La vallée d'Ossau :              
                    Culture, et Mémoire.




PROVERBES DU BÉARN


— PASTEURS —

  • A cade esquire soun batalh. A chaque clochette son battant.
    Il faut bien assortir les choses. En français : « A tel pot, telle cuiller. »

  • Acó n'ey qu'arrous. Cela n'est que de la rosée.
    Au sens de : c'est peu de chose ; il n'en restera pas trace bientót.

  • A la crabe e au moutou Nou ba lou medix sou. A la chèvre et au mouton ne convient le même son.
    Usité au sens du français : « Donner à chaque bête de son foin. » Les Chinois disent : « Bride de cheval ne va pas à un âne. ». L'adage béarnais rappelle ce passage de Longus, Daphnis et Chloé :
    « Philotas fit voir comment il fallait souffler pour un troupeau de bœufs, quel son est mieux séant à un chevrier, quel jeu aiment les brebis et moutons : celui des brebis était gracieux ; fort et grave celui des bœufs ; celui des chèvres clair et aigu. »

  • A petites oülhes, petitz siuletz. A petites brebis, petits coups de sifflet.
    Inutile de faire de grands efforts pour peu de chose. C'est ce que signifle le proverbe français : « A petit chien, petit lien. » — « On ne tend pas un arc d'une grande dimension pour tuer une petite souris. »

  • A Sent-Miquèu, la lèyt de baque puye au cèu ; En abriu, Que boxe coum u arriu.
    A la Saint-Michel, le lait de vache monte au ciel ; en avril, il descend comme une rivière. La pauvreté de l'hiver, les richesses du printemps.

  • Aulhe entecade, Loenh de l'aulhade. Brebis malade, loin du troupeau.
    « II ne faut qu'une brebis galeuse pour gáter un troupeau. »

  • Au moutou, L'esquirou ; A l'aulhete, L'esquirete.
    Au mouton, la sonnette ; à la petite brebis, la clochette.
    En français: « A petit mercier, petit panier » ; ou « Petit queu, petit pot et petit feu ».
    En latin : « Parvum parva decent.»

  • Caa de dues cabanes, la coude que-u pen. Chien de deux cabanes, la queue lui pend.
    « Nul ne peut servir deux maîtres. » Dans les Proverbes basques d'Oihenart : « Le chien qui est à deux maîtres, a sa mangeaille placée bien haut. »
    En Piémont : « L'aso d'doi padrón, la coa ai peila », l’âne de deux maîtres, la queue lui pèle.

  • Coum la lèyt a la cautère. Comme le lait à la chaudière.
    Chose qui va, monte, personne qui s'emporte, se monte, « comme une soupe au lait ».

  • Coum lous corns de la baque. (Cela parait) comme les cornes de la vache.
    En français : « Comme le nez au milieu du visage. »

  • Da r aulhe sens era laa. Donner la brebis sans la laine.
    Dans les Ardennes, on dit : « Yinde se pourcai et warde l'laur. » Vendre son cochon et retenir le lard. Vouloir tirer le prix et garder la chose. Mais, selon la máxime de la Coutume de Paris, art. 273 : « Donner et retenir ne vaut. »

  • Era may deras oülhes n'ey pas mourte. La mère des brebis n'est pas morte.
    Se dit de toute perte qui est réparable. « Plaie d'argent n'est pas mortelle. »

  • Esquire-batalhade. Sonnaille frappée du battant.
    Personne qui caquette au plus dru, personne qui va tambour-battant.

  • Esquire sens batalh. Clochette sans battant.
    Ce qui est incomplet, toute chose dont on ne peut se servir ; l'individu qu'on appelle en français « une nullité ». Dans le Rouergue : « Be sons bestial, compono sons botál. » Biens fonds sans bétail, cloche sans battant.
    En provençal : « Un oustau sènso enfant es uno campano sènso matau. » Une maison sans enfants est une cloche sans battant.

  • Esquirole.
    La génisse qui porte la sonnaille, marchant en tête du troupeau.
    Jeune personne qui se fait remarquer par sa fierté. Au XIII siècle, les prédicateurs comparaient « la danseuse chargée de conduire la danse à la génisse qui marche en tête du troupeau, faisant sonner sa clochette ».

  • Gaha la betère per lous pintous. Saisir la génisse par ses petites mamelles.
    Avoir bonne chance dans une affaire. ( Le pintou, au sens propre, est une petite mesure de capacité.)

  • Goarda-s la baque e minja la lèyt.
    Littéralement : Conserver la vache et manger le lait. Dépenser les revenus sans toucher au capital.

  • _ Lexa lou pèxe per lou bela. Mot à mot : laisser le paître pour le béler.
    « Lâcher la proie pour l'ombre. » (Bela, béler ; soupirer, désirer ardemment.)

  • Lou qui nou ha crabes et ben crabot, Tira d'oun lou pot ?
    Il n'a point de chèvres et il vend un chevreau ; d'où a-t-il pu le tirer ?
    Un individu qui a des ressources de provenance suspecte. Le proverbe provençal, analogue au nôtre, est plus explicite : « As ges d'abiho, e vèndes mèu ? Sies un laire, Miquèu. » Tu n'as point d'abeilles, et tu vends du miel ? Tu es un voleur Michel.

  • Moutous, pastous, Tounutz toutz. Moutons, pasteurs, tous tondus.
    Se dit quand il faut payer l'impót ; au sens de l'adage français: « Il n'est pas toujours saison de brebis tondre » ; traduit en béarnais, Ney pas toustemps qui las aulhes se tounin, dans le recueil de MM. Hatoulet et Picot.

  • Ni per bèt ni per lèd, Nou lèxes la cape ni lou brespè.
    (Proverbe du recueil de MM. Hatoulet et Picot.) Ni par beau (temps) ni par laid, ne laisse la cape ni le gouter.

  • Pèixe a l'arrous. Paître à la rosée.
    C'est nuisible aux troupeaux. Mais, on le dit particulièrement pour signifier que celui qui « court le guilledou », s'en trouve fort mal quelquefois.

  • Que las pèix coartes. Il les pait courtes, il pait les (herbes courtes).
    S'applique à toute personne dont les affaires vont mal, qui est dans la gêne.

  • Que ba plaa la mujete.
    La saison sera bonne. (La mujete est l'herbe des premiers jours du printemps.)

  • Qu en bié atau At pastou qui-s lèxe ra cape en houstau.
    Il en vient ainsi (voilà ce qui arrive) au pasteur qui a laissé la cape à la maison. Il mésarrive à celui qui a été imprévoyant. « Prudence est mère de la sureté. »

  • Que-ns beneram plus lèu la salière y la cape. Nous vendrons plutót la salière et la cape.
    (La salière est le petit sac à sel que les pasteurs portent toujours attaché à la ceinture lorsqu'ils gardent leurs troupeaux.) Notre proverbe est usité dans les circonstances où l'on dit en français : « Je vendray plustost jusques à ma dernière chemise. »

  • Que-u se seque lou grulh. Son « greuil » se sèche.
    Il est malheureux, rien ne lui réussit. (Le grulh est un laitage que vendent les pasteurs; il est fait du residu du lait converti en fromage.)

  • Que y-ha mey de crabères a las cames que dehore crabes.
    (Jeu de mots : crabères, maquereaux, taches de rougeur aux jambes, lorsque l'on s'est chauffé de trop près ; crabes, chèvres.) Les pasteurs disent ainsi que l'hiver est très rigoureux : Il y a plus de maquereaux aux jambes que de chèvres dehors.

  • Qu'ha la crabe a la sau.
    Il a la chèvre au sel. Usité au sens de : Il a des provisions, ou ses affaires vont bien.
    Qu'han lèyt a la caudère. Ils ont du lait à la chaudière. Des gens qui sont dans l'aisance, qui ont du bien-être.

  • Qui biè amigalha-s et Pigou, Qu'èy u layrou.
    Qui vient se faire un ami du Pigou (chien de garde du troupeau) est un larron. Il s'agit du « ravisseur » qui vise la bergère plutôt que les brebis. « Celui qui n'entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre endroit, est un voleur et un brigand. »

  • Qui-s pèix la punte, Se peix la yunte.
    Qui paît la pointe (de l'herbe), n'a point de fourrage à mettre en grange.
    (Yunte, quantité de fourrage que contient l'espace entre deux chevrons de la charpente de la grange.) Le proverbe se dit des gens qui « mangent leur blé en herbe ».

  • Quoand bed de bétz coulhous, Que ditz qu'ey u marrou.
    On se moque ainsi de quiconque veut faire l'habile sans l'étre. En français décent : « Devin de Montmartre, qui devine les fêtes quand elles sont venues. »

  • Si no y-ha senhau, No y-ha carnau.
    S'il n'y a point de signe (que le bétail ne peut aller paître en tel lieu), il n'y a pas droit de saisie.

  • Ta-s harta de lèyt nou cau espoupa l'aulhe.
    Pour se rassasier de lait il ne faut pas arracher la mamelle à la brebis. Pour vouloir trop tôt être riche « ne tuez pas votre poule aux œufs d'or ».

  • Tat loup er' anhère. Au loup la jeune brebis.
    Que la jeune fille se gare du libertin. En provençal, dans un sens plus général : « Fasès vous fedo, loup vous manjara. » En italien : « Qui pécora si fà, li lupo se la mangia. » En français : « Qui se fait brebis, le loup le ravit. »

  • Tatz courbas Ere aulhe poeyride non pud pas.
    Pour les corbeaux la brebis pourrie ne pue point. S'applique à ceux qui recherchent la satisfaction des appétits grossiers, du vice ignoble. Les Basques disent : « Les corbeaux vont à la charogne. »

  • Tout so qui ey a la cour, qu'ey deu marrou. Tout ce qui est à la cour (au bercail) est du bélier.
    Dans le Rouergue : ( Tout ce qui nays dins lou porgue es del porgossiè. » Tout ce qui nait dans le parc est du maître du parc. En français, xve siècle : « Qui que saille nostre jument, le poulain en est nostre. »

   Sources

  • V. LESPY, Dictons et Proverbes du Béarn, Imprimerie, Garet, Pau, 1892


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