La vallée d'Ossau :              
                 Culture et Mémoire



UN SIÈCLE EN HAUT-OSSAU


    Texte : Pierre BOY

        P R É A M BU L E

    Ce siècle n'avait pas un an, lorsque le Haut–Ossau, pressentit ce qui devait changer avantageusement son devenir. Sans le savoir explicitement, il allait flirter avec la fée électricité.
   Quelques industriels se sont intéressés aux ressources énergétiques de nos gaves. Le principe mis au point consiste à :
   – capter l'énergie potentielle des eaux derrière un barrage.
   – récupérer l'énergie cinétique au pied d'une conduite forcée, énergie transmise à une génératrice qui produit du courant alternatif.
   En 1894 une telle installation fut étudiée à 200 m à l'aval de Gabas.
   En 1899 un captage devait être prévu entre Eaux-Chaudes et Laruns.
   En 1900 un barrage devait récupérer l'énergie du Soussouéou.
   Aucun de ces projets n'a abouti.
   Il fallut attendre la proposition plus sérieuse formulée par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi qui aboutit à un accord ministériel en 1919. Auparavant, dès le milieu du 19ème siècle, ce sont les eaux thermales sulfurées qui reçurent l'engouement de la haute société.
   Il devint à la mode de se soigner en faisant des cures thermales partout en France.
   Ici les eaux aux vertus cicatrisantes des Eaux-Chaudes étaient connues depuis fort longtemps. La cour de Jeanne d'Albret connaissait la source des arquebusades.
   C'est sur le site qui deviendrait les Eaux-Bonnes que se porta l'intérêt des curistes. Sous l'impulsion de l'impératrice Eugénie de Montijo au milieu du siècle, à proximité de deux sources naturelles, une ville entièrement nouvelle surgit de nulle part. Un établissement thermal, des hôtels, des villas luxueux, un casino, une église, un temple ont été agrémentés par un beau parc :
    Le jardin Darralde et une série de promenades larges et bien pavées qui ceinturent l'ensemble.
    Là, le luxe ostentatoire de cette clientèle fortunée, a côtoyé la rusticité des autochtones sans possibilité de se confondre sauf dans certaines situations. Quélhous e Oussatès, se sont mis au service de cette clientèle riche et distante, améliorant ainsi leur niveau de subsistance. La noblesse, avide de distractions dans ce milieu hostile pour elle, finit par lier des contacts privilégiés avec les guides de montagne. Au cours de randonnées dirigées vers les pics inaccessibles, les plus téméraires d'entre-eux eurent à confier leur survie à ces intrépides ossalois, ce qui généra une certaine reconnaissance du «grand» envers le «petit» Orteig le plus doué des accompagnateurs fut souvent sollicité. Il fut de plus mis au défi de réaliser des exploits pédestres surhumains.

   Pierrine Gastou Sacaze attira l'attention et suscita l'admiration de ces oisifs, par ses qualités multiples sur de nombreuses matières. Avec eux, il se fit reconnaître pour ses dons de chercheur en botanique. Il a laissé son nom sur une fleur : le grémil de Gastou. Attirée par cette nouvelle mode, la noblesse de toutes les cours européennes défila et s'afficha en ce lieu renommé.
    Elle entraîna derrière elle des artistes, des politiques, des écrivains, une nombreuse haute bourgeoisie. On pouvait admirer «las dames d'Aygues-Bounes badudes dïu sap oun que porten sus lou froun grans chapèus e courounes....»
    Malheureusement cette frénésie n'eut qu'un temps. A la fin du siècle, la décadence fut flagrante. Elle frappa les pauvres Quélhous et Oussatès :

    De 1900 à 1920

    Au 19ème siècle, les Eaux-Bonnes ont connu un éveil surprenant. Là sont nés les prémisses du progrès qui éclateraient par la suite sur tout le canton. Laruns et les Eaux-Bonnes ont expérimenté les bienfaits de l'électricité, du téléphone et timidement de l'automobile.
   En 1883 le chemin de fer fut inauguré.
   Hormis ces nouveautés, les villages continuèrent leur train de vie ancestral. L'organisation sociale immuable, continua à donner la prééminence à la classe paysanne la plus nombreuse et la mieux organisée. Depuis des temps immémoriaux, un impératif gouvernait les familles paysannes. Il consistait à éviter le morcellement du patrimoine familial.
   Choisi pour être «lou mèste, l'eyretè ou l'eyetère» gardait toute la propriété, moyennant quoi, il s'engageait à loger et nourrir ses vieux parents leur vie durant. La garde du troupeau était confiée à un «caddèt» qui sacrifiait sa vie au service de la famille. Il conduisait les brebis sur les estives de fin juin à fin septembre. Après un bref repos au bercail, il transhumait pour le reste d'un nouveau cycle de neuf mois soit sur le Pont-long, soit dans le Gers, soit dans les Landes, soit dans le Bordelais. Le reste de la famille était dédommagé petitement par une dot lors de son mariage.
   Ces cadets et cadettes ont cherché à épouser un héritier ou une héritière dans le canton le plus souvent.
   Un dicton affirmait: «en Aste e a Biou qu'es mariden a lou ».
   Cette maxime pouvait s'appliquer partout. Dérivée de ce milieu paysan, une population regroupait des commerçants, des artisans, des professions libérales.
   Enfin les ouvriers, dépourvus de tout pour la plupart s'embauchaient dans les mines, les ardoisières, les carrières, les exploitations de la forêt. D'autres, soucieux de leur indépendance, composaient la catégorie dous « pelats » : tour à tour bouscassès, carbouès, bracouniès, journaliès. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où le malheur vint à s'abattre. Le tocsin retentit à l'appel de la nation.
   La mobilisation générale avala toute la jeunesse du canton.
   La propagande vanta les mérites de ceux qui allaient avoir l'honneur de défendre la patrie : «vous êtes les meilleurs, vous vaincrez en peu de jours, auréolés de gloire vous reviendrez sous le beau ciel d'Ossau. Grâce à vous la colombe de la paix régnera pour toujours». La réalité c'est connu fut bien différente.
    Qu'estoù ua gran houlie de coumbàte l'aleman, de coundamnà la joenesse e d'en ha car à canoûs. Dalhàts per la dalhe de la mourt, qu'estèn per lou cantou 200+1 « lou darré pélut cadut la semàne abans la fi » qui nou sen poudoun tournats ta case.
   Qu'an deshàt béudes e ourfalîs dens la misèra. Lou bilàdge s'ey boeytat de la flou de sa joenesse. La soule trace qui demourà que soun lous noums grabàts sus la peyre dôu soubié. Lous qui s'en soun biràts, soun tournàts descatabàts : lous us gazàts, lous autes estroupiàts. Touts sourtits de l'inher qu'an goardàt la pöu au bénte, aquera pöu qui embrume lou cap per la bite e qui poussa à la houlie.
   Noeyt e dia qu'an counégut l'inher dap lou soû courtèdge de soufrénce de malur : la gran caloù estiu, lou bén e la gelada l'ibèr, la hangue a cada plouje qui pégue a la pètch, lou canoû, la mitralha qui estourdéch lou cap e entertièn la pöu
.


    Dès avant la guerre, la Compagnie du Midi a mis sur pied un vaste programme de construction d'usines hydroélectriques ayant pour objet l'électrification de son réseau pyrénéen et pré-pyrénéen.
   Plusieurs sites furent envisagés. Ainsi dans la vallée, le projet d'aménagement d'Artouste, de Miègebat et du Hourat fut approuvé en 1917.
   Les premières tractations avec la commune de Laruns en vue de la cession à la Compagnie du Midi des droits de cette commune sur les trois chutes et des terrains nécessaires aboutissent à un accord de principe sur les bases compensatrices suivantes :
    – installation d'un tramway électrique de la gare de Laruns à Gabas avec embranchement sur les Eaux-Bonnes.
    – La remise en état complète du réseau extérieur de l'éclairage public.
    – La fourniture gratuite de l'énergie pour 150 lampes de 25 bougies en permanence.
    – La fourniture gratuite à la commune de 350 kw permanents.
   En 1919, par décision ministérielle ce projet d'aménagement est approuvé. Le marché est signé avec l'entreprise Thévenot sous forme de dépense contrôlée.
   Immédiatement après la guerre, la France affaiblie par la perte d'un million de morts et de nombreux blessés qui pour beaucoup d'entre-eux ne survivraient guère longtemps, a su réagir avec vigueur.
   Le Haut-Ossau allait à son tour connaître un élan d'activité très important, accompagné d'une prospérité jusqu'alors inconnue.

    De 1920 à 1940

    Comment la France ruinée, épuisée, allait-elle trouver des ressources que de nos jours elle n'est plus capable d'envisager nous dit-on ? Elle s'est attelée à la tâche vaillamment pour reconstruire ses villes et villages rasés, construire toute l'infrastructure nécessaire, réorganiser son administration, son industrie, bref tout ce qui constitue une nation.
    Vraisemblablement les problèmes financiers devaient être colossaux et bien pire que celui d'aujourd'hui qui reste hors de nos capacité. Le canton a hérité de cette frénésie d'activité par l'intermédiaire de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi qui a jeté son dévolu sur notre capital énergétique.
   Dès 1920 les travaux furent lancés. Ce fut le départ d'un gigantesque chantier, puisque simultanément les trois gros équipements furent entamés. L'entreprise Thévenot répartit ses 3000 ouvriers sur le lac d'Artouste, sur le bas d'Artouste, sur Miègebat et au Hourat.
   Sans entrer dans les détails, il faut évoquer l'ampleur de la tâche et la vitesse d'exécution.
   Débutée en 1920, l'usine du Hourat fut réceptionnée en 1925, avec :
    - le bassin de prise d'eau et de dé-feuillage situé à Miègebat.
    - la galerie souterraine de 200x200 longueur : 5630 m et son revêtement bétonné.
    - la cheminée d'équilibre et les deux conduites forcées.
    - le bâtiment d'usine et le local du chef d'usine.
    - le canal souterrain de restitution au gave en 200x200 longueur : 470 m.
    - les clôtures, le poste extérieur, l'installation des 5 groupes et l'électromécanique.
   Débutée en 1920, l'usine de Miègebat commença à débiter sur le réseau en 1927 avec :
    - le bassin de prise d'eau des Allias à Artouste.
    - la galerie souterraine de 200x200 longueur 7905 m et son revêtement bétonné .
    - la galerie de captage du Bious sur 2000m et captage du Soussouéou.
    - les trois conduites forcées, la cheminée d'équilibre, la déviation de la route.
    - le bâtiment d'usine et la maison des employés, le poste extérieur.
    - l'installation des trois groupes et de l'électromécanique.
   Débutée en 1920 l'usine d'Artouste fut mise en service en 1929 avec :
   - le barrage poids qui surélève le lac existant.
   - la prise d'eau en RD du ruisseau Paladas.
   - la galerie inclinée à 45 degrés et l'usine de refoulement.
   - la galerie souterraine à écoulement libre et son revêtement longueur 8060m en 200x200.
   - le chemin de service et sa voie ferrée longueur 9100m.
   - la maison des gardes vannes construite en maçonnerie de granit.
   - les trois conduites forcées.
   - le bâtiment d'usine et l'hôtel des Allias construits en granit.
   - le bassin des Allias, la déviation de la route.
   - l'installation des trois groupes et de l'électromécanique.
   Enfin la ligne de raccordement électrique entre les trois centrales.
   Les accords signés entre la Compagnie des Chemins de Fer et la commune de Laruns, furent respectés sauf pour le tramway à traction électrique destiné au transport du public remplacé par une locomotrice à vapeur qui tirait 4 à 5 wagonnets pour transporter du matériel et des matériaux depuis la gare de Laruns jusqu'à Artouste.
   Régulièrement le long du trajet des panneaux prévenaient du danger de croisement avec cet attelage :
   « al tocar del pitîo cuidado al tren »
   Ces ouvrages titanesques furent réalisés en seulement dix ans. Connaissant les conditions de travail de l'époque, il faut saluer le courage de ces équipes.
   La force physique primait. L'outillage, les équipements de chantier étaient causes d'accidents nombreux qui parfois devenaient directement mortels ou avec effet retardé par la silicose chez les mineurs. Les répercutions dans le Haut-Ossau furent considérables. Jamais on n'avait connu pareille frénésie.
   Les 3000 ouvriers, venus de toutes parts, du département, et d' Espagne, ont obligé les ossalois à s'adapter. Ainsi, une école maternelle enseigna les prières en français et en espagnol à Laruns. De nombreuses maisons offrirent le gîte à des familles d'ouvriers. Des bistrots, des maisons où l'on s'amuse s'ouvrirent en nombre.
    Des ouvriers basques édifièrent un fronton au foirail. Les commerces devinrent florissants. Dans l'ensemble le canton bénéficia d'un apport nouveau d'argent. Des cadets de familles paysannes des jeunes et moins jeunes arrivèrent à se faire embaucher sur les chantiers plus tard dans les usines nouvelles. Cependant toute cette agitation n'interféra guère sur les mœurs des autochtones.
   Dès 1930 l'entreprise Thévenot replia son matériel et son personnel. Le calme revint.
   De 1930 à 1940 se fut une période ralentie. Seuls des travaux d'entretien et de réparations furent entrepris. Dès cette période de transition, un personnel important s'avéra nécessaire pour les travaux de surveillance sur le barrage dans les usines avec des gardes vannes, des mécaniciens, des électriciens, des spécialistes du génie civil, des comptables, des chauffeurs.
   L'atelier de maintenance pour toutes les usines exploitées par la Compagnie du Midi sur les Pyrénées et le massif central occupa des tourneurs, des fraiseurs, des peintres, des soudeurs etc...
   En 1939, le tocsin retentit à nouveau. Le Haut- Ossau allait connaître à nouveau un exode pénible de ses forces vives vers les champs de bataille. Certains hommes purent rentrer après les premiers jours de guerre, les autres faits prisonniers ne reverraient le ciel d' Ossau qu'après six ans.
    Cependant, l'hécatombe fut moins dramatique qu'en 14 -18.

    DE 1940 à 1962

   L'an de grâce 1935 «l'anade oun soy badut, mes que p,en foutès »
   Si pour ce conflit il y eut moins de morts au combat, il faut déplorer les victimes durant l'occupation allemande sur notre territoire. A cela, il faut ajouter un nombre important de prisonniers dans chacun des huit villages du Haut-Ossau qui ont dû endurer un exil de six années. Pire encore fut le sort de pauvres déportés.
   Située en zone libre, mais aussi en zone de frontière, notre vallée a été particulièrement surveillée par l'occupant, avec une troupe de soldats cantonnés aux Eaux-Bonnes et une autre à Gabas. Il faut noter que c'est la première fois que la vallée à été occupée par l'ennemi. La résistance non organisée sans doute, a été exercée en permanence. Des passeurs ont aidé des malheureux à rejoindre l'Espagne au péril de leur vie en les cachant avant de franchir les lieux de passage.
   Une filière relativement facile, consistait à utiliser le transport journalier des ouvriers jusqu'à Fabrèges pour incorporer dans ce groupe des fuyards revêtus d'une tenue d'ouvriers. Au Bénou une stèle rappelle le sort morbide d'enfants de Bielle morts en déportation. C'est encore au Bénou qu'un camp d'entraînement de la jeunesse sous l'instigation du régime de Vichy, fut organisé.
   L'été 44 les guérilleros émigrés après la guerre d'Espagne, ont saboté le poste de transformation à l'usine du Hourat. Immédiatement un renfort composé de SS imposa une surveillance accrue. Un couvre-feu fut institué dès vingt heures. Dans cette ambiance il fallait se montrer discret et se méfier de tout et de tous. L'époque était aux restrictions. Il est arrivé que les boulangers aient manqué de farine. Acheminé d'on ne sait où un pain noir fut distribué au parc de l'entreprise. L'essence devint introuvable. Les véhicules ont fonctionné au gazogène.
   Dans ces conditions peu favorables la Compagnie des Chemins de Fer du Midi lança la construction du barrage voûte de Fabrèges avec :
   - la conduite souterraine longueur 217m et son bétonnage.
   - le bâtiment d'usine la maison ouvrière et la déviation de la route sur 2720m.
   Parallèlement à cela elle continua sa campagne de travaux annexes. Il a fallu une longue période entre fin 40 et mars 46 pour livrer le barrage, la galerie, la chute et l'usine. Le reste fut achevé en 48.
    Ce fut long et pour cause, les raisons de retards s'accumulaient :
   Situation du chantier en zone frontière réservée, main d’œuvre insuffisante peu qualifiée, et, instable :
   Risque d'incorporation au STO, ravitaillement aléatoire, ciment contingenté, transports tributaires de pièces de rechange, et, pneus introuvables.
   La Société Saint-rapt et Brice qui venait d'achever ces ouvrages s'est vue confier le chantier suivant :
   - le barrage de Bious-Artigues, et, une succession d'ouvrages réalises de 48 à 51
   - De 53 à 57 construction du barrage voûte qui ménage le passage des troupeaux, prolongement par une digue en béton de 350m, déviation de la route d'accès, à noter que la galerie d'amenée est déjà réalisée pour l'exploitation provisoire.
   - En 48-49-50, percement de la galerie précédente, celle du lac d'Aule, et le captage du lac de Migouélou.
   - En 51 l'exploitation des ressources en amont du Hourat, est confiée à la S.N.C.F le marché est signé avec la S T M société dont le siège social est à Laruns.
   - En 52 captage des eaux du bassin supérieur d'Arrens vers le lac d'Artouste, prolongement de la galerie en Rive Droite jusqu'à Las Tourettes vers le lac, captage des eaux de la grotte des Eaux-Chaudes, installation de ligne de télécommande du Hourat à Castet.
   Abandon du projet de barrage sur le Soussouéou.
   - En 53 poursuite du captage des eaux d'Arrens, mise en service du groupe bulbes de Castet.
   - En 54 restitution des eaux de Migouélou à Arrens,
   - Mise en service des captages de Batbiel, de Batcrabère
   - Début des travaux à Pont-de-Camps, travaux divers d'entretien à Miègebat au Hourat, et de finitions à Castet,
   - Au Bitet construction d'un abri du groupe d'excitation, aménagement des accès.
   - En 55 percement de la galerie de Pont-de-Camps, de la ligne de Pont-de-Camps à Fabrèges, et installation du groupe de Bitet.
   - En 56-57 percements de la galeries de Bitet 2750 m,
   - De Bious 4040 m, et de Pont-de-Camps 3815 m
   - En 58 continuation de Pont-de-Camps,
   - installation du téléphérique Applevage,
   - construction de la galerie de Geteu d'une longueur de 3360m en 9 m2
   - En 59 problèmes sur la galerie de Pont-de-Camps, et construction de la 1ére maison ouvrière à Laruns.
   - En 60 Construction de l'usine de Geteu, rabattement de nappes
   - En 61 bétonnage de galerie Pont-de-Camps,
   - construction du téléphérique de Socques,
   - construction de deux maisons ouvrières à Béost.
   - En 62 percement sous lacustre d'Arrémoulit,
   - mise en eau de Pont-de-Camps
    1962, marque la fin des grands travaux de génie civil dans la vallée.

   Jusque à cette date l'emploi dans toute la vallée était florissant. Tous les gens désireux de travailler avaient le choix selon leur goût de se faire embaucher sur les chantiers de montagne cités précédemment, dans l'entreprise Boy frères, dans la fabrique de chaussures Mafsa, chez les divers artisans, les commerçants, dans les scieries de Laruns, et de Bielle.
   En outre le bassin d'emplois d'Arudy recrutait dans les travaux forestiers, les carrières et industries connexes, à la filature d'Ossau, etc...
   Le chômage était inexistant pour ainsi dire.
   La classe paysanne encore importante, imposait ses vues dans les conseils municipaux. Elle gardait et elle garde encore, la main-mise sur le syndicat du Haut-Ossau. L'organisation sociale, le vivre ensemble dans tous les milieux n'avait pas changé.
   Le tourisme commençait à gagner progressivement dans tous les villages.
   L'ouverture vers l'Espagne restait contrôlée l'été et fermée l'hiver.
   La route vers Pau était ralentie par les passages à niveau et les traversées de villages.
   La ligne de chemin de fer était encore bien utile pour le transport du public et pour celui des marchandises.
   La télévision avec son cortège d'informations a été un facteur d'ouverture facile vers un monde nouveau. Elle a malheureusement raréfié les rapports sociaux entre nous.
   Le clergé disposait d'un officiant dans chaque église et la pratique religieuse n'avait pas régressé.
   La station de Gourette avait été reprise par le département après le retrait de la commune des Eaux-Bonnes, mais elle tardait à se moderniser. Dans chaque commune retentissaient lors des récréations, les rires et les cris de joie des écoliers.


    DE 1962 à 2000

   En 1962 les grands travaux s'achèvent.
   La Société des Travaux de Montagne (STM) retire son matériel et son personnel. Seul demeure le parc matériel avec une vingtaine d'employés. Ils sont chargés d'entretenir tout le matériel des chantiers OFEE du grand sud.
   La SNCF a confié à l'entreprise BOY frères avec ses 95 employés, l'ensemble des travaux de génie civil. Il s 'agissait de travaux d'entretien et de restauration sur les centrales, les galeries, les barrages, les prises d'eau et tous les travaux de bâtiments.
   En 1972, l' OFEE dépose le bilan. Une dizaine d'employés s'unissent et créent la COHO, sur les décombres du parc à matériel de la STM filiale de l'OFEE. Ils cesseront leur activité en 1980, après avoir servi la SNCF, Messier, Turboméca et des particuliers.
   En 1982, l'entreprise BOY dépose le bilan à son tour. Le personnel sera réembauché par la SOBEC et par l'entreprise Casadebaig. Tout le monde ne sera pas recasé malheureusement.
   En 1997 la SOBEC cesse son activité. Il ne reste que l'entreprise Casadebaig aidée de la SBTM qui succède à la SOBEC pour répondre aux besoins de la SNCF.
   L'usine de fabrication de chaussures MAFSA (Manufacture Française de Sandales) fut créée en 1947.
   En 1973 un incendie détruisit l'établissement qui employait 115 personnes avec une proportion féminine de 70%.
   En 1970 s'ajoutèrent 35 salariés à l'annexe d'Oloron. Par la suite, la famille Latchère créa un camping de 1ere catégorie qui fonctionne encore.
   L'activité centrée presque exclusivement sur les travaux de montagne s'est réduite et diversifiée.
    Néanmoins il faut noter l'activisme d' industriels lesquels ont :
   - en 68 SAPELEC sur le Valentin équipe sa partie inférieure.
   - en 88 Morello-Lacoste ont capté le Canseich et turbiné à Béost.
   - en 90 Delor et Sarthou ont récupéré la chute d' Aspèch.
   - en 90 Merville turbine le gave à Béon au fil de l'eau.
   Au milieu des années 60, Gourette a connu un essor important avec les constructions du VVF, de l'ensemble du Valentin, d'immeubles sur la route de Sendets autour du VVF. Des hôtels, des restaurants, des cafés, des magasins de vente et de locations de skis se sont greffés là dessus. Le département reprit et augmenta le domaine skiable avec des équipements modernes.
   Tout cela a généré une activité très importante été et hiver.
   Sur les traces du département, la commune de Laruns s'engagea sur un équipement à Sagette qui fonctionne encore avec un succès moindre.
   Le département géra la station d'été et d'hiver au delà de l'an 2000. Il construisit la remontée mécanique qui mène de Fabrèges à Sagette. La commune aidée de promoteurs réalisa le village de Fabrèges.
   Tout l'été, la promenade touristique Sagette Artouste par le petit train est un véritable succès.
   L'engouement pour les vacances, a contribué au développement du tourisme et fait connaître notre belle vallée de part la France, et, l' Europe. Des campings se sont ouverts à Laruns, Béost, Aste, Monplaisir, et Bielle. Les particuliers ont découvert une source de revenus. Ils ont équipé leur maison pour recevoir cette clientèle de passage.
   Le groupe Léo Lagrange a ouvert un centre de vacances à Bielle.
   Les touristes viennent observer les vautours filmés en permanence dans leurs nids sur la falaise rocheuse qui surplombe Béon. Il est regrettable, que l'hôtellerie n'ait pas trouvé son développement. Ce fut le contraire.
   Les deux fleurons, les Touristes à Laruns, les Pyrénées à Gabas n'ont pas survécu.
   Aux Eaux-Bonnes seuls deux d'entre-eux sont en activité.
   Aux Eaux-Chaudes et Gabas l'hôtellerie est inexistante pour ainsi dire.
   A Bielle le seul hôtel restaurant de l'Ayguelade offre le gîte et le couvert.
   Une lente destruction de l'emploi a endormi le Haut-Ossau, accentué par la destruction quasi totale des industries d' Arudy. Faut-il désespérer ?
   Lorsque l'on possède un tel site de montagne, il est probable qu'il interviendra bien un sursaut.
   Tous les villages ont fait un effort de modernisation. Leur population a uniformément régressé drastiquement. Il faut dire que les moyens contraceptifs ont pénétré au sein des couples et réduit les naissances.
   La salle de bains installée partout a contribué à une meilleure hygiène. Fini de dire de cette dame au comportement rare qui se lavait quotidiennement : « bé doù està hère sale la besîe qui s'a da laba toustem »
    En matière de santé, si la médecine a toujours été correctement administrée, avec la couverture sociale tout le monde se fait suivre assidûment. Le rebouteux avec ses connaissances douteuses a été remplacé par les kinés formés à la faculté.
    La sage-femme a disparu. Les infirmières diplômées ont pris la place des religieuses.
   En cette fin de siècle, nous avons perdu la ligne de chemin de fer, mais nos liaisons routières ont été modernisées.
   La vallée s'est mieux ouverte sur ses deux voisines et sur l' Espagne. Le monde paysan a régressé en nombre mais non en qualité. Le maître d'exploitation seul, livré à lui même, a dû abandonner l'agriculture. Pour son métier d' éleveur, il a été contraint de moderniser son exploitation, soutenu il faut le dire par les aides européennes.
   Sa ressource principale c'est la vente de fromages faite à titre personnel ou dans les fromageries chez Pardou et aux Fromages Fermiers de Louvie-Juzon.
   La mecque des saloirs réunis est encore Gabas. La jeunesse, mieux éduquée, s'est tournée vers d'autres horizons. Sur la dernière décennie, quelques un, par besoin vital, et par atavisme ont repris l'emploi de leurs parents. Dans les maisons de paysans, la bergerie et l'étable qui occupaient le rez-de-chaussée ont été transférées sous des bâtiments neufs à l'écart de l'habitation, de même que la réserve de foin. L'habitation a perdu deux niveaux d'isolation thermique et le mode caractéristique de l'habitat montagnard a disparu.
   Par manque de besoin et de moyens le paysan a dû abandonner des terres autrefois entretenues. Sur ces espaces abandonnés la nature a repris ses droits. L'écosystème du serpent nous envahit.
   Le Gourzy a perdu sa chaussette. La classe paysanne garde jalousement en exclusivité la gestion des terres du Pont-Long. Il faut la remercier d'avoir gardé la propriété sans le moindre morcellement. Fait nouveau, ils ont abandonné quelques hectares à la location ce qui rapporte des subsides répartis sur les communes au prorata des feux fixés lors du recensement qui date de Gaston Phébus. Le syndicat n'a jamais songé à réaliser lui-même un lotissement artisanal et commercial.
   Ce commerce fort lucratif pour la petite commune paysanne de Serres-Castet, aurait abondé substantiellement le budget du HAUT-Ossau, celui de particuliers et donné la maîtrise sur les embauches de sa jeunesse. Passons, ce n'est pas dans la tradition et la vocation du Pont-Long.

   Les Eaux-Bonnes activés par Gourette ont sauvé tout ce qu'ils ont pu. Sur le thermalisme ils ont récupéré les soins contre le rhumatisme qui s'ajoutent aux soins pérennes contre les maladies du nez, de la gorge et des oreilles.
   Sur Gourette ils ont négocié habilement avec le département.
   Laruns a repris à son compte le fonctionnement de sa station thermale des Eaux-Chaudes. Comme partout, la pratique religieuse s'amenuise dangereusement. Monsieur le curé de Laruns officie seul sur les huit paroisses aidé en cela par de bonnes âmes.
   Sur la commune des Eaux-Bonnes l'école a été déplacée à Gourette à cause d'une réduction trop importante d'enfants dans les villages.
   Bielle et Bilhères ont pu maintenir la leur. Pour les autres villages, on regroupe tout l'effectif à Laruns avec une école maternelle une école primaire et un collège.
   Une école enseigne l'occitan « une calendreta »qui anime le village de Béost.
   Laruns a fait l'effort de se doter d'un équipement sportif avec une piscine couverte, des tennis, une salle des sports et un trinquet . Diverses associations existent qui proposent des activités physiques et culturelles pour tous les âges. A cela s'ajoutent un club de ski à Gourette un autre à Artouste, l'olympique ossalois, un lieu de pratique de foot à Bielle. Les offices de tourisme proposent des sorties organisées en montagne, de l'escalade du canyoning.
   La chasse et la pêche, deux activités très prisées au début du siècle, étaient deux espaces de liberté. Aujourd'hui elles sont encadrées dans l'année. Les chasseurs ont pour l'isard un nombre limité de colliers. Il est oublié le temps où les chasseurs exhibaient l'ours en trophée sur la place publique. Gare à celui qui le dérange et surtout qui l'abat.
   Les lacs et les torrents sont régulièrement alevinés pour maintenir la pêche, cette activité objet de promotion touristique. En contre partie les deux gros prédateurs que sont le héron et le cormoran bénéficient d'une sévère protection.
   Dès la fin des années 60 l'état a crée le Parc National des Pyrénées qui participe activement à l'animation de la vallée et veille aux intérêts de ce qui fait polémique. S'ajoute de manière irritante, peut-être justifiée, l'intrusion de l'écologie qui fait dire qu'à force d'interdire toutes actions nous finirons par n'avoir à proposer que nos montagnes vierges et que nous ne vendrons que de l'authentique.
   L'authentique ce mot est prononcé, il constitue notre richesse innée. Il englobe la nature dans son ensemble que nous avons su préserver de nous même sans intervention autoritaire des instances précitées qui ont tendance à forcer notre destin à notre insu. Cette attitude de l'administration est irritante et nous fait dire : «aci qu'em a nousté »
   Si villages et hameaux respectent toujours l'architecture montagnarde, l'originalité de ses monuments, de ses églises, de ses chapelles, de ses châteaux, de ses cabanes de montagne; si la montagne est restée vierge il faut bien louer notre sagesse.
   Si Bielle exhibe ses belles maisons dont les encadrements de portes et fenêtres font notre admiration elle le doit au bon goût manifesté par nos ancêtres.

    Durant les deux dernières décennies le Haut-Ossau a pu s'enorgueillir de révéler à la France ses gloires médiatisées.

   Au début du siècle, Raymond Casau à la force physique herculéenne s'est initié à la lutte. A l'époque le sport n'était pas réglementé, seules des réunions apparentées aux jeux de foires permettaient de se mesurer avec l'adversaire. Ses victoires successives l'on amené à combattre jusque en Amérique, où, lors d'un combat homérique, pour se débarrasser de l'étreinte étouffante du colosse qui l'aurait tué, il lui arracha une oreille avec les dents.
   En ski, Philippe Barroso débuta sa carrière à Gourette. Il fut 17 fois champion de France des catégories minime à senior. Il se classa 9ème aux championnats du monde en 1974, il participa aux jeux olympiques en 1976. Devenu professionnel aux États-Unis durant cinq ans avec l'équipe Atomic il fut champion du monde professionnel par équipe.

   Il faut citer Annie Famose bien qu' elle ne soit pas ossaloise au même titre que Barroso. Elle aussi a débuté sur les pentes de Gourette. On ne présente plus la championne dont les exploits tant nationaux que mondiaux ont propulsé son nom au firmament du ski féminin.
   La liste est longue : jeux olympiques : argent en géant, bronze en slalom mondiaux : or en slalom, argent en descente, géant et combiné, bronze en slalom et combiné France : championne 2 fois en descente, 2 fois en géant, 2 fois en slalom.

   En politique, Henri Emmanuelli a accompli un parcours très enviable. Après avoir été ministre avec plusieurs portefeuilles, il a présidé le parti socialiste, il a dirigé l'assemblée nationale. Député, il est président du département des Landes.

   Paul Andreu, petit fils de Laruns, polytechnicien, membre de l'Institut, académicien des Beaux Arts. Distingué du grand prix national d'architecture, du prix Aga Khan et du prix du globe de cristal en reconnaissance de son œuvre prestigieuse. Concepteur et membre de l'aéroport de Roissy il a œuvré de part le monde.
   Il serait laborieux d'énumérer dans le détail les ouvrages remarquables que sont les aéroports en France et aux quatre coins du monde, l'arche de la Défense, le terminal français du tunnel sous la Manche, l'opéra de Pékin etc.. A ses talents d'ingénieur, architecte il faut ajouter celui d'écrivain.

   Robert Paparemborde dit patou, dès son jeune âge il a démontré des qualités physiques hors du commun au handball, au judo. C'est au rugby qu'il connut la gloire. Champion de France junior, sélectionné 55 fois en équipe de France ,3 fois vainqueur du tournoi des 5 nation avec deux grands chelems, entraîneur du Racing, manageur de l'équipe de France, membre du comité directeur de la FFR.

    Pierre EYT a poursuivi sa vie durant une carrière ecclésiastique. Il a gravi tous les échelons qui mènent au titre de prince de l'église. Tour à tour docteur en théologie, il fut ordonné prêtre, chapelain de Saint Louis des Français, professeur puis recteur de l'institut catholique de Toulouse, avant d'être celui de Paris. Nommé évêque de Bordeaux puis archevêque, il reçut de Jean-Paul II en 1994 la barrette de cardinal. Auprès du cardinal Ratzinger, il reçut la mission de gardien de la foi.
   Décédés en 2001, les deux derniers nommés ont localement été honorés. Le premier fut statufié sur le terrain de rugby de Lannapla qui porte désormais son nom.
   Le second a eu droit modestement, à une plaque apposée sur le pilier le plus discret de la façade de l'église de Laruns. Ainsi vont les choses. Selon que vos talents seront lointains ou rapprochés des rêves propagés par une foule avide de juger vos mérites, vous serez négligé ou alors glorifié.

   Le col d'Aubisque révélé par le tour de France a été notre fidèle ambassadeur du monde cycliste durant tout le siècle.

    EPILOGUE

   Comme pour le précédent passage d'un siècle à l'autre, nous pouvons essayer de discerner quels signes prémonitoires dessinent l'avenir du 21 ème siècle. Est-ce le lent déclin de l'activité industrielle, ou bien la réaction visible dans le domaine culturel, associatif et des métiers de la montagne ?
   Est-ce l'ouverture dans le monde qui uniformise la pensée unique, ou bien la réaction salutaire provoquée par le retour à ses racines ?
   Est-ce l'ouverture au monde qui, grâce au développement des moyens de communications, œuvre à l'exportation des forces vives de notre canton, ou bien le maintien de celles-ci facilité par l'informatique, le numérique et autres inventions à venir ?
   Ces nouvelles techniques qui s'affranchissent du temps et de l'espace autoriseront l 'exercice de certains métiers loin des centres de décisions, du tumulte et de la frénésie des cités.
   Est-ce la perte de la pratique du béarnais, ou bien ce besoin de se rassembler pour chanter ensembles les vieux airs du pays, de faire survivre les vieilles coutumes, les danses et les si beaux costumes d' Ossau ?
   Ce que l'on doit regretter à jamais, c'est la perte de l'esprit fin et malicieux de ces vieux béarnais en général, agrémenté de formules savoureuses.
    Regardons encore, nous n'en sommes qu'au début du siècle. Faisons confiance aux ossalois à leurs qualités et à leurs défauts, que je définis ainsi :

   Tel la sentinelle au regard affûté,
L'aigle de son repaire veille sur la vallée.
Il survole indolent les gouffres qui effraient,
L'être gauche qui n'a que ses pieds pour marcher.
L' Ossalois est semblable au prince des nuées,
Fier de ses origines, d'un avis assuré,
Il toise l'étranger, et se rit du progrès.
Dans l'écrin de verdure, par les cimes cerné ,
Il règne sans partage et pour l'éternité.
Son EGO de géant l'empêche de ramper.

   Jeune adolescent, qui faute d'emploi au pays sera amené à quitter le beau ciel d'Ossau écoute les mânes de tes ancêtres. Elles te disent :
   Sies lou de qui caù.


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