Topographie-Climatologie, JB.Baillière et fils, Paris 1862



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