La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




PROVERBES DU BÉARN


CROYANCES — SUPERSTITIONS — USAGES

  •   Aquiu oun justici nou ha, Diu nou y-habite.
      Là où il n'y a point de justice, Dieu n'habite pas.

  • Diu que-s pastoureye Tous sous.
    Dieu, en bon pasteur, a soin des siens.
    « Je suis le bon pasteur, je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent.

  • De la Croutz nou cau ha bastou.
    De la Croix il ne faut pas faire un bâton. « Jésus-Christ, dit saint Augustin, n'a rien fait par force, mais tout par persuasion. »

  • Diu n'ey pas u sarre-brouquet.
    Dieu n'est pas un avare. (Sarre-brouquet, littéralement : serte-fausset ; « dur à la desserre ».) On dit en français : « A qui du sien donne, Dieu redonne au centuple. »

  • Lou boun Diu nou pague pas tout sée, Mes que pague a soun lesé.
    Le bon Dieu ne paye pas tous les soirs, mais il paye à son loisir. « Encore bien que Dieu soit lent à punir, si est-ce qu'il n'est point oublieux. »

  • Grand Dieu ! voici ton heure, on t'amène ta proie !
    Nou y a poudi coum deu qui pintre las mounyetes. Il n'est pouvoir que de Dieu ; littéralement : de celui qui peint les haricots.

  • On dit dans le canton de Fribourg :
    « Laissons toujours faire celui qui met la queue aux cerises. » Romania, VI, pp. '79 et 96.
    « Contre Dieu nul ne peut. »
    — Oun ha patz, Diu qu'habite. Où il y a paix, Dieu habite.
    Dans le Rouergue : « Houstal de pas es glèyso ount Dieus abito. »
    Maison de paix est église où Dieu habite. Vayssier, Dictionnaire.
    «
    Tiens-toi avec Dieu, et Dieu sera avec toi. »

  • Au hoec la periglade, Arrè la periglade.
    Au feu la plante, arrière la foudre.
    Periglade signifie tout ensemble, orage, coup de tonnerre, foudre, et certaine plante à fleur jaune que l'on fait bénir à la Saint-Jean ; on croit que la periglade jetée au feu écarte la foudre.

  • Aus cures, brouixes et lou-garous Hèn minya capous.
    Sorcières et loups-garous font manger des chapons aux curés.
    Ce proverbe date de l'époque superstitieuse, où, pour être préservé de prétendus maléfices et sortilèges, on faisait dire des messes, que l'on payait en nature ; on donnait des chapons.
    — En ce temps-là, on disait proverbialement Cemiteri de capous, Cimetière de chapons ; (c'était l'abdomen proéminent d'un curé.)
  • Misse de sequère ou Misse de Sent-Sequet. Messe qui doit faire sécher ou Messe de Saint-Sec ; une messe que de pauvres esprits superstitieux faisaient dire, dans une mauvaise intention qu'ils s'étaient bien gardés de communiquer à qui que ce fut ; ils en attendaient que Dieu fit sécher, dépérir, la personne ou les récoltes de leur ennemi.

  • Paga u escouminje. Payer un anathème. D'après une superstition répandue anciennement dans la vallée d'Aspe, et ailleurs, pour se venger d'un ennemi, pour le réduire à l'impuissance de nuire, il suffisait de faire prononcer contre lui l'escouminje (l'excommunication), l'anathème, dont l'effet devait être, croyait-on, le dépérissement de la personne anathématisée.
        Le prêtre, en surplis, portant l'étole et la chape noires, récitait douze séries d'imprécations, à la lumière de douze cierges de cire noire, qu'on éteignait l'un après l'autre.
    (Il n'est pas croyable que jamais des curés aient pu prêter leur ministère pour de telles opérations ?)

  • Au peu ! Au peu ! — A Morlaàs, certains jours de marché, des jeunes filles de la campagne viennent vendre, pour quelque argent, leurs belles et longues chevelures à des « artistes » qui crient :
       Au peu ! Au peu ! Aux cheveux ! Aux cheveux.
    On raconte qu'un plaisant de Pau demanda, un jour, à une jeune villageoise de vingt ans :
    Oun has lous peus, beroye caddète ? Où as-tu les cheveux, jolie cadette ?
    L'effrontée répondit avec malice : Lhèu sus bu cap de boste daune. Peut-être sur la tète de votre dame.
    Pareil commerce se fait dans quelques localités de la Bretagne, du Maine, de l'Anjou et de la Vendée. Jadis, à Rome, les élégantes, pour se faire de magnifiques coiffures, achetaient, près du temple d'Hercule Musagète, de beaux cheveux du blond le plus ardent, qui étaient venus des marchés de la Germanie.

  • Badut quoand puyabe la lue. Né quand la lune montait (avant la pleine lune).
    Se dit de ce qui est de bonne venue, de celui qui croit, de celui qui prospère.
    Tant qui ey boune la lue. Tant qu'est bonne la lune.
    Pour signifier : profitons de la circonstance, elle est favorable.
    Allusion à la prétendue influence que « l'astre des nuits » exerce sur notre atmosphère.
    Nascut en mechante lue. Né en mauvaise lune. Il n'a pas de chance, il a du malheur. « Né sous une mauvaise étoile. »

  • Boutarre au teyt. La boutarreest un vase de terre de forme analogue à celle d'une gourde.
    — Lorsqu'on vient de construire une maison, il est d'usage dans les communes rurales d'enchâsser avec du mortier, à l'une des pointes du toit, teyt, une boutarre remplie d'eau bénite ; on croit que la maison sera préservée de tout péril.

  • Calhabari, manuguet ! A Peyrot cent cops de huet, A Peyroutine tout autant Calhabari tout d'haugan ! Charivari, menuet ! A Pierrot cent coups de fouet, A Perrette tout autant ! Charivari toute cette année ! C'est ce que l'on chante, dans la vallée de Barétous, lorsque l'on fait charivari à ceux qui convolent.

  • Cantem Nadau, Maynade ! Cantem Nadau au corn deu hoec !
  • Minyem quauques iroles, Bebiam bèt goutet !
    Chantons Noël, enfants ! Chantons Noël au coin du feu ! Mangeons quelques châtaignes rôties, buvons un bon petit coup ! On chante ainsi, la nuit de Noël, lorsque la famille est réunie autour du foyer, où brûle la grosse bûche, lou catsau de Nadau.
    Maynade ! Habetz entenut Laudetes au hilh de Diu bayut !
    Enfants, avez-vous entendu les sonneries matinales qui annoncent la naissance du fils de Dieu
    — (On appelle laudetes les sonneries matinales des quatre jours qui précèdent Noël. Ce mot est-il un diminutif de laudes, partie de l'office divin après matines ? C'est bien possible. Mais, il y a parfois dans le langage populaire des images si poétiques ! Dans ce joli mot de laudetes appliqué aux joyeuses sonneries du matin qui annoncent la fête de Noël, n'y aurait-il pas une allusion métaphorique, faite sans recherche, toute d'instinct, au chant matinal des alouettes, laudetes ?
    Nos vieux poètes français disaient : « Ce fu au tens que naist la flor, Et l'aloete chante au jor » ;
    « Au matin el point que l'aloë, La douce chançonete loë ».)

  • Carboade princesse tat qui aymen et mey ; carboade gourmande ta moussu curè ; carboade de sept os tara cousinère.
    Se dit, le jour du pele-porc (où l'on a tué le porc), lorsque l'on distribue des charbonnées, des griblettes : Griblette princesse (de première qualité) pour celui que l'on aime le plus ; griblette de gourmand pour M. le curé ; griblette de sept os pour la cuisinière.
    « A vilain charbonnée d'âne » ; à chacun suivant son mérite.

  • Chrestiaa de l'array de la lue. Chrétien du clair de lune.
    Se disait de l'individu accusé d'aller au sabbat.

  • Coelh y hourcère dera nobi. Les deux quenouilles de l'épousée. (Coelh, quenouille pour filer le lin ; hourcère, quenouille pour filer la laine.)
    Elles étaient placées, comme un emblème du travail, au dessus du char sur lequel était porté le mobilier de la jeune mariée, lorsqu'elle se rendait au domicile de son mari.

  • Croutz de Sent-Yan. Croix de la Saint-Jean. Flous ta las portes deu matii de Sent-Yan.
    Fleurs pour les portes, le matin de la Saint-Jean. On appelle ainsi les fleurs des champs, dont on fait des croix que l'on place, le matin de la Saint-Jean, à la porte d'entrée des habitations.
    On croit que les maisons sont ainsi protégées contre les sorciers. — Las hades de Sent-Yan. On dit que des fées (hades) voltigent, la nuit de la Saint-Jean, au milieu des prairies.

  • Da oeus. Donner (servir) des œufs.
    Dans la partie du Béarn qui avoisine la Chalosse, si l'on sert un plat d'œufs au repas donné à l'occasion d'une demande en mariage que l'on se propose de faire, c'est le signe que la demande ne sera pas agréée. -- Da notz, donner des noix. S'emploie aussi pour signifier : rejeter une demande.
    Dans le dép. des Landes, pour une demande en mariage, le prétendant accompagné de deux amis se présente chez la jeune fille ; on passe la nuit à boire, à manger et à raconter des histoires plus ou moins merveilleuses. Au point du jour, la jeune fille sert le dessert. S'il y a un plat de noix, c'est le signe que la demande est rejetée.

  • De la chabèque criit n'ey mourtau, Si jetes au hoec u punh de sau.
    De la chouette le cri n'est point mortel, si vous jetez au feu une poignée de sel. Le cri de la chouette serait un présage de mort ; vain présage, si l'on a pu jeter au feu une poignée de sel.

  • Descapela lous abelhès. Découvrir les ruches.
    Dans certaines localités, notamment à Escurès (Vil-Bilh), il est d'usage de découvrir les ruches de la maison où une personne vient de mourir ; elles restent découvertes jusqu'après l'enterrement.

  • En-d'arrè so de maudit ; Nou preni que lou benedit.
    En arrière ce qui est maudit ; je ne prends que ce qui est béni. Ainsi parlent, dans leur for intérieur, des gens qui, en se mettant à table, craignent qu'il n'y ait quelque maléfice dans le repas qu'on va leur servir. (En-d'arrè so de maudit, c'est le « vade retro, Satanas ».)

  • Et crimalh qu'ey et mèste dera maysou. Anciennement, on n'était reconnu maître de la maison que lorsque l'on avait eu en main la crémaillère.
    Dans un texte de 1345 (Arch. Dép., E. 1916), on trouve que le viguier de Pardies fut chargé de mettre Bonne de Besiau, de Monein, en possession du lieu d'Acer ; l'ordre portait : en senhau dequere qu'eu ne liuras lo crimalh, e li pausas e li metos en la maa, qu'en signe de cette (mise en possession), il lui livrât la crémaillère, et la lui posât et mît dans la main.
    En fr. « pendre la crémaillère » signifie donner un repas lorsqu'on s'installe dans un nouveau logement. N'y a-t-il pas dans l'origine de cette expression quelque chose qui se rapporte à l'ancien usage béarnais qui vient d'être rappelé ?

  • Ha courre ue pèt. Faire courir une peau. C'est quêter, dans les villages, pour avoir tué un loup, ou un renard, ou une fouine, dont on montre la peau au bout d'un bâton.
    Dans la vallée d'Aspe, on appelle Loupatè (Loubatè), un homme qui va dans les communes, de maison en maison, demandant qu'on lui donne quelque chose (argent ou provisions) pour avoir tué un loup, dont il montre la peau bourrée de paille. Les quêteurs de cette espèce ne sont pas tous des tueurs de loups.

  • Harts y pitartz coum u die d'enterrament.
    Repus de mangeaille et gorgés de boisson comme en un jour d'enterrement.

  • Hic maladit. Cancer maulit. — On lit dans un vieux texte qui nous a été communiqué par M. Rivarès : Per goari lou hig cancer, que cau prene tres paquetz de cade nau hoelhes de sabie..., ha la + sus lou mau, e dise :
  • Hig maladit,
    Hoey pergues-tu lou cap et douma l'arraditz !

    Pour guérir le fic cancer, il faut prendre trois paquets de neuf feuilles de sauge, chacun, faire la croix sur le mal, et dire : Cancer maudit, aujourd'hui puisses-tu perdre la tête et demain la racine !

  • La halhère de Sent-Yan. Le feu de joie de la Saint-Jean.
    On dit aussi la halhode. « Sur le plateau de Ger-Bartrès, tout près de Lourdes, un point culminant porte le nom de la halhade. Les bergers des environs y font le feu de la Saint-Jean.
    C'était un tumulus. Des fouilles faites récemment (1879-80) ont mis à découvert cinq ou six sépultures parfaitement distinctes ; on y a trouvé des vases en terre cuite d'une pâte noire et grossière et une cinquantaine de grains de collier en nacre. »
    La bruque de Sent-Yan. La perche de la Saint-Jean. La perche dressée au milieu du bois entassé pour le feu de joie.
    Ce jour-là, jadis, dans plusieurs localités, quand le feu était près de s'éteindre, il y avait grande rivalité parmi les jeunes gens pour enlever la braque ; c'était un honneur d'avoir pu l'emporter chez soi. Le vainqueur était proclamé brucoü. On raconte qu'une fois, à Lescar, une jeune fille osa entrer en lice et que ses efforts eurent un heureux succès ; elle avait pu fort bravement « jouer avec le feu » ; on la nomma la brucole.

  • La quiste deus oeus. La quête des œufs.
    Autrefois, dans les villages, avant le jour de Pâques, des enfants allaient de maison en maison quêtant des œufs pour les donner au reyent, au régent (l'instituteur communal).

  • Las broutxes que hourneyen. Les sorcières font (cuire) au four.
    Locution en usage pour indiquer qu'il pleut et qu'en même temps le soleil brille.
    En français : « Le diable bat sa femme », ou « C'est la Sainte Vierge qui fait la lessive ». « Las pousoères que hèn au hourn. »

  • La sègue, la ronce.
    Il est d'usage, lorsqu'une noce se rend à l'église, que des jeunes gens, postés à un détour du chemin, tendent en travers une ceinture rouge ou un long ruban.
    Le cortège s'arrête devant cette barrière, et il ne lui est permis de passer outre que lorsque chacun a donné quelques monnaies, en retour des fleurs qui lui ont été offertes.
    Cet usage porte le nom de la sègue, la ronce, parce que, primitivement, c'était avec une ronce que l'on interceptait le passage de la noce ; on l'appelait la sègue noubiau, la ronce des noces. Quant lo nobi o nobie va audir la misse nuptial, prenen une segue... e se meten... sus lo camii de la glisie, impedin aquet nobi, o nobie, que no los lexen passar... sino que paguen ung, dus, tres scutz, o autant pipotz de vii. (Archives des Basses-Pyrénées.)
    Lorsque le fiancé et la fiancée vont entendre la messe nuptiale, on prend une ronce, et l'on se met sur le chemin de l'église ; on ne laisse passer le fiancé et la fiancée, s'ils ne payent un, deux, trois écus, ou autant de barils de vin.
    Cet usage ayant donné lieu à des désordres, les États de Béarn (1488) en firent l'objet d'une plainte à Catherine, reine de Navarre. L'interdiction de la sègue fut prononcée. L'arrêt de Catherine fut sans doute exécuté ; mais il dut vite tomber en désuétude ; les abus seuls furent détruits. On pratique encore aujourd'hui l'usage de la sègue, on chante des couplets en l'honneur des « gens de la noce » qui sont généreux, et des plaisanteries plus ou moins piquantes, mais toujours inoffensives, poursuivent ceux qui n'ont pas ouvert leur bourse assez libéralement.
    — Dans la vallée d'Aspe, ha l'arroumegade,c'est disposer les ronces, arroumecxs, lors qu’arrive dans un village, un jour de noce, une mariée venant d'une autre paroisse. Arrêtée, à l'entrée du village, par l'arroumegade, la noce ne peut passer outre qu'après des pourparlers fort joyeux et l'acquittement d'un droit, ce qui sert à l'amusement des garçons qui le perçoivent.

  • La sente infantadure. Le saint enfantement.
    Cette locution était particulièrement employée dans les formules de prières pour la guérison d'incommodités et de maladies ; on disait 21 « pater », et le guérisseur répétait chaque fois : Que sie estoursedure, foursadure, fouladure, espalladure, lou boun Diu boulhe que N. en sie goarit autalèu coum la Bièrye en estou de la sente infantadure.
    Que ce soit entorse, effort, foulure, luxation à l'épaule, que le bon Dieu veuille que N. en soit guéri aussi vite que la Vierge fut guérie du saint enfantement.

  • Las pèyres de Sent-Yan. Les pierres de la Saint-Jean. En la brase hicam tres pèyres ; La premère countre lou sort, L'aute countre la male-mort, La tèrse countre las sourcières.
    Dans le brasier (du feu de la Saint-Jean) mettons trois pierres ; l'une contre le sort, l'autre contre la male-mort, la troisième contre les sorcières.
    — Dans le canton de Guéret (Creuse), on danse autour du feu de joie de la Saint-Jean, en jetant aussi des pierres dans le brasier ; mais là, c'est dans l'intention de faire venir les raves grosses comme ces pierres. D'où l'expression « piler les raves », pilà las rabas, pour signifier danser.

  • Las Tempoures de Nadau, Dejoa que cau ; Las de Pentecouste, Lou qui pousque.
    Les Quatre-Temps de Noël, il faut jeûner ; à ceux de Pentecôte, qui le puisse. A la Pentecôte, le travail étant plus pénible à cause de la longueur des journées, il est plus difficile qu'à la Noël de supporter le jeûne imposé par le commandement de l'Église.
    Dans le Rouergue, le proverbe n'admet aucun « accommodement avec le ciel » ; il dit :
    « Que juno pas o las tempouros, 0 l'ifèr couompto los houros. » Qui ne jeûne pas aux Quatre-Temps, dans l'enfer compte les heures.

  • L'auroustade a cade mourt. Le chant funèbre à chaque mort.
    Nulles funérailles sans les chants de l'aurost. Il y a dans ces improvisations, comme on l'a déjà dit, un mélange d'éloges et de critiques, d'élégie et de satire, un « désordre » qui n'est point « un effet de l'art ». Voici un aurost inédit, où l'on trouve plus de retenue dans l'expression :

Ayé ! May !
B'èy gran chagrïï !
Nou bey las péyres deu camïï,
Ni las pèyres de la carrère ;
Tout que-m hé gran' oamprère...
Ayé ! May !
Moussu curé, b'ètz bous hurous :
Quoand bous cantatz, qu'ém toutz en plous !
Ayé ! May !
Si habetz besounh de nade gouyete,
Que p'embierèy Catherinete ;
Si n'habetz prou de Catherinete,
Jou p'embierèy Cecilou,
Ta tiene lou candelou
Ta'ntra a la glori deu Senhou.
Ayé ! May !
Aie ! Mère !
J'ai bien grand chagrin !
Je ne vois pas les pierres du chemin,
Ni les pierres de la rue ;
Tout me fait grande ombre...
Aie ! Mère !
Monsieur le curé, vous êtes bien heureux :
Quand vous chantez, nous sommes tous en pleurs !
Aie ! Mère !
Si vous avez besoin de quelque jeune servante,
Je vous enverrai la petite Catherine ;
Et si vous n'avez assez de Catherinette,
Je vous enverrai la jeune Cécile,
Qui tiendra le cierge
Pour entrer dans la gloire du Seigneur.
Aie ! Mère !
  • Lou dimenye de las briulettes. Le dimanche des violettes.
    On désigne ainsi communément, à Oloron-Sainte-Marie, le deuxième dimanche du carême. Ce jour-là, il est d'usage que les jeunes filles des villages voisins viennent danser aux abords du chef-lieu d'arrondissement. — George Sand a écrit quelque part : « Les violettes sauvages, au premier jour tiède, au premier rayon de soleil pâle qui les convie, ouvrent leur calice d'azur sur la mousse desséchée. »
    Mais celles-ci, comme la modestie dont elles sont l'emblème, ont pour devise : « Il faut nous chercher. »

  • Oun y-ha grits Diu habite. Où il y a des grillons Dieu habite.
    C'est une croyance populaire que le grillon au foyer témoigne de la paix que Dieu donne à la maison. « Grillon chantant sur le foyer, Dans toute maison est aimé. » « Femme mieux file en sa maison, Quand elle oyt chanter le grillon.

  • Paa benadit jou bau minja, Nou pas per m'en arre-goula, mes per moun ame me sauba.
    Je vais manger le pain bénit, non pour me rassasier, mais pour sauver mon âme. Ainsi s'exprime la piété Oloronaise, lorsque l'on distribue, à la grand messe, le pain bénit.

  • Planta lou higué. Planter le figuier.
    Dans nos campagnes, il n'y a pas de maison qui n'ait tout à côté d'elle un beau figuier. Autalèu la maysou bastide, Autalèu lou higuè plantat. Aussitôt la maison bâtie, aussitôt le figuier planté.
    Le meilleur de nos poètes contemporains, M. Isidore Salles, a fait sur le figuier des strophes charmantes par la verve et le sentiment qu'il y a mis. Il l'appelle l'anyou gardien de la maysou, l'ange-gardien de la maison.
    — Il faut remonter bien haut pour trouver trace de cette espèce de culte qu'on avait pour cet arbre tutélaire. A Rome, on vénérait, au pied du mont Palatin, le figuier qui avait servi d'abri à la « Louve », la nourrice de Romulus et Rémus. Ce figuier subsistait encore sous Néron, l'an 840 de Rome. Il perdit alors toutes ses branches, et son tronc se dessécha en partie ; ce que l'on regardait comme sinistre ; mais il poussa de nouveaux rejetons. C'est à l'ombre des figuiers que les Orientaux aiment à méditer, à prier, à lire, à converser avec leurs amis.
    Nathanaël, sous le figuier (Évang. S. Jean, ch. I, v. 48), était sans doute en prière, ou lisait quelque prophétie relative au Messie. » — Que-s beneré lou higué. Il vendrait son figuier.
    Cela signifie que, pour se tirer d'un mauvais pas, pour venir en aide à un ami dans la détresse, on est prêt à tous les sacrifices, à se dépouiller de tout, à « vendre jusqu'à sa dernière chemise », comme on dit en français.

  • Que-m maridarèy per Sent-Yan. Je me marierai à la Saint-Jean.
       Il est de tradition populaire dans nos montagnes que la jeune fille, pour avoir un mari qui ait beauté et richesse, adresse à Saint Jean cette prière : Sent Jan, datz-m'u bèt Jan ! Que sie bèt et gran, Qu'haye u bet dequé Ta que'm hasie bibe sens ha ré ! Saint Jean, donnez-moi un beau Jean ! Qu'il, soit beau et grand, qu'il ait un bel avoir pour qu'il me fasse vivre sans rien faire !
       On chante dans les Landes : Bère maynade, Prègue Sent Yan Que, dens l'anade, A toun galant Sis maridade. Belle jeune fille, prie Saint Jean que, dans l'année, tu sois mariée à ton galant.
    En Bretagne,

    Celle qui dans la nuit neuf feux visitera,
    Avant la fin de l'an Saint Jean la marira.

  • Qu'ha la gatine. Il a la petite chatte (chez lui).
    Il est riche, et l'on ne sait d'où lui est venu l'argent. Dans l'esprit populaire, une idée de sorcellerie était attachée à la possession de la gatine. Cf. Us et Coutumes (au pays de Bigorre), p. 54, par N. Rosapelly ; Paris, Champion, éditeur, 1891.

  • Qu'han lou harri sus u punh de sau. (Les sorcières) ont le crapaud sur une poignée de sel.
    On disait qu'elles préparaient ainsi un poison, dont elles se servaient pour pervertir les jeunes filles.
  • Aquet negre pousou las pousoères damnades
    Haran puixs abala a las praubes maynades

    Les sorcières feront ensuite avaler ce noir poison aux pauvres jeunes filles. Qu'ha lou harri a l'estujoü.

  • Qu'ha pates a l'oelh. Il ou elle a des pattes à l'oelh. C'est un sorcier, une sorcière.
    On dit aussi Crepaut a l'oelh, crapaud à l'œil.
    C'était une croyance superstitieuse que sorciers et sorcières, outre les marques du démon sur le corps, avaient à l'œil celles d'une patte de crapaud.

  • Si la hemne sabé la bertut de l'artemise, Qu'en hauré entre pet e camise.
    Si la femme savait la vertu de l'armoise, elle en aurait entre la peau et la chemise. « Artemis, nom de Diane en grec, secourait les femmes dans leurs maladies ; de là, le nom de la plante qui passait pour être utile dans ces affections. »

  • Si, a noeyt, nat sourciè boü entra, Hé-t plaa senti, fenoulh, e qu'haura poü.
    Si quelque sorcier veut entrer, cette nuit, fais-toi bien sentir, fenouil, et il aura peur.
    On croyait que les sorciers ne pouvaient pénétrer, par le trou de la serrure, dans aucune chambre où l'on avait suspendu du fenouil à la porte ou près du chevet.
    — On lit dans la Flore des Pyrénées de J. Bergeret, t. II, p. 123 : « Les habitants de la campagne, persuadés que le fenouil a le pouvoir de chasser miraculeusement les démons et les sorciers, cultivent cette plante dans leurs jardins, la font bénir la veille de la Saint-Jean et la suspendent aux toits de leurs édifices. »

  • Si ra rose det casau Baxe de cap at houstau, Ara porte ra mourt que hè : gnau !
    Si la rose du jardin penche vers la maison, à la porte la mort fait (entendre) « miaou » ! Tel est, dans les montagnes du Béarn, comme dans celles du pays de Bigorre, le langage imagé de la superstition, qui voit dans la rose inclinée vers une demeure le signe d'une mort prochaine.

   Sources

  • V. LESPY, Dictons et Proverbes du Béarn, Imprimerie, Garet, Pau, 1892

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