La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




INNONDATION 26 BRUMAIRE AN IX
17-Novembre-1800




la suite des vents du, sud et du sud sud-ouest, qui ont régné durant quelques jours, il plut abondamment le 12 et le 13 novembre 1800 ; le 14 le temps fut seulement couvert ainsi que le 15 ; mais le 16 il plut une grande partie de la journée ; et le 17 la pluie devint continuelle, ce qui fit monter les eaux à une hauteur extraordinaire, telle que les anciens se rappelaient l'avoir vue en 1730. Le pont de Jasses sur le Layon, celui de Laroin, furent emportés, etc. etc.
    Mais la partie du département des Basses-Pyrénées où les eaux causèrent les plus grands dégâts, fut la vallée d'Ossau, dénombrés dans mon mémoire ayant pour titre : Observations faites au Pic du Midi, et que je crois devoir rapporter de nouveau, comme étant plus approprié au sujet dont nous nous entretenons. Voici la manière dont je m'exprimais :

     En arrivant à Laruns, je m'empressai de, considérer les ravages naguère occasionnés par le furieux débordement d'un torrent qu'on nomme l'Arriousé, qui se précipite, avec un grand fracas, des montagnes boisées, situées à l'ouest de ce lieu. Ce torrent ayant grossi considérablement à la suite d'une grande pluie, franchit ses bords le 26 brumaire an 9 Calendrier grégorien : 17/11/1800; les eaux, sorties de leur lit ordinaire, se répandirent avec autant d'abondance que d'impétuosité dans les rues ; elles renversèrent et dégradèrent plusieurs maisons, fermèrent l'entrée d'un grand nombre d'autres habitations, en accumulant autour d'elles une prodigieuse quantité de sable, de gravier de cailloux et de rochers, entraînés du haut des montagnes.
     Ces débris se heurtant les uns les autres en roulant faisaient un bruit effroyable : Laruns aurait éprouvé de plus grands dégâts, si les eaux s'étaient précipitées vers le même point ; mais, par bonheur les vagues menaçantes se répandirent de tous côtés ; le village fut néanmoins totalement inondé ; des bestiaux périrent noyés dans leurs étables, et le sol de quelques rues fut exhaussé de plus de six pieds par des atterrissemens prodigieux.

    Ce débordement effraya les malheureux habitans, au point que plusieurs d'entr'eux, saisis d'épouvante, crurent ne trouver leur salut que dans une prompte fuite : ils gagnèrent des lieux élevés au-dessus des eaux profondes et bourbeuses qui, par l'impétuosité de leur cours, entraînaient tout ce qui portait obstacle à leur passage.

    Les uns n'écoutant que les devoirs de la piété filiale, y transportent les vieillards ; les autres, conduits par de sentiments d'humanité, sauvent les infirmes ; des mères éplorées et tremblantes emportent dans les bras leurs débiles enfants ; quelques propriétaires s'occupent du transport de leurs meubles ; mais le plus grand nombre des habitans, que retient dans leurs foyers l'onde qui les environne, sont réduits à l'affreuse alternative de risquer de se noyer en voulant en sortir ou d'être ensevelis sous les ruines des dangereuses demeures dont les eaux sappent les fondemens. (sic)

    IL est facile de se représenter l'horreur d'une telle situation ; l'homme sensible et compatissant croit être témoin de l'effroi , du désordre et de la confusion qui devaient régner dans cette commune consternée ; il croit entendre les cris plaintif qui retentissaient de toutes parts, surtout au moment où le feu se manifesta dans une maison abandonnée de ses habitants, et qu'elle consuma sans qu'il fût possible d'y porter le secours nécessaire, pour l'éteindre.
    Cet accident survint au milieu, des profondes ténèbres de la plus horrible nuit ; la flamme dévorante qui sortait du sein des matières embrasées, réfléchie par le trop fidèle miroir de l'onde, servait à redoubler la frayeur de ceux que les eaux tenaient enfermés : sa clarté brillante au loin répandue, leur fit encore mieux connaître la grandeur du péril dont ils étaient menacés : ils virent les deux élémens les plus terribles réunis pour opérer leur ruine totale.
    Nul espoir ne consolait l’âme contristée de ces infortunés ; un grand nombre, prosternés au pied des autels, imploraient le secours de la Providence ; tous paraissaient condamnés à périr au milieu de l'incendie ou des flots impétueux, lorsque, par un effet de la bonté divine le feu qui semblait devoir embraser Laruns entier, borna ses ravages, et ne brûla qu'un seul bâtiment.

    En même-tems la pluie cessa : les eaux du fougueux torrent, qui menaçaient de tout submerger et détruire, baissèrent peu à peu, rentrèrent dans leur lit ordinaire, après avoir laissé sur leur passage de grosses tiges d'arbres et d'énormes débris entraînés du sommet des montagnes.
    Au dehors de Laruns, une grande étendue de terrain qui n'offrait, avant l'inondation, que de riches prairies et des champs fertiles, est actuellement ensevelie sous des amas immenses d'arides cailloux !
    Au dedans, l’œil est attristé par la vue de plusieurs maisons détruites, par l'encombrement des rues et par la dégradation de la place publique.

    On essaiera, sans doute, de défendre Laruns contre les nouvelles attaques de l'Arriousé, en élevant des digues sur ses bords. (sic)

   Sources

  • HENRI BERALDI, Le sommet des Pyrénées , Imprimerie I Danel, Lille, 1923.



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